Discours d'Etzer Vilaire à la mémoire des héros de l'Indépendance, de Charlemagne Péralte... 

Showing posts with label assassinat. Show all posts
Showing posts with label assassinat. Show all posts

Friday, July 30, 2021

Un rapport d’enquête à faire gémir le p’tit chien de Martine

Maison sécurisée électroniquement- Un intrus y dépose les pieds et c'est l'alarme


Par Max Dorismond 

Se déplaçant sous bonne escorte dans les rues du Cap-Haïtien, la veille des funérailles du président sauvagement assassiné, le DG de la PNH, le sieur Léon Charles fut interpellé par un effronté dans la foule : « Eh, chef, regarde toute la sécurité autour de vous, est-ce que le défunt président en avait autant ? ». C’est une impertinente interrogation à double volets, à glacer le sang d’un suspect, ou à le forcer à chier dans son froc. 

Action - Réaction : Je m’attendais à une certaine contre-attaque pour adoucir certaines mœurs débridées dans la cohue. Pris de court, les culottes à terre, deux jours plus tard, à bride abattue, les officiels sur qui plane un doute national ont refilé à la presse un rapport d’enquête, écrit par les officiers de service, témoins du triste évènement de la nuit du 7 juillet 2021. 

Certains journalistes en mal de célébrité sautent sur la « Nanann1 » et crient au scoop, scoop, pour exposer avec panache leur heureuse trouvaille. Les policiers ravis se frottent les mains d’aise. Un certain soulagement leur conforte l’échine, face à cette réception divine des médias de ce document digne d’un film du Far West, un scénario de cow-boys spaghettis des années 60, raconté par des adolescents. 

En plein 21e siècle, le rapport en question me transporte dans l’arrière-pays avec, dans le décor, non pas un cadre de la police comme auteur, mais un « chef de section communale », rédigeant une narration après un vol de cabris dans la campagne environnante.  

Tout cela n’est que de la poudre aux yeux pour brouiller la vision de quelques excités de la rue. Si l’enquête laisse couler ces niaiseuses informations, c’est qu’il existerait un point d’intérêt : faire du cover-up pour créer une diversion et protéger plusieurs suspects. Certains sentent la soupe chaude et jettent l’anathème sur les petits policiers, ces petits pions qui avaient reçu l’ordre de se la fermer. 

À l’ère de la haute technologie, sur n’importe quel téléphone ordinaire, on peut suivre en temps réel tout ce qui se passe chez soi, allez voir chez un président. Les cadres de la police haïtienne n’ont pas été formés en Haïti, mais bien à l’étranger. À titre d’exemple, Dimitri Hérard a étudié en Équateur. Donc, ils s’y connaissent tous en protection électronique. 

Par conséquent, point n’est besoin de ma part d’effectuer des recherches pour mon commentaire. Les responsables de la sécurité devraient recevoir sur leur téléphone de service, scripté, sur leurs écrans chez eux, une alerte en direct de tout ce qui cloche chez le premier citoyen de la Nation. C’est indéniable. Ne venez pas écrire : « Le président m’a téléphoné pour me dire qu’il est en danger ». C’est comique. Pendant que les balles lui fracassent le crâne, il téléphone. Ton-nè ! 

En principe, pour une maison sécurisée, un intrus à 50 mètres aux alentours devrait être signalé électroniquement aux responsables, aux gardiens de sécurité, via un écran. Avec un simple cellulaire aujourd’hui, plusieurs Haïtiens en voyage à l’étranger regardent tout ce qui se passe chez eux. S’il y a des intrus, ils reçoivent une alerte automatiquement, quel que soit le point où ils se trouvent sur le globe. 

À titre d’exemple, allez faire un simple geste d’envoyer une mangue en cadeau à travers les airs pour l’ambassadeur américain et vous me direz ce qui vous arrivera dans une fraction de seconde. Et ceci vaut pour toutes les ambassades de Port-au-Prince. Tous les Haïtiens le savent. C’est pourquoi, quand la populace crie au « Pays Lock », elle connaît instinctivement son parcours et ses limites. Elle n’a point besoin d’œillères ni de balises. 

Messieurs les policiers, n’essayez pas de faire croire au public que vous êtes des imbéciles. En tout cas, le plus imbécile n’est pas le peuple haïtien. Point n’est besoin d’entrer dans les détails! Un budget spécial a été voté pour une sécurité sophistiquée du premier citoyen. Dites pourquoi ça n’a pas fonctionné ? L’expression « caméra de sécurité » n’a jamais été prononcée jusqu’à présent. Pas une fois. Cherchez l’erreur ! Où est passé le drone du Village-de-Dieu ? 

Aujourd’hui, vous pouvez doter votre enfant de 6 ans d’un téléphone cellulaire ou d’une simple puce électronique achetée dans les magasins en vrac et le laisser sortir seul pour aller chez ses copains et vous l’aurez à l’œil. Messieurs les policiers, vous qui avez étudié la sécurité à l’étranger, le pays hôte qui vous avait instruits vous attendait dès le premier jour avec sa panoplie de gadgets électroniques pour offrir à votre gouvernement toutes sortes de bébelles de sécurité. En réalité, qu’en avez-vous fait ? 

Oh oui, le président a téléphoné : je suis en danger, viens me sauver.

Messieurs, cessez ce carnaval risible. Nous ne sommes pas en février. Cessez de faire les clowns. Ou bien les journalistes jouent aux fanfarons avec leurs auditeurs naïfs, ou bien c’est une fausse primeur (scoop). Ce n’est pas sérieux. 

Le président savait que sa vie était en danger. Il répétait souvent, à qui voulait l’entendre, qu’il restait tard la nuit, sur internet, cherchant les prix réels des matières premières, pour mieux confondre les contrebandiers qui voudraient lui vendre à prix d’or le kilogramme d’asphalte. De la même façon, il aurait pu aller pianoter sur son ordi, en écrivant simplement sur son navigateur : « Comment sécuriser ma maison ». 

En guise de réponse, plus de 10 000 accessoires de sécurité à vendre sur la toile seraient disponibles par ce simple geste. Donc, il lui aurait suffi d’en commander, et le voilà avec un écran et des « boutons colorés » à presser à chaque 5 mètres chez lui pour contacter le vigile concerné. Nous ne sommes plus au temps où l’agent de sécurité faisait sa ronde, les yeux rougis par le sommeil et une clochette à la main pour effaroucher les chats. 

