Discours d'Etzer Vilaire à la mémoire des héros de l'Indépendance, de Charlemagne Péralte... 

Sunday, May 18, 2025

Léon XIV : Un souffle nouveau , un cri pour les oubliés de la Terre

Pape Léon XIV dans sa papamobile avant la messe d'inauguration
de son pontificat ce dimanche 18 mai 2025 à Rome.                      

Par Hervé Gilbert

Dix jours à peine après son élection au trône de Pierre, le 267ᵉ souverain pontife a donné le cap de son pontificat. Ce dimanche 18 mai, sous le ciel printanier de Rome, Léon XIV s’est adressé à une foule immense rassemblée sur la place Saint-Pierre, livrant une homélie empreinte d’urgence sociale et de compassion évangélique. Devant des dizaines de milliers de fidèles et une pléiade de dirigeants venus des quatre coins du globe, il a fustigé une économie « qui exploite les ressources de la Terre et marginalise les plus pauvres ».

« En notre temps, trop de blessures demeurent ouvertes. Trop de haines, de violences, de préjugés, trop de peurs de l’autre continuent de ronger le tissu de nos sociétés, nourries par un paradigme économique injuste », a déclaré le tout premier pape américain, d’une voix grave et posée. Ancien missionnaire dans les Andes péruviennes, où il a vécu pendant vingt ans au contact des exclus, Léon XIV n’a jamais dissimulé sa sensibilité aux injustices structurelles.

Son homélie marque ainsi une continuité affirmée avec le choix symbolique de son nom de règne, inspiré de Léon XIII (1878-1903), pape visionnaire et pionnier de la doctrine sociale de l’Église, qui dénonça avec force l’exploitation des ouvriers à l’aube de l’ère industrielle.

Âgé de 69 ans, le nouveau pontife est allé à la rencontre des 100 000 personnes rassemblées selon les autorités italiennes. Debout, souriant dans la papamobile, il bénissait les pèlerins, répondant aux acclamations, tandis que les drapeaux du monde entier ondulaient dans la brise.

Parmi les invités de marque, le vice-président américain J. D. Vance, dernier haut responsable à avoir rencontré le pape François avant sa mort, était présent, accompagné du secrétaire d’État Marco Rubio. Tous deux catholiques convaincus, ils incarnent le lien fort entre Washington et le Saint-Siège. L’élection de Léon XIV, natif de Chicago, a d’ailleurs suscité une vague d’enthousiasme outre-Atlantique, bien qu’il ait publiquement critiqué les politiques anti-immigration de l’administration Trump.

Avec Léon XIV, une ère nouvelle semble s’ouvrir : celle d’un pape au cœur du monde, enraciné dans l’Évangile et attentif aux cris silencieux des périphéries.

L'arrivée du pape XIV à la Basilique avant l'inauguration de son pontificat

Une courtoisie de Valescot Jimmy




Tuesday, May 13, 2025

Haïti n’est pas la misère du monde, mais la mémoire du monde

 Face à l’ignorance blessante et aux préjugés tenaces, il est des voix qui se lèvent avec dignité et mémoire. Dans une lettre ouverte, Marlène Chouloute-Hyppolite, enseignante haïtienne à la retraite, répond avec fermeté et érudition aux propos méprisants de Rémi Villemure tenus à l’égard d’Haïti. Elle rappelle, faits à l’appui, l’histoire occultée d’un peuple trahi, pillé, mais toujours debout. Une mise au point nécessaire, à la croisée de la mémoire, de l’indignation et de la vérité historique. hgttawa,

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Ottawa, le dimanche 11 mai 2025
Lettre ouverte à Monsieur Rémi Villemure

Monsieur Villemure,

J’ai écouté avec attention et indignation les propos que vous aviez tenus à la suite de l’entrevue que Mme Anne-Marie Dussault avait accordée à Dany Laferrière à l’émission 24/60, le 8 avril 2025. Au cours de cette entrevue, Dany Laferrière avait réagi sur la phrase suivante: « Nous ne pouvons pas accueillir toute la misère du monde » prononcée par le Ministre de l’Immigration, monsieur Jean-François Roberge.

