Discours d'Etzer Vilaire à la mémoire des héros de l'Indépendance, de Charlemagne Péralte... 

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Sunday, October 3, 2021

Martine Moïse est-elle le nouveau joujou de la République ?

Martine Moïse

 

Par Max Dorismond 

Au bord de l’explosion, Haïti se cherche. L’image du corps en passoire du défunt président dérange. La Nation, soudée dans l’humiliation, le chagrin et la colère, crie justice, mais cette dernière est lente à chausser ses patins sans égard aux attentes du moment. L’impatience, étant mauvaise conseillère, elle déborde de la marmite des criminels, qui s’activent pour ajuster le couvercle afin d’éviter la commotion appréhendée. Il n’y a aucune chance à prendre. 

C’est un peuple à surprises quand il est traqué. Les Européens avaient goûté royalement à sa médecine, il y a de cela plus de deux cents ans. Ne jouant point au hasard du dé, les malandrins veulent toujours détenir un coup d’avance sur sa libido, sinon ils sont faits à l’os, à l’ère du totalitarisme numérique. Telle est la raison de l’utilisation du parapluie de la première dame ! 

Pour perpétuer le pillage du pays sous toutes les formes, les stratèges d’hier avaient extrait de leurs goussets le crédule Jovenel, surfant sur une image folâtre venue tout droit du ciel : terre, eau, soleil, une trilogie simpliste à faire valser les macaques et à abêtir la masse qui carbure à l’espoir. 

Martine Moïse à Jérémie le samedi 2 octobre

L’exaspération pousse aujourd’hui certains leaders d’opinion à exiger de l’action. Les clowns affamés et bien armés qui jouent aux apprentis «bandi légal» risquent de se prendre au sérieux. La patience est à bout. La misère criante s’avère le carburant d’un cocktail explosif. Les commanditaires sont inquiets. Le pays se dirige, droit devant, vers la catastrophe annoncée. Un nouveau Rwanda est à craindre. Que faire? 

Triste dans sa douleur, soignant ses blessures à l’âme, et perdue dans ses réflexions, Martine Moïse, la veuve éplorée, est appelée à la rescousse des maîtres du jeu, débordés sur leur gauche, tentant de calmer les ardeurs d’un peuple décidé à se faire justice lui-même. Pour cela, pianotant sur la diversion, ils préfèrent jouer avec le réel sur le terrain de la fiction pour temporiser, en attendant demain. 

On la déplace en jet privé, entourée d’une sécurité composée d’étrangers en uniforme pour éblouir la galerie. Martine, percluse de remords, joue malgré elle, avec un faux sourire, le théâtre à cinq sous, tous frais payés d’avance. En une journée, affaiblie et désinvolte, la pauvre débarque au Cap-Haïtien, pour se retrouver, en quelques heures, en safari sur les sentiers de la Grand-Anse, dans le sud du pays, suivie par une flotte de VUS, à l’image de la reine d’Angleterre en visite. 

Sa santé peut-elle résister à ce rythme infernal pour sécuriser les criminels inquiets qui ne savent à quels saints se vouer? Or, à la cadence à laquelle se déroule l’enquête, tout le monde s’attend à du «jus de tomate». Sauf que la rage de la rue les indispose et fait craindre le pire. Donc, la présence de l’épouse éplorée servira de baume pour endormir les désespérés. Faute de président, on leur présente la «veuve écarlate!» 

Sera-t-elle candidate, le jour venu? Mystère et boule de gomme! Nul ne sait quelle sera la réaction des éternels opposants, sans conviction, qui piaffent dans les couloirs en s’accrochant prestement aux poignées du coffre-fort national. En attendant, tel un drap léger et fragile, l’ombre de Martine recouvre timidement le ciel de l’île, pour éviter toute entrée de courant d’air malsain, porteur de virus explosifs. 

Propulser la veuve flétrie au-devant de la scène est-il un risque à prendre? Voyez-vous, la vengeance d’une femme blessée n’est pas à dédaigner. Bien des exemples dans l’histoire sont déjà édifiants. Mais quand on est assiégé, tous les coups sont tentants pour éviter de se retrouver « échec et mat ». 

Comme assurance tous risques, les commanditaires gardent à l’esprit l’image du dépeçage vécu par Martine, lors du découpage sans vergogne du corps de son mari, à titre d’effet persuasif, pour la tenir en laisse, en cas de rêve de représailles. Le message est sans équivoque pour attiédir certains penchants romantiques, sauf si elle est suicidaire. Malgré tout, nul ne peut jouer au maître des horloges du temps sans être béni des dieux! 

En attendant, elle joue le jeu. Le film vient juste de commencer! Pour répéter notre Maurice Sixto national : « Achetons-nous, une « carte pelouse » et une chaise basse pour regarder le match ». Il y a de quoi rêver, les yeux ouverts. 