Que faites-vous de l’alarme insonore, connue sous le titre de « Alarme invisible », qui résonne au bureau de la police seulement, annonçant que votre maison n’est pas sécurisée et qu’il y a un intrus ? Je ne veux nullement penser que je suis mieux protégé que le président d’Haïti qui essuie à longueur de journée la hargne des impatients qui rêvent de le remplacer devant la caisse sonnante et trébuchante. Voyons donc ! 

D’ailleurs, si la vie du président était assurée par une quelconque compagnie d’assurance, cette dernière lui aurait conseillé un kit de sécurité. C’est l’abécédaire de la protection.   

Cette enquête résumée avec panache par certains « radioman », friands de scoops, si je me permets cette nuance, me laisserait perplexe. Heureusement qu’il en existe d’autres journalistes, moins avides de reconnaissances et plus circonspects, pour l’expliquer avec une certaine réserve et un certain détachement, pour éviter d’être manipulés. Vous percevez leur gêne et non le triomphe de l’acceptation, lors de la lecture de ce rapport bidon qui nous ramène dans les campagnes haïtiennes, à l’époque où les « Chef sections » remplissaient des procès-verbaux pour quelques voleurs de poules. 

Je sais que, globalement, Haïti est en retard, mais sur le plan individuel, beaucoup d’Haïtiens ont évolué, ont étudié, et ont vu du pays. Donc, ils ne sont pas prêts à laisser tordre le cou à la vérité aussi facilement. Comme l’avait répété Jean Dominique : « Ne prenez pas les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages ». Tout cela sent la magouille, le cover-up, pour cacher la vérité, créer la diversion pour noyer l’évènement, et faire la part belle aux vrais coupables qui sourient de toutes leurs dents en se disant : « Lankèt fenk kare se pouswi ». 

Max Dorismond




Note – 1 : « Nanann » : Expression comique dans le savoureux créole haïtien désignant un appât pour attirer et piéger un animal retors, un rongeur nuisible, un pigeon craintif, etc. Ici, l’expression vient de la banane pour nourriture.   

   



Tuesday, July 13, 2021

Le singulier destin de Jovenel Moïse

 

Par Max Dorismond           

Ce qui est arrivé à cette famille, je ne le souhaite pas à mes pires ennemis. C’est très dur, c’est très humiliant et pour le peuple et pour l’image d’Haïti. 

Quand le hasard du destin avait introduit Jovenel, malgré lui, dans la jungle des Ali Baba de la capitale haïtienne, j’avais rédigé un texte subliminal et prémonitoire, en 2017, « De Zéro à Héros... Le dilemme d'un président ». J’avais interpellé le côté humain du nouveau chef d’État, pour l’inviter à comprendre le jeu des coquins qui lui avaient confié le pouvoir, avec une arrière-pensée bien arrêtée. Il s’est retrouvé coincé dans les couloirs de la corruption. Dans mon livre, « Des mots pour conjurer nos maux », vous verrez ce texte à la page 218. J’avais exposé le scénario du film, avec deux conclusions possibles : soit qu’il finisse en ZÉRO ou qu’il meure en HÉROS. Il a opté pour le second. Que le ciel ait pitié de son âme et que son nom soit honoré aux frontispices de l’Histoire. 

Président Jovenel et  sa femme Martine Moïse
(7 février 2017)

Arrivé au timon des affaires, le jeune président se croyait dans une cour de récréation où jouaient des enfants de chœur. Oh non! Son constat fut effarant. Le lac immense de la dilapidation était infesté de crocodiles affamés qui gobent tout sur leur passage. Sa première pensée fut pour ses parents et la masse silencieuse du peuple exploité sans vergogne, comme de véritables esclaves s’échinant pour remplir les coffres des prédateurs. Il s’est alors mis en tête de réparer le sacrilège du temps .5 nettoyant Haïti, de la cave au grenier. 

Faisant acte de désobéissance, et pour désarçonner ses commanditaires, il monta au créneau en dénonçant les cinq plaies d’Égypte, soit la corruption, la corruption… Il reçut des avertissements. Certains des oligarques prirent le large, le tapis se rapetissant sous leurs pas. Et les réactions ne se firent point attendre. Les sabotages se multiplièrent sur les chantiers. Les médias complices l’attaquèrent de tous bords. La camarilla de l’opposition fit flèche de tout bois pour le décourager. Les invitations à la prudence ne cessèrent de pleuvoir. Jovenel, tête droite, fonça dans le tas. Il voulait en finir avec ce marché de dupes. 

Néophyte dans cette guerre d’usure, il a commis l’erreur de simplement menacer les renards au lieu de les coincer, en exprimant ses émotions sans faire l’économie de ses avertissements. Ainsi, a-t-il signé son arrêt de mort ! 

Étant riches à millions, ses adversaires, tel que décrit dans le texte témoin, étaient en mesure d’acheter le pays en son entier pour lui fermer le caquet. En réalité, c’est ce qui arriva. Des exécutants se présentèrent chez Jojo avec leur clé, sans invitation, ouvrirent la porte, pénétrèrent dans la demeure comme dans un moulin, et placèrent 12 balles dans le corps du 1ercitoyen de la cité. Le job signé, terminé, ils rentrèrent au bercail pour boire une bonne tasse de café chaud. 

Le message des signataires s’adresse aux futurs présidents d’Haïti

Sans ambages, ce meurtre, signé du sceau de la mafia, laisse une note claire et indiscutable aux éventuels candidats au fauteuil présidentiel et aux postes de ministres, à savoir que lorsque vous êtes choisis par les maîtres du sérail, vous n’aurez droit à aucune fanfaronnade. Keep it quiet ! Tu t’exécutes ou tu crèves ! Tel sera le contrat du futur. Sinon, comme Jovenel, vous passerez au « Blender1 ». 

Et voilà, la table est mise. Pensez-vous que la clientèle sera au rendez-vous de demain ? Suivez mon regard, chers lecteurs. Entre le pouvoir et l’avoir, en Haïti, il n’y a qu’un trait d’union à titre de chemin. Cette piste est et sera toujours encombrée de prospects, de p’tits vicieux qui se voient déjà au nirvana, qui rêvent de la grande vie. Ils seront tous prosternés, les fesses à l'air, au pied des marionnettistes pour être les heureux élus. La mafia locale le sait bien. L’International qui tire toutes les ficelles à son avantage ne l’ignore pas, non plus. 