J’ai eu aussi l’occasion d’entendre la réponse que vous aviez donnée à Dany Laferrière, à l’émission de madame Sophie Durocher. Vous pouvez critiquer Dany Laferrière. C’est votre droit. Cependant, je regrette que vous n’ayez pas pris le temps de vous informer sur ce pays qu’est Haïti et sa glorieuse histoire avant de répondre à Dany Laferrière.

Si vous aviez effectué un minimum de recherche, vous auriez su que ce peuple, devenu l’objet de mépris de certains dirigeants des États-Unis aussi bien que ceux d’autres pays dans le monde, n’avait jamais hésité à prêter main forte à d’autres pays de la planète. Vous avez crié haut et fort: « Haïti est probablement le pays le plus foireux parmi les 192 pays de la terre, c’est un pays qui ne progresse pas, qui n’avance pas... ». Il en est ainsi parce que les Konze (traîtres à la nation) sont responsables de la majorité des problèmes d’Haïti. Ils n’ont jamais cessé de collaborer avec les dirigeants de certains pays au détriment du peuple haïtien.

Si, selon vous, Dany Laferrière est méprisant, quant à vous, vous êtes irrespectueux envers tout un peuple et tout un pays.

Si Dany Laferrière avait mentionné au ministre de l’Immigration, Monsieur Jean-François Roberge, toutes les raisons pour lesquelles le peuple haïtien est devenu l’un des peuples les plus misérables du monde, vous n’auriez probablement rien à lui reprocher.

Dany Laferrière aurait pu expliquer à M. Roberge, qu’après avoir acquis son indépendance au prix du sang en l804, Haïti avait subi et subit encore toutes sortes d’injustices. De plus, nous avions dû payer une rançon de 150 millions de francs-or à la France en reconnaissance de notre indépendance. Pour ce faire, Haïti a contracté des prêts auprès des banques françaises. 

Cette dette, nous la désignons sous le titre: La double dette de l’indépendance. (Voir Le Devoir du 16 avril 2025). Quand le président Jean-Bertrand Aristide osa demander la restitution de cette somme, il a été renversé du pouvoir par les États-Unis et la France puis, il était contraint à vivre en exil en Afrique du Sud jusqu’à son retour au pays le 18 mars 2011. Selon Thomas Piketty: « La France doit 30 milliards d’euros à Haïti et devrait lancer des discussions sur les modalités de restitution » (Le Monde, 9 mai 2025).

Saviez-vous que « le 17 décembre 1914, les Marines américains [sic] dévalisent, armes à la main, la Banque Nationale d’Haïti. Ils emportent toutes les réserves en or et en devises et les transportent […] à la National City Bank of New York. »? (Réf.: Essai sur l’Histoire économique d’Haïti de 1941 à nos jours). Ce forfait s’est produit 7 mois avant l’occupation d’Haïti par les États-Unis, le 15 juillet 1915. Je vous conseillerais de consulter les différents éditoriaux de M. Guy Taillefer dans le quotidien Le Devoir. Vous avez intérêt à apprendre de lui. Je cite entre autres: Haïti: le pays dépossédé! Opinion de Guy Taillefer. « Le développement d’Haïti n’a jamais été entre les mains des Haïtiens eux-mêmes…» De plus, saviez-vous que de nos jours, toutes les armes que les terroristes utilisent en Haïti proviennent des Etats-Unis ou encore passent par la République dominicaine? Alors que l’État haïtien n’a pas le droit de commander des armes. Que disent les puissants pays de la terre à ce sujet? Rien! La presse canadienne analyse rarement le fond de la situation.

Si nous sommes la misère du monde, ce sont sûrement les conséquences des mauvais traitements que nous avions reçus des pays qui prétendent nous aider, sans oublier la complicité des chefs d’État haïtien choisis par certains dirigeants internationaux qui influencent ou modifient les résultats des élections.

Saviez-vous que le Canada avait joué un rôle clef dans le coup d’État de 2004 en Haïti alors que le pays devait célébrer les 200 ans de son indépendance? Selon Michel Vastel de la revue l’Actualité, publiée en date du 15 mars 2003: « Il faut renverser Aristide. Et ce n’est pas l’opposition haïtienne qui le réclame, mais une coalition de pays rassemblée à l’initiative du Canada ».