Max Dorismond

La tournée de Martine à Jérémie

https://youtu.be/MiOo3TaQP9U





Thursday, May 21, 2020

Pour célébrer la vie de Maurice Sixto

Par:Mérès Weche

Maurice Sixto (23 mai 1919 - 12 mai 1984)
Le 23 mai prochain va ramener la date de naissance du grand champion de l´oralité créole haïtienne, Maurice Sixto.  S´il vivait encore, il aurait 101 ans à cette date, pour être né le 23 mai 1919.  Fils de l’ingénieur Alfredo Sixto et de son épouse Maria Bourand, Maurice Sixto est né aux Gonaïves, le 23 mai 1919. Côté paternel, il est le petit-fils d´Adolphe Sixto, originaire des Ȋles Vierges, dans l’archipel des Petites Antilles. Côté maternel, son aïeul c´est bien le Baron de Vastey, de même souche parentale qu´Oswald Durand et Alexandre Dumas, car sa mère Maria est de Vastey de naissance. Mon ami Sérant m´a donc offert, avec Maurice Sixto, le troisième côté qui me manquait pour construire ce beau triangle d´hommes célèbres partageant un même ADN.

Après de brillantes études primaires chez les Frères de l’Instruction chrétienne de sa ville natale, Maurice Sixto sera automatiquement reçu à l’institution Saint-Louis-de-Gonzague, à Port-au-Prince, appartenant à la même congrégation religieuse. Dans sa biographie, écrite par la Fondation Maurice Sixto, organisme qui fait la promotion de son œuvre, depuis au moins une douzaine d’années, à travers des célébrations, au pays comme à l’étranger, je retiens cette anecdote qui me fait croire qu´en arrière de cet humaniste, sensible au sort des petites gens, se cachait un aristocrate. J´ai lu ceci dans ladite biographieː“ en subissant les épreuves du baccalauréat, un de ses examinateurs, Luc Grimard, étonné de son intelligence, lui fit la questionː d'où venez-vous, jeune hommeɁ Maurice Sixto répondit fièrementː “ des Gonaïves, je suis le petit-fils d´Alice de Vastey“. Et Luc Grimard d’ajouterː “ sous cette combinaison, je vois le Baron“. De là, je rejoins ce penseur qui eut à direː “ il faut un minimum de bien-être pour pratiquer la vertu“. Dans tout jugement, comme dans toute vision, il faut de la distance pour ne pas être aveuglé. Sixto était bien placé socialement pour tout “voir“ avec les yeux de son âme sensible de poète, beaucoup mieux même que s´il pouvait utiliser ses yeux de chair. C´est la raison pour laquelle je ne le représente pas avec des lunettes noires, car il ne les portait que comme barrière psychologique entre son regard et celui de cette société qu´il dépeignait d´un oral inégalable.



Maurice Sixto, dans ses volumes audios " Choses et gens en
tendues" décrit nos moeurs, nos hypocrisies, notre vie mon
daine dans les salons huppés jusqu'aux bidonvilles. 
            
Je me prive d’élaborer longuement sur sa carrière professionnelle de traducteur et de porte-parole diplomatique, pour plutôt peindre son panorama de créateur hors du commun. Auteur d´une trentaine de savoureux récits sur la vie haïtienne de tous les jours, retraçant, à la manière des romanciers de La Ronde, les traits caractéristiques de notre société, Maurice Sixto s´est révélé un observateur impénitent de nos mœurs, dans ce qu´elles ont de plus répugnant et de plus acrimonieux. Son tout premier tableau, “Léya Kokoyé“, suivi de “ Bòs Chabran“ formant le premier volume de sa vaste créativité, Maurice Sixto abondera dans des scènes, les unes plus typiques que les autres, “ que lorsqu’on vient d´en rire on devait en pleurer “ . Combinant en lui seul le génie d´un La Fontaine et celui d´un Molière, on peut dire que son théâtre, nourri de la saveur et de l’imagerie de la langue créole, va au-delà de ces superstructures classiques, pour être inspiré de la matrice même du peuple haïtien, dans toutes ses composantes sociales. Sixto a pu sucer la substantifique moelle de l´oralité haïtienne, pour en tirer ce “suc“ qui donne un goût particulier à ses récits. Qui peut résister à l´envie d’écouter et de réécouter “ Zabèlbôk Bèrachat  “, “ Ti Sentaniz “, “ Madan Senvilis “, “ Gwo Moso “, “ J´ai vengé la race “ pour ne citer que ceux-là, d´un ton à vous couper le souffle Ɂ…

Men « Ti Sentaniz » de Maurice Sixto
Ti Sentaniz” est une caricature sociale sur l’exploitation des enfants en Haïti

Maurice Sixto
Un conteur aux intonations multiples

En termes de classification, dans la littérature haïtienne, il est extrêmement difficile de situer Maurice Sixto dans un quelconque courant de pensée, car il ne se révèle pas un “ littéraire “ dans le sens “scolaire et classique“ du terme, car son texte est pure parole, proche de l’expressivité de ces sambas, non régis par l´écriture comme signe conventionnel. L´œuvre orale de Sixto, située entre le réel et la légende, est appelée à perdurer, tant qu´il existera des hommes et des femmes, doués de “sens“ à l’écouter, sans distanciation sociale, et surtout sans complexe de compréhension. On la classe dans la catégorie des “ Lodyans “, certes ; elle en est toutefois une tendance, avec la seule différence qu´elle ne peut être parcourue des yeux, parce que n’étant pas “savante“ mais purement empirique.

À Montréal, dans le cadre du Mois “Créole“ le KEPKAA, en collaboration avec les chanteuses Barbara Guillaume et Tifane, avait célébré, une fois de plus, en 2019, la vie de ce Mage de la littérature orale haïtienne. Espérons que la reprise d´une telle manifestation ne sera pas que virtuelle, en octobre 2020, à cause du confinement.

Mérès Weche  Auteur


Illustrations :HCC