D’ailleurs, ces faiseurs de rois ont pour habitude de choisir les cabochons les plus bêtes, les plus cancres, les plus dévergondés pour conduire la nation. Et l’élite en général les accepte sans broncher. Cependant, en 2016, pour perpétuer l’impunité, ils ont erré en embauchant, à titre de gardien, Jovenel Moïse, un p’tit gars du Nord qui serait trop heureux, dans leur optique, de franchir le mur de verre. Mais, ils se sont fourré le doigt dans l’œil. Ce fut un colis surprenant. Par conséquent, il leur a fallu tracer un exemple mortifère, une fois pour toutes, pour éviter ce type de dérive. Car, quand on jouit de certains privilèges, on doit être prêt à tuer pour les conserver, sinon, la fin est proche. C’est leur loi. 

À partir de cet échec, ils ont juré de remplir le vide avec un nouveau poulain en vertu de l’habituelle tradition. C’est une formule connue, au point que Erno Renoncourt, un journaliste vedette du blog Médiapart (France) eut à écrire : « Haïti a atteint un tel niveau d’insignifiance, par le déracinement culturel et la déshumanisation des élites qui s’y sont constituées, que la communauté internationale peut, délibérément à sa guise, mettre un chien à la tête de ce pays, qu’il n’y aura aucune indignation collective. Et même qu’il y aura des universitaires, des hommes d’affaires, des journalistes, des professionnels, des ONG pour continuer de vaquer à leur aubaine et à leur petite réussite en se mettant à disposition du nouveau pouvoir pour se rendre utile ». (Mediapart).(09-07-21). 

Le monde entier a déjà lu notre romance. Rien de chez nous ne lui est étranger.

Max Dorismond







Note – 1 : Blender : un extracteur à jus. Métaphore définissant la désarticulation du corps du président : crâne écrabouillé, membres brisés, cou éclaté, l’œil perforé, éclats d’os éparpillés, etc

Monday, July 12, 2021

Le commando devait arrêter Jovenel Moïse, non le tuer

Au total, 19 suspects ont été interpellés par la police haïtienne

Des membres du commando soupçonné d'avoir assassiné le président haïtien Jovenel Moïse le 7 juillet à Port-au-Prince ont affirmé aux enquêteurs qu'ils avaient pour mission de l'arrêter, pas de le tuer, rapportent dimanche une source proche de l'enquête et le Miami Herald.

Un commando de 28 tueurs, 26 Colombiens et deux Américains d'origine haïtienne, est soupçonné d'être à l'origine de l'exécution du chef de l'État, un crime qui a plongé dans le chaos institutionnel et sécuritaire un pays déjà fortement déstabilisé.

Les commanditaires et les mobiles de l'assassinat restent à ce stade un mystère pour les enquêteurs, qui ont reçu l'appui des services de police et de renseignement américains et colombiens.

Au total, 19 suspects ont été interpellés par la police haïtienne. Trois ont été tués mercredi au terme d'une fusillade nourrie à Pétion-Ville, banlieue de Port-au-Prince où résidait Jovenel Moïse.

Parmi les suspects, deux Américains d'origine haïtienne, James Solages, 35 ans, et Joseph Vincent, 55 ans, originaires de Floride.

Selon des sources policières et militaires colombiennes, 17 des 28 suspects étaient d'ex-militaires de l'armée colombienne, partis à la retraite entre 2018 et 2020.

L'emmener au palais

Citant des sources ayant parlé à certains des suspects, le Miami Herald rapporte que leur mission était d'arrêter Jovenel Moïse et de l'emmener au palais présidentiel.

James Solages et Joseph Vincent ont dit aux enquêteurs qu'ils officiaient comme traducteurs du commando colombien en possession d'un mandat d'arrêt, selon une source proche de l'enquête. Ils ont affirmé avoir découvert le président haïtien mort à leur arrivée.

La police haïtienne n'avait pas répondu dans l'immédiat à une demande de commentaire.

Équipe technique américaine sur place

Les États-Unis ont dépêché dimanche une équipe technique en Haïti pour déterminer les besoins des autorités locales en matière de sécurité, notamment, a déclaré à Reuters un responsable de l'administration américaine.

L'équipe informera à son retour le président Joe Biden, qui prendra des décisions pour la suite, a-t-il dit.

Les autorités haïtiennes, qui ont demandé aux États-Unis et à l'ONU l'envoi de troupes pour sécuriser les infrastructures nationales, ont essuyé vendredi un refus de Washington.

Source:Reuters


Saturday, July 10, 2021

Martine Moïse appelle la population à poursuivre la « bataille »

Martine Moïse  ( photo archive)

  La première dame d’Haïti, Martine Moïse, blessée mercredi par des assaillants qui ont tué le président haïtien Jovenel Moïse, a appelé samedi la population à poursuivre la « bataille » menée par son mari, dans un message audio sur Twitter. 

 « Je suis vivante mais j’ai perdu mon mari, Jovenel », ajoute-t-elle dans cet enregistrement authentifié pour l’AFP par le ministre haïtien de la Culture et de la Communication, Pradel Henriquez.  

Jovenel Moïse a été criblé de balles dans sa résidence mercredi vers 1 h du matin (5 h GMT), par un commando armé composé de 28 hommes (26 Colombiens et deux Américains d’origine haïtienne), dont 17 ont été arrêtés par la police d’Haïti et trois tués.

Blessée, la première dame a d’abord été soignée dans un hôpital local avant d’être évacuée par avion vers Miami.

En un clin d’œil, les mercenaires sont entrés dans ma maison et ils ont criblé mon mari de balles […] sans même lui donner la chance de dire un seul mot.       

Le président se battait, dit-elle, pour « les routes, l’eau et l’électricité, le référendum et les élections prévues en fin d’année ».

« C’est une bataille qu’il menait pour nous, il faut continuer », a-t-elle assuré.

L’assassinat de Jovenel Moïse menace de plonger Haïti dans le chaos et la communauté internationale a appelé le pays caribéen à maintenir les élections présidentielles et législatives prévues en septembre et novembre.

« Je ne vous abandonnerai pas », dit aussi Martine Moïse, qui promet de participer bientôt à un échange en direct sur Facebook.

Sources combinées

Wednesday, July 7, 2021

Le Président Jovenel MoÏse assassiné au cours d'une attaque contre sa résidence.

Président Jovenel Moïse

Le président haïtien Jovenel Moïse a été assassiné dans la nuit de mardi à mercredi par des hommes armés dans sa résidence privée, selon les déclarations officielles du Premier ministre Claude Joseph lors d'un point de presse ce matin, en présence  du directeur général  de la Police nationale, des ministres de l’Intérieur et de la Justice.

Durant cette intervention télévisée, M. Joseph a  appelé la population haïtienne au calme et a assuré que cette mort ne restera pas impunie. Il a promis que  les assassins de Jovenel Moïse paieront pour ce qu'ils ont fait devant la justice.