En fait, Monsieur Villemure, partout, sur notre planète, où les peuples opprimés essaient de prendre leur destin en main, les dirigeants des nations les plus puissantes ont toujours fait obstacle à leurs efforts et ont même participé à l’assassinat de certains de leurs leaders. Ce fut le cas de Maurice Bishop pour l’île de la Grenade, Patrice Lumumba pour le Congo (Zaïre), Steve Biko pour l’Afrique du Sud, Thomas Sankara du Burkina Faso, etc.

Au cours des années 1960, quand les Noirs des États-Unis d’Amérique réclamaient leurs droits, certains de leurs leaders ont été, eux aussi, assassinés. Citons, parmi les cas les plus connus, l’assassinat de Martin Luther King et celui de Malcom X.

Ainsi, M. Villemure, c’est seulement quand les nations les plus puissantes cesseront de déstabiliser ces pays dont le sous-sol regorge de minerais précieux que leurs citoyens cesseront de frapper à leur porte pour essuyer toutes sortes d’humiliations. À ce moment-là, les pays riches, comme le Canada, cesseront d’accueillir toute la misère du monde à leur porte. Pour qu’il y ait un vrai changement dans le monde, il faut que ces pays acceptent de négocier équitablement avec les pays qui possèdent les ressources au profit du bien-être de leur population.

De plus, les déplacements migratoires ont toujours existé sur notre planète pour construire les richesses des pays d’accueil. On doit se le rappeler: Le Canada est un pays construit sur la migration. Au cours du 19e siècle, les Européens sont arrivés massivement dans le Nouveau Monde (l’Amérique), parce qu’ils fuyaient la grande famine qui sévissait en Europe et ils ont dépossédé les Autochtones de leur terre. Ainsi, il en sera autrement, le jour où les nations parviendront à mieux gérer les ressources de notre planète.

Veuillez agréer, Monsieur Villemure, mes salutations distinguées.

Marlène Chouloute-Hyppolite
Enseignante d’origine haïtienne à la retraite

Friday, May 9, 2025

Du Limbé au Vatican: les racines haïtiennes du pape Léon XIV

Haïti, mémoire vive d’une Amérique oublieuse



Par Herve Gilbert

Alors que l’élection du pape Léon XIV révèle des liens inattendus entre le Vatican et Haïti, il est temps de rappeler que l’influence haïtienne sur l’histoire des États-Unis ne date pas d’hier. Loin d’être un simple épisode contemporain, cette présence remonte aux origines mêmes de la République américaine. Un rappel nécessaire à l’heure où certains voudraient effacer les racines noires de l’Occident.

ÉDITORIAL :

J’ai découvert ce détail saisissant grâce à l’arbre généalogique minutieusement reconstitué par une chercheuse américaine attentive, ainsi que par une figure haïtienne de haute crédibilité.L’un des grands-parents du pape Léon XIV serait d’origine haïtienne.

En effet, le nouveau pape, Robert Francis Prévost, possède des racines haïtiennes non seulement par son grand-père, Joseph Martinez, né à Port-au-Prince en 1864, mais également à travers la lignée des Prévost. Ces derniers, en provenance d’Haïti, se sont en grande partie établis en Louisiane à la fin du XVIIIe siècle et durant la première moitié du XIXe siècle. Ils sont apparentés aux familles Morin, originaires du Limbé, dans le nord d’Haïti. Les Morin, tout comme les Romain, étaient profondément enracinés dans cette région et ne l’avaient pas quittée au XIXe siècle.

Parmi  les représentants notables de cette lignée, on retrouve les Morin du côté de la grand’mère de Gérard Bissainthe, ainsi que la grand’mère maternelle d’Elie Lescot qui appartenait  elle aussi à la famille Morin.


