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Medjy - Un spectacle du tonnerre à la Place Bell |
Par Max Dorismond
Je ne connaissais rien de l’artiste. Un article chaleureux sur Medjy dans un journal prestigieux, « Le Devoir » de Montréal, m’avait mis les fourmis dans la tête. L’hiver, est à nos portes, il faut se relaxer. Fermons ordi et téléphone, allons voir ce spectacle tant annoncé!
Le défilement des voitures dans les entrées souterraines de la Place Bell à Laval, en banlieue de Montréal, laisse présager l’assistance à venir. Les queues très longues devant les ascenseurs n’augurent rien de satisfaisant; la patience sera mise à dure épreuve.
Enfin à l’intérieur, une jeunesse bon enfant se laisse réchauffer par un DJ professionnel. Ce fut pour moi un bain de jouvence, car on peut compter sur les doigts de la main les rares têtes grises dans le décor.
Et puis, à 21 heures précises, sous une pluie de flashs des projecteurs et des jets de feux d’artifice, un roulement de batteries, des salves de guitares et un grondement assourdissant des basses accompagnent une ovation monstre de la foule extasiée, qui se leva d’un trait pour saluer l’entrée en scène de Djy-Djy, dit M-E-D-J-Y.
Le voilà en chair et en os, sous l’acclamation prolongée d’un public arc-en-ciel, qui semble entrer en transe sous les décibels qui font trembler la Place Bell. Il y a belle lurette que je n’ai pas vécu une pareille ambiance. Il y a de l’électricité dans l’air, au point de recevoir un avertissement sur mon iPhone, à savoir qu’à 90 dB (décibels), le risque de perturbation des tympans est à considérer. La foule subjuguée n’en a cure. Il y a de l’amour dans l’amphithéâtre. La jeunesse est tombée en pâmoison devant l’artiste.
Tout de blanc vêtu, Medjy, le dieu de l’arène, envoûte les 15000 spectateurs et plus, présents. Personne ne tient plus en place. Le public chante et danse, les flashs des cellulaires crépitent dans la grisaille pour conserver dans l’éternité cet instant de bonheur unique dans l’hiver québécois. La foule nous laisse l’impression de connaître chaque virgule des chansons divulguées. Tout en fredonnant les paroles, elle l’imite dans chaque geste, dans chaque pas de danse, dans chaque onomatopée pour l’accompagner dans son interprétation métissée de nouvelles sonorités. Personne ne tient plus en place.
Pour ma génération, cela nous ramène au temps de notre jeunesse pertubée à l’époque des « mini-jazz » à Port-au-Prince, tels les Tabous Combos au Paramount, les Ambassadeurs au Magic-Ciné, les Fantaisistes de Carrefour au ciné Sénégal. Ah, que d’eau a coulé sous les ponts! L’enthousiasme était identique, sauf que la puissance et les décibels du terroir n’étaient pas à leur paroxysme à la dimension du son de la Place Bell.
Étant un Canado-Haïtien, Medjy est le Fils d’un couple d’amis, Jean Toussaint, originaire de Jérémie (Haïti) et de Yanick Nazon. J’avais eu à faire sa connaissance au cours d’une agape familiale à la maison de ses parents, à Fontainebleau, au nord de Laval, un quartier huppé de Blainville. Timide et réservé, sa ressemblance avec son père quand ce dernier était dans la vingtaine, ne m’avait pas laissé indifférent, quant à mes remarques à son paternel.
Un aperçu de sa prestation sur scène le samedi 22 février 2025
Medjy a exploré tous les styles pour imposer ses créations. Du Reggae au R&B, du Hip-hop à l’Afrobeat, du Soul au Gospel, du Kompa au Zouk, du Rap au Jazz… etc. Rien ne lui est étranger. Je me permets d’ajouter qu’il est finalement un bâtisseur de ponts. Il rejoint toutes les communautés. Toutes les races y étaient. Et ce fut le délire assuré. Il a gagné son pari sur toute la ligne. L’Hiver canadien peut aller se rhabiller. Le chauffage Medjy en prend la relève. Tout est Ketchup !
Max Dorismond
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