Jovenel Moïse, élu président d'Haïti depuis l'anné 2017, avait 53 ans.  L'ancien exportateur de bananes était une figure controversée et a passé la majeure partie de l'année écoulée à mener une guerre politique avec l'opposition sur les mandats de sa présidence.

On ne sait pas immédiatement qui remplacera Moïse. Le juge Jean Wilner Morin, président de l'Association nationale des juges haïtiens, a déclaré à une presse étrangère que la ligne de succession présidentielle dans le pays est désormais trouble. 

Un référendum constitutionnel initialement prévu le mois dernier a été reporté et devrait désormais se tenir en septembre, parallèlement aux élections présidentielles et législatives, ont annoncé les autorités, attribuant le retard à la pandémie de Covid-19.

Depuis le debut du mois de Juin  2021, plus de 15000 personnes ont fui leur domicile notamment de Martissant, Bas-Delmas et Cité Soleil. Ces déplacements s'ajoutent aux quelques centaines habitants déjà déplacés, notamment à Bel'Air.

Il y a eu une augmentation significative d'affrontements meurtriers entre gangs rivaux dans l'agglomération de Port-au-Prince durant ses derniers jours. La montée de la violence et d'affrontements déclenchés entre gangs rivaux ont alimenté  l'insécurité et les déplacements sus-cités. 

Les frontières et l'aéroport international d'Haïti sont fermés et la loi martiale a été imposée après que le Premier ministre par intérim d'Haïti a déclaré « l'état de siège » évoquant du même coup les pouvoirs qui lui sont conférés selon l'article 149 de la Constitution". a-t-il poursuivi.

En dernière heure, nous venons d'apprendre que la première dame d'Haïti  Martine Moïse sera évacuée aux États-Unis pour y être soignée. Mme Moise  a été  blessée lors de  l'attaque au cours de laquelle son mari a été assassiné.

Des dispositions sont prises pour déplacer la première dame haïtienne vers un hôpital de Miami pour y être soignée, a déclaré l'ambassadeur d'Haïti aux États-Unis, Bocchit Edmond.

S'exprimant lors d'un briefing virtuel avec des journalistes mercredi, Edmond a décrit l'état de la première dame comme stable mais critique.

Selon les premiers échos de Port-au-Prince, les gens sont restés à la maison. Il n'y a pratiquement pas de trafic automobile dans les rues, et pas de piétons non plus pour le moment dans la grande région métropolitaine. C'est l'attente et tout le monde craint un basculement dans un sens ou dans l'autre.

L'assassinat de Jovenel Moïse plonge le pays plus loin encore dans l'instabilité. Jovenel Moïse avait nommé Ariel Henry à titre de nouveau premier ministre lundi, mais celui-ci n'était pas encore entré en fonction.

HG

A suivre...


Martine Moïse en Floride  pour y être soignée après avoir été blessée



Friday, April 9, 2021

George Floyd est mort en raison de son arrestation, confirme un médecin légiste

Le Dr Andrew Baker a affirmé que l'immobilisation imposée par les policiers 
et la compression de son coup ont provoqué la mort de Georges Floyd          
 
Les problèmes cardiaques et la consommation de drogue de George Floyd ne sont pas « les causes directes » de sa mort, qui a été provoquée par la violence de son arrestation, a affirmé vendredi à la barre le médecin légiste ayant réalisé son autopsie.

À la fin de la deuxième semaine du procès du policier blanc Derek Chauvin, accusé de meurtre, cette déposition contredit la thèse avancée par la défense de l’agent.

L’immobilisation imposée par les policiers et la compression de son cou étaient « trop fortes à supporter pour George Floyd, au regard de son état cardiaque », a expliqué Andrew Baker devant le tribunal de Minneapolis qui juge Derek Chauvin, un policier blanc de 45 ans.

Il est accusé d’avoir tué George Floyd le 25 mai 2020 en maintenant pendant près de dix minutes son genou sur le cou de sa victime pour l’empêcher de se débattre.

George Floyd avait plusieurs fois crié « Je ne peux pas respirer » aux trois policiers qui le maintenaient allongé sur le ventre sur l’asphalte, les mains menottées dans le dos, en faisant pression sur son dos, son cou et ses côtes.

Derek Chauvin, le policier accusé de la mort de Georges Floyd

Pour l’accusation, cette pression a provoqué la mort de George Floyd, qui a peu à peu sombré dans l’inconscience par manque d’oxygène avant de décéder.

La scène, filmée en direct par des passants, a fait le tour du monde et provoqué une immense vague de colère contre le racisme et les violences policières dans le monde.

Le quadragénaire à la carrure imposante avait notamment un cœur plus gros que la normale en raison d’une hypertension, a souligné le Dr Baker.

« Son cœur avait donc besoin de plus d’oxygène et il avait une capacité limitée d’accélérer son rythme », car ses artères coronaires étaient rétrécies, a-t-il dit.

La contrainte physique et la douleur « vont déclencher des hormones de stress, l’adrénaline va pousser votre cœur à battre plus vite pour avoir plus d’oxygène », a-t-il expliqué.

Mais le cœur de George Floyd a lâché, incapable de soutenir ce rythme et en manque d’oxygène.

Pas de trace de la COVID-19

L’avocat de Derek Chauvin, Eric Nelson, soutient que son client n’a pas causé la mort du quadragénaire et que celui-ci est mort d’une overdose combinée à des problèmes cardiaques.  

Il s’appuie sur la présence de fentanyl, un puissant opiacé, et de méthamphétamine, un stimulant, découverts lors de l’autopsie.

La consommation de fentanyl peut aussi causer un manque d’oxygène en compliquant la respiration.

Andrew Baker a reconnu que la méthamphétamine faisait accélérer le rythme cardiaque, tout en précisant qu’une très faible quantité de drogue avait été détectée.

Il a également démenti la thèse développée par la défense selon laquelle George Floyd était diminué après avoir été infecté par le coronavirus.

« Ses poumons n’avaient pas de stigmates de la COVID-19 », a-t-il dit.

Face à Eric Nelson, il a indiqué n’avoir pas retrouvé de trace de pression sur le dos de George Floyd.

Mais le médecin a confirmé que la mort était un homicide, c’est-à-dire en terme médical « quand les actes de quelqu’un sont impliqués dans la mort d’un individu ».

Auparavant, les jurés avaient consulté des clichés du visage, des épaules et des mains tuméfiées de George Floyd pris lors de l’autopsie. Ces photos ont été remises sous enveloppe, la famille ayant peur de ne pas les supporter.  

Un frère de George Floyd, Rodney, est resté impassible en regardant longuement l’une de ces photos.

« C’est difficile, c’est dur », a expliqué la sœur de George Floyd, Bridgett, au site d’informations The Shade Room.

Mais « quand ce procès sera terminé et que Derek (Chauvin) sera reconnu coupable, nous aurons obtenu justice pour toutes les familles » qui n’ont pas pu l’obtenir pour leurs proches, a-t-elle dit.

Pour la première fois depuis le début des débats il y a deux semaines, le siège réservé aux proches de l’ex-policier était occupé vendredi, par une femme qui n’a pas été identifiée.

Le procès doit reprendre lundi avec les derniers témoins de l’accusation. Les débats devraient durer encore une semaine. Le verdict n’est pas attendu avant fin avril. Derek Chauvin encourt jusqu’à 40 ans de réclusion.

Les trois autres policiers impliqués dans la mort de George Floyd seront eux jugés pour complicité de meurtre en août. 

Auteur : JOY POWELL, CYRIL JULIEN
AGENCE FRANCE-PRESSE

Monday, September 21, 2020

Le discours de Me Bernard H. Gousse, PH.D prononcé lors des funérailles symboliques de Me Monferrier Dorval assassiné le 28 août 2020 á léglise St-Pierre.


Le symbole de la vie et de la mort de Me Monferrier Dorval transcende son existence terrestre. « Voilà l’homme qu’on a exécuté mais qu’on n’a pas tué », a discouru Me Bernard H. Gousse qui participait à la messe requiem à la mémoire du bâtonnier de l’ordre des avocats de Port-au-Prince organisée le vendredi 18 septembre 2020 en l’église Saint-Pierre de Pétion-Ville par le barreau de Port-au-Prince. Le Nouvelliste publie l’intégralité de l’intervention de Me Bernard Gousse.

Mme la bâtonnière par interim,
Chers consœurs et confrères,
Mesdames, Messieurs, 

Les balles qui visaient et qui ont assassiné Me Monferrier Dorval dans la nuit du 28 août 2020 nous ont tous atteints et nous ne sommes pas encore relevés de cet attentat, tant l’énormité du crime nous sidère, tant notre attachement à l’homme était profond. Monferrier Dorval ne laissait point indifférent. S’il ne  suscitait pas toujours l’amitié, il imposait toujours le respect.

J’ai connu Monferrier au cours de notre formation doctorale en France et, très tôt, s’est installée une camaraderie vite muée en une véritable confraternité. Monferrier, étudiant, se fait remarquer d’abord par son verbe ; un verbe fort, des convictions exprimées sans le souci de plaire et le refus des compromissions. Dès la première rencontre, il plonge sur vous un regard insistant, intimidant pour certains, qui vous jauge et vous soupèse à l’aune du savoir et de l’intégrité, valeurs sur lesquelles il ne transigera jamais tout le long de son existence. Il se plaisait, certes, en notre compagnie, lors des interminables soirées entre étudiants faites de repas cuisinés ensemble, de musiques écoutées et dansées, de discussions passionnées sur notre pays non encore affranchi du joug de la dictature. Nous finîmes par former, Lebon Cilair, lui et moi, un trio inséparable. Nous nous rencontrions sur les terrains de football et les sentiers de promenades. Mais ses meilleurs amis étaient les livres et les grands auteurs de droit administratif et constitutionnel qu’il dévorait avec une soif inaltérable.

Nous partagions l’amour du pays et je me rappelle la bouteille de Barbancourt vidée lors de la chute de Jean-Claude Duvalier et notre soirée d’incommensurable tristesse, un an plus tard, lors du massacre de la ruelle Vaillant. Amoureux de ce pays, nous n’avons jamais abandonné l’idée d’y retourner, convaincus que le savoir et l’éducation devaient être la voie royale du succès personnel et du progrès collectif et cette conviction nous est toujours restée chevillée au corps. Nous rejetions aussi l’idée d’un savoir égoïste, nous étant donné la mission de transmettre ce savoir en mettant en avant la rigueur, l’exigence et la discipline. Mission, hélas, ingrate !

Monferrier n’était pas homme à s’épancher sur sa personne, ses sentiments personnels, convaincu, comme moi, que le savoir gomme toutes les différences et que dans l’effort de construction de notre pays, toutes les compétences devaient être convoquées d’où qu’elles viennent.

Devenu avocat et professeur, Maître Monferrier Dorval a exercé son métier et s’est, année après année, bâti une carrière marquée au coin de l’intelligence, de la compétence et de la farouche indépendance vis-à-vis de ses clients. Une carrière privilégiant la rigueur et dédaignant l’esbroufe. Une carrière appréciée de ses confrères, contradicteurs au prétoire, mais appréciant le professionnel, jusqu’à en faire leur bâtonnier, symbole de la profession et garant de la discipline de l’ordre.

Maître Monferrier Dorval, fidèle à ses promesses de jeunesse, a enseigné à l’Université Quisqueya, à l’Université d’État d’Haïti et à l’École nationale d’administration financière. Ses étudiants se souviennent de ses démonstrations bien charpentées, de sa passion pour ses matières et de son intransigeance pour le bien faire et le bien dire.

Ses collègues de la chaire Louis-Joseph-Janvier sur le constitutionnalisme de l’Université Quisqueya garderont longtemps à l’esprit le souvenir de discussions vigoureuses mais toujours respectueuses, alimentées par une profonde connaissance de l’histoire constitutionnelle haïtienne et du droit constitutionnel comparé.

Membre du cabinet du ministre de la Justice de 2004 à 2006, il a participé à la modernisation de notre droit administratif, particulièrement à la législation sur la Cour des comptes qu’on essaie aujourd’hui de détricoter.

Maître Monferrier Dorval a aussi enseigné à la société. Dans ses chroniques parues dans les journaux, dans ses interventions radio ou télédiffusées, son verbe était instructif, clair, sans concession, privilégiant la vérité au politiquement correct. Maître Monferrier Dorval était une voix écoutée, une voix respectée.

Voilà l’homme qu’on a exécuté lors de cette nuit funeste. La douleur qui nous étreint ne sourd pas seulement d’une amitié blessée, elle est amplifiée par l’injustice de cette fin ignominieuse. Il faut trop de temps pour bâtir un homme, il faut trop de temps pour se construire un caractère, il faut trop de temps pour se tailler une place dans la société par la compétence opiniâtre et inachetable, pour que les forces des ténèbres coupent en une seconde le fil d’une trajectoire lumineuse.

Voilà l’homme qu’on a exécuté mais qu’on n’a pas tué, car son exemple, le symbole de sa vie et de sa mort, transcende son existence terrestre. 

Alors, est-ce tout ? C’est fini ? Son  héritage et son souvenir s’évaporeront-ils avec le temps ? Encore sous le coup de cette annonce à laquelle il fallait bien se résigner à croire, je me tenais, le dimanche suivant son décès, sur mon balcon, quand mon attention fut attirée par une nuée de petits papillons jaunes virevoltant d’arbre en arbre. Les pluies de ces derniers jours ayant favorisé la transmutation des chenilles. Papillons aux couleurs vives, agréables à la vue ; tout cela pour mourir dans trois ou quatre jours. Quelles vies inutiles, pourrait-on penser !  Mais, pendant ce temps, ils auront été de fleur en fleur, instruments d’une pollinisation régénératrice de la nature pour la saison prochaine. Seulement quatre jours de vie, mais une vie tellement utile. Ce n’est pas donc la durée qui compte mais ce que nous faisons du temps qui nous est donné. Dans combien de cerveaux Maître Dorval n’aura-t-il pas pollinisé le savoir et le courage pour les générations prochaines ! La mort n’est pas la fin.

Alors, avocates, avocats et autres défenseurs de la vérité et de la justice, j’emprunte, pour nous inspirer dans cette aventure qui n’est pas terminée, ces vers d’Alfred de Vigny, dans La Mort du Loup, qu’il met dans la bouche du fauve mourant, et que nous pourrions attribuer à notre bâtonnier : 

Gémir, pleurer, prier est également lâche ;

Fais énergiquement ta longue et lourde tâche

Dans la voie où le sort a voulu t’appeler ;

Puis après, comme moi, souffre et meurs, sans parler.

À l’exemple de Me Dorval, pour continuer Me Dorval et défier ceux qui croyaient le faire taire, n’ayons pas peur ! N’ayez pas peur ! N’ayez pas peur d’être vrais ! N’ayez pas peur de défendre la justice ! N’ayez pas peur de déplaire ! N’ayons pas peur ! Yo pa gen bal pou nou tout !

La mort du bâtonnier Dorval est un immense gâchis. Dans un pays où les compétences sont si rares, il est douloureux de voir détruite une sommité de notre droit qui s’est bâtie à la seule force de son travail, valeur qu’il plaçait au-dessus de toute autre. L’assassinat du professeur Dorval lance un message lugubre à la société tout entière. Il s’agit d’un assaut contre le savoir, d’un complot ourdi contre les millions de parents qui suent le sang pour ouvrir une petite porte du succès à leurs enfants. Construire ce pays est impossible s’il est un panier avec lequel on essaie de puiser de l’eau. L’eau s’écoule immanquablement, symbolisée par le sens du bien commun qu’on évacue, par la jeunesse qui vote avec ses pieds en s’exilant, par les compétences qu’on assassine. Et il reste dans le panier un fatras d’égoïsme, de cupidité, de vulgarité et d’ignorance.

Devons-nous capituler ? Sommes-nous condamnés à laisser la place aux violents et aux médiocres associés dans l’assassinat de Me Dorval et dans la lente agonie de notre République ?

Aujourd’hui, notre espace vital se restrécit. Les bandits font la loi sur les routes. L’Artibonite est abandonnée aux cannibales. Port-au-Prince reprend son appellation du temps des colonies de Port-aux-Crimes. On massacre au Bel-Air ou à Cité-de-Dieu à quelques hectomètres d’un Palais national silencieux. Les entrées nord et sud de la capitale sont livrées aux brigands. Nous sommes tous des cibles qui rentrons chez nous par hasard. Et même alors, on pénètre jusque dans nos maisons pour massacrer nos femmes, nos maris, nos enfants. Un jeune, désabusé, écrivait sur un réseau social que l’espérance de vie en Haïti est de un jour renouvelable….. Voilà toute l’espérance de la jeunesse : un jour, renouvelable !

Les assassins sont dans la ville. Les assassins sont peut-être ici même. Le pouvoir économique et politique s’acquiert et se maintient en armant des gangs avec des armes que les miséreux ne peuvent se procurer par eux-mêmes. Ceux qui aujourd’hui versent des larmes de crocodile alors qu’ils équipent leurs gangs sont les véritables assassins. Ce sont eux qu’il faut débusquer derrière leur respectabilité hypocrite. 

À ce stade, nous saluons la police nationale pour les résultats de l’Opération Terminator :

-    L’enseignante Farah Martine Lhérisson et son mari : Terminés,

-    Les nourrissons de Ganthier et de Cité Soleil : Terminés,

-    Le commerçant Toto Saïeh : Terminé,

-    Bâtonnier Monferrier Dorval : Terminé !

 À qui le tour ? Cette question, je la pose aux détenteurs du pouvoir. Le bâtonnier Dorval ne cessait de le répéter jusqu’au jour de sa mort ; la première mission du pouvoir est d’assurer la sécurité des vies et des biens. La sécurité est la garante de l’exercice de toutes les libertés. Un pouvoir n’est légitime qu’autant qu’il assure la sécurité des citoyens et que l’administration publique est mise au service de la collectivité. Nous constatons, cependant, une insécurité arrogante, l’absence de services essentiels de santé et d’éducation. L’État est séparé en satrapies où les amis du pouvoir s’accaparent des profits qui auraient dû servir à la population, où des institutions budgétivores dévorent des ressources pour ne rien produire en retour. Les fonctions prestigieuses sont occupées par des personnes dont l’inexpérience et l’impréparation devraient leur en interdire l’accès. Comme le proclamait Me Dorval : « Le pays n’est ni géré, ni administré.» Et il faut tirer les conséquences de cette incapacité.

Mais on s’accroche au pouvoir. On s’accroche aux privilèges du pouvoir, on s’en enivre, on se prend pour Dieu. Pendant ce temps, nous nous appauvrissons, nous mourons de faim, nous mourons assassinés. Un pouvoir auquel on s’agrippe alors qu’autour de soi tout s’écroule est un pouvoir usurpé.

Nous devons également battre notre coulpe. La majorité silencieuse qui déplore en privé cet état de choses ne peut se contenter de s’abriter derrière l’éloquence d’une personnalité et se livrer en lamentations à sa disparition en se plaignant de la malchance de ce pays. Comme le disait plus tôt Alfred de Vigny : « Gémir, pleurer, prier est également lâche. » Déjà, au XVIIIe siècle, le philosophe irlandais Edmund Burke écrivait que « pour triompher, le mal n’a besoin que de l’inaction des gens de bien ». Il ne sert donc à rien aujourd’hui de prier et de pleurer s’il s’agit de, demain, retomber dans la torpeur défaitiste.

J’en appelle donc à un complot contre la sûreté de l’État,

Un complot contre la sûreté d’un État incompétent,

Un complot contre la sûreté d’un État indifférent à la souffrance de la population, 

Un complot qui barre la route aux brasseurs d’argent et de reins,

Un complot qui promeut le travail, l’intégrité, la dignité, la compétence.

Sinon, comme le disait Manuel : « Nous mourrons tous ! ».

Si, aujourd’hui, nous gémissons, espérons ce sursaut victorieux du bien contre le mal.

Bonne route, mon ami, le drapeau est criblé, mais il flotte.

Bernard H. GOUSSE
18 septembre 2020
Auteur

Friday, September 11, 2020

Ingénieur José Saint-Firmin, une autre victime de l'insécurité en Haïti

Ing José St-Firmin

C'est avec beaucoup d'émotion et de tristesse que j'ai appris le décès de l'ingénieur José St-Firmin survenu dans des conditions tragiques en Haïti... Mr José a été tué à son domicile devant sa barrière par des balles assassines, avons-nous appris.

L'assassinat de José attriste tous ceux et celles qui ont eu le bonheur de connaitre de près ou de loin l’homme. C’est une grande tête de l’intelligentsia haïtienne qui disparait au profit de l’ignorance. Une fois de plus, quelque deux semaines après l’assassinat du bâtonnier Monferrier Dorval, Haïti vient d’être fauché d’un de ses grands fils ! Encore une victime dans ce pays gangrené par l’impunité et l'insécurité. Un climat d’insécurité qui est à la fois un pacte avec le mode de gouvernance mafieuse qui crèe un climat de terreur dans le pays aux fins d'échapper à la justice.

José était un ancien collègue à L'Électricité d'Haïti. Nous y avions travaillé ensemble pendant plus de 13 ans. Il avait, par la suite, été nommé directeur de la Planification à l’ED'H.

Ingénieur électrique, diplômé d’Allemagne et spécialisé en relais et protection haute tension, ancien professeur à l’Université d’État d’Haïti, José m'a laissé le souvenir d'un homme zélé, aimable, responsable, compétent. Il était un travailleur acharné à remplir sa tâche jusqu'au bout. C’était un homme raffiné, gracieux et équilibré dans les proportions ou dans la forme.

Rappelons en bref que José Saint- Firmin était le beau-frère de notre distinguée collaboratrice à Haiti Connexion Network, Emmanuelle Gilles. J’ai eu le privilège et le plaisir de connaitre aussi son jeune frère, feu Michel qui, lui, était marié à Emmanuelle. Michel nous a laissé pas trop longtemps. Deux hommes affables ! C'est un double coup pour la famille Saint-Firmin.

Je salue la mémoire de ce grand homme tragiquement disparu et présente mes très vives condoléances à son épouse, ses enfants, ses frères et sœurs, ses neveux et nièces ainsi qu’à toute la famille St-Firmin.

Paix à son âme !

Par :Hervé Gilbert

Monday, September 9, 2019

28 août 1994 - 28 août 2019 : 25 ans déjà depuis l'exécution du militant politique et prêtre engagé Jean Marie Vincent

Père Jean Marie Vincent
21 oct 1945 - 28 août 1994

25 ans déjà depuis l'exécution du militant politique et prêtre engagé Jean Marie VINCENT dit "Jan Boul" pour les intimes à, l'entrée de la Maison des Pères Montfortains (à la rue Baussan / Port-au-Prince), il etait 8h15 pm.

25 ans déjà et ce Sang La n'a toujours pas séché ... il Coule encore et partout dans cette Haïti en lente agonie.

Que dire de cet Être de Lumière si jovial et Bouillonnant d'Énergie qui avait toujours une Idée, un projet pour faire reculer l'extrême pauvreté, pour combattre l'infra humaine misère dans laquelle le système d'exploitation et de domination en place maintenait [et maintient toujours] des millions d'haïtiens et d'haïtiennes appauvris et en particulier les petits paysans ... en attendant d'être prêts a Renverser ce système si Injuste et Inégalitaire ?!!!

Le départ forcé de Jean - Marie, le Rassembleur progressiste, qui est l'oeuvre de bras Armés en Kaki et en civil sous la commandite de la Compagnie Étoilée laisse certainement un VIDE, un incommensurable VIDE ... surtout aux niveaux organisationnel et politique !!!
Rappelons qu'interrogé autour du meurtre sous référence, le capitaine Jackson Joanis avait indiqué qu'il n'allait pas supporter un tel fardeau et que c'est le capitaine Youri Latortue qui pouvait donner toutes les explications ! Certes avec la pseudo "Justice" que nous avons,  l'éponge a été par la suite passée sur les déclarations contradictoires et ambiguë du capitaine Latortue via un arrêt ordonnance de la honte émis par la Cour d'Appel alors qu'il était le chef de sécurité de son oncle, le Premier ministre Gérard Latortue. C'est ainsi que les dossiers Criminels sont evacués en Haïti !

En fait qui était (en quelques mots) Jean-Marie Vincent ?

Sa préadolescence a été plutôt difficile ayant perdu a l'âge d'à peine 13 ans son père (en 1958) qui était des Barradères. C'est que son père qui avait fait campagne pour Louis Dejoie  a été par la suite empoisonné par les partisans de François Duvalier.

Jean-Marie est né aux Cayes le 21 octobre 1945 mais suit ses cours primaires aux Barradères puis suit les cours secondaires au Petit séminaire du collège St-Martial à Port-au-Prince.

Après des études philosophiques au Canada et des études théologiques au grand séminaire Notre-Dame de Turgeau (1965-1967 et 1967-1970), Jean -Marie est ordonné prêtre le 7 janvier 1971 à Pétionville.

Après de courtes études supplémentaires en France, il consacrera en continu plus de 15 ans de sa vie de prêtre, adepte de la théologie de la Libération, aux jeunes et aux paysans pauvres du Nord -Ouest d'Haïti (1972-1987) en s'attachant plus particulièrement à la commune de Jean Rabel.

En 1975, il intègre l'équipe Missionnaire Montfortaine de la paroisse de Jean Rabel puis devient en 1977 et jusqu'en 1983 : administrateur de la paroisse de Jean Rabel. Mais Jean Marie a surtout laissé son empreinte en tant que Responsable de l'Équipe Missionnaire de Jean Rabel de 1977 à 1987.

Cette équipe, composée de religieux, de laïcs engagés et de techniciens, accompagnait, sous la supervision du prêtre militant, les petits paysans regroupés en Groupements "Tèt Ansanm" qui rejoindront plus tard (après 1986) le grand mouvement paysan national : "Tèt Kole Ti Peyizan Ayisyen". Evidemment, Jean-Marie a été l'un des co-initiateurs de ce mouvement paysan.

À l'intérieur de l'Église, en dépit du fait qu'il savait que la hiérarchie ne partageait pas son engagement social et politique envers les plus pauvres, Jean -Marie par son dynamisme avait su s'imposer au plus haut niveau et a beaucoup contribué à donner à cette institution des outils pouvant lui permettre de mieux accompagner la population en participant à la mise sur pied de radio Soleil, en aidant à renforcer les diverses Caritas dioscésaines, en mettant sur pied avec le père Miot la Mission Alpha qui devait alphabétiser des millions d'haïtiens avec la méthode " Goute Sèl" et il a même beaucoup négocié pour l'instauration de la future Université Notre-Dame d'Haïti dont il ne verra pas la naissance.

Malgré tout cela, il a été trahi par certains des siens et c'est ainsi, qu'alors qu'il occupait la fonction de directeur de la Caritas du Cap-Haïtien (1983-1991), il a été contraint par Mgr. Gayot de démissionner après le coup d'État de septembre 1991 et depuis, il y a eu au niveau de ces diverses institutions une réorientation plus conservatrice et c'était aussi fini pour la " Mission Alpha"!!!

Le Massacre des paysans de Jean Rabel et de Mahotière, du 23 au 28 juillet 1987 a été un coup terrible porté au Mouvement Populaire et la situation était devenue si difficile que l'Équipe Missionnaire de Jean Rabel a dû faire retrait, ne pouvant plus éffectuer un accompagnement direct sur le terrain.

Un tel Massacre a bien évidemment beaucoup affecté Jean-Marie, mais il a continué à créer, à fonder avec d'autres collaborateurs plusieurs institutions et/ou organisations aptes à apporter un appui aux organisations paysannes mais aussi à d'autres secteurs en lutte pour la construction d'une société nouvelle, plus juste et plus égalitaire.

Citons pêle-mêle pour raccourcir au possible cette présentation : le GATAP (Groupe d'appui Technique et Pédagogique), le FIDES (Fonds International de Développement économique et Social), le FONHADES (Fonds haïtien de Développement économique et Social) la CCG ( Coopérative de cautionnement et de gestion), sans compter la Fondation Edmond Paul... la liste est si longue ! Dommage que beaucoup de ces institutions n'aient pas pu continuer à fonctionner très longtemps après la mort de Jean-Marie.

Et à coté de tout cela Jean-Marie trouvait du  temps pour accompagner, à travers des conférences, des jeunes de divers groupes (KIRO, JOC, SAJ, ...) et collectait des fonds après le coup d'État sanglant de septembre 1991 afin de soutenir de nombreux citoyens et citoyennes persécutés par le régime féroce des militaires putschistes. Et je m'arrête là, sachant que plus d'un me reprocheront de n'avoir pas mentionné telle ou telle autre institution que Jean-Marie avait contribué à fonder et telle association ou organisation que Jean-Marie soutenait mais bon, on ne peut pas tout citer, Jean-Marie étant d'un dynamisme hors du commun...

Citons tout de même en finale, son dernier dada qui était la création d'un Centre Nature dans la zone de Lafitteau / Ti Tanyen que Jean - Marie avait déjà commencé à reboiser (en citronniers ....) sur plus de 22 hectares de terres semi-arides. Et puisque l'on dit que quand un Mapou tombe, les cabris mangent ses feuilles, certains oligarques ont accaparé tous les terrains destinés a l'implantation de ce Centre Nature dont Jean-Marie avait pourtant fait l'acquisition de manière tout à fait régulière et légale.

C'est cet Homme Dynamique et Progressiste, Cet Haitien Politiquement Lucide et engagé , que des Assassins qui sont encore dans la Ville (pour paraphraser Jean Léopold Dominique défunt) ont abbatu à coup de Ghalil selon les rapports de police et de justice à 8h15 pm le 28 août 1994 . Certains disent que c'était, entre autres , pour justifier la deuxième occupation militaire d'Haïti par les USA et de permettre aussi l'application de la politique ultra neo-libérale convenu lors des accords de Paris ; de mon côté, j'en ai la ferme conviction !

31 ans, jour pour jour, après le célèbre discours de Martin Luther King (Washington, D.C. / 1963) ... en Haïti, un 28 août 1994, avec l'assassinat du père Jean-Marie VINCENT, les forces des ténèbres ont donc Tué un REVE : un rêve d'intégration visant à démanteler la Société d'exclusion en place en vue de Construire une Société Haïtienne plus Juste et plus égalitaire, plus Humaine et Fraternelle donc.

Les funérailles du père Jean-Marie Vincent ont été chantées dans la cour des Pères Montfortains à la rue Baussan à Port-Au-Prince, le 2 septembre 1994. Pour beaucoup c'est un cauchemar en continu depuis ...

25 ans après, les crimes continuent car l'impunité règne en Maître tout comme les Assassins qui circulent en toute liberté avec armes, argent et Pouvoir !!!

Notons pour conclure que la vie du militant et prêtre Jean-Marie Vincent a été une Vie de lutte intense avec une période très active de 17 ans, à savoir entre 1977 et 1994 . En 1977 il devient le curé de la paroisse de Jean Rabel àl'âge de 32 ans à peine et le 28 aout 1994, il est assassiné par des militaires de l'Armée d'Haïti au service des ennemis nationaux et internationaux traditionnels du peuple souffrant d'Haïti en lutte, à l'âge de 49 ans.

Doit-on dire que la LUTTE continue ? Certains ont certes abandonné mais le peuple souffrant d'Haïti n'a pas d'autre choix que de Continuer à Lutter pour l'avènement d'une Société où régnera le bien-être, la Justice et la Liberté pour Tous les Citoyens et Toutes les Citoyennes. Le devoir des militants intègres et progressistes est d'accompagner le peuple organisé dans sa lutte.

Et pour ton inestimable et généreuse contribution à l'avancement de la lutte du peuple souffrant d'Haïti : Merci Jan Boul !!!

Stephen William PHELPS, Port-au-Prince le 28 août 2019.


[Notices biographiques du père Jean-Marie Vincent tirées de l'Ouvrage :" Ochan pou Jean-Marie VINCENT" / Edité par la Fondation Jean-Marie Vincent , aout 1995. Photo : Jacques Deschênes / Le Soleil].