Car il faut se souvenir — ou plutôt rappeler, tant l’oubli est organisé — qu’un Haïtien, Jean-Baptiste Pointe du Sable, fut le fondateur de la ville de Chicago. Non pas une figure marginale, mais bien l’un des bâtisseurs d’une grande métropole américaine. Notre diaspora, bien avant d’être éparse, fut actrice. Avant que certains ne songent à nous repousser aux marges, nous étions déjà là, porteurs de savoirs, de luttes et de sang versé.

En témoignent également les soldats haïtiens, connus sous le nom de « chasseurs volontaires de Saint-Domingue », qui combattirent aux côtés des insurgés américains durant la guerre d’indépendance. En 1779, lors de la bataille de Savannah, près de 500 hommes originaires de Saint-Domingue — l’actuelle Haïti — s’engagèrent contre les troupes britanniques. Nombre d’entre eux y laissèrent la vie. Parmi ces volontaires figurait Henri Christophe, futur roi d’Haïti, alors encore adolescent. Leur sacrifice, pourtant, demeure relégué aux marges de l’histoire officielle, comme si l’Amérique préférait taire le rôle joué par des Noirs, des Haïtiens, dans l’avènement même de sa liberté.

Les archives révèlent en Léon XIV des racines noires
Une coutoisie de ABC news


Ainsi, de Chicago à Savannah, de Pointe du Sable au pape Léon XIV, c’est une même trame qui se dessine : celle d’un peuple trop souvent nié, mais toujours présent, toujours vivant. Nous, Haïtiens, avons semé tôt notre part dans le terreau américain. Et si l’on feint aujourd’hui de nous exclure, qu’on sache que nos racines sont déjà là — profondes, tenaces, nourries d’histoires que nul ne pourra effacer.

Que cela soit dit, que cela soit su — même de ceux qui s’obstinent à l’ignorer. Y compris Donald Trump.

Herve Gilbert

Thursday, May 8, 2025

Robert Francis Prevost — Le murmure d’un pontificat intérieur

Léon XIV, le 267è pape après Saint-Pierre
 

Par Herve Gilbert

Dans le sillage des réformateurs tranquilles, l’Église vient de se doter d’un pape que l’on n’attendait pas à la première ligne des pronostics. Américain d’origine, missionnaire par vocation, spirituel par nature, Robert Francis Prevost offre à la papauté un visage d’intériorité mûrie, de fidélité souple et de réforme silencieuse.

En élisant Robert Francis Prevost, ancien missionnaire et préfet des évêques, le conclave a fait le choix de la profondeur sur l’effet, de la lenteur sur le spectaculaire. Le premier pape nord-américain de l’histoire n’a pas le verbe haut ni le geste théâtral. Il avance à pas feutrés, fort d’une expérience pastorale et spirituelle dense. Son pontificat, à la croisée de la fidélité à François et d’un recentrage intérieur, s’annonce comme une respiration attendue au sein de l’institution.

Portrait du cardinal Robert Francis Prevost

Mgr Prevost en mission pastorale

Robert Francis Prevost, cardinal américain né à Chicago en 1955, est une figure à la croisée de la mission, de la spiritualité augustinienne et de la gouvernance centrale de l’Église catholique. Formé chez les Augustins, missionnaire au Pérou durant de longues années, il incarne une Église pastorale, proche des peuples, enracinée dans la réalité des périphéries. Ce parcours, entre contemplation et action, l’a mené à des postes de haute responsabilité : d’abord Prieur général de son ordre religieux, puis évêque missionnaire en Amérique latine, et enfin préfet du Dicastère pour les évêques, une des fonctions les plus influentes du Vatican.

Cardinal Robert Francis Prevost
(2024)

Créé cardinal en septembre 2023, Prevost est désormais une figure centrale du pontificat de François, partageant avec lui une vision d’Église synodale, pauvre et tournée vers les marges.

Loin des feux, la lente ascension

Pape François et Pape Léon XIV
(2024)
Il n’a jamais cherché à gravir. Pourtant, le voici au sommet. Robert Francis Prevost, formé dans les rangs augustiniens, est un homme façonné non par l’influence, mais par l’expérience. Expérience de la mission, dans les périphéries andines du Pérou. Expérience de la vie religieuse, enracinée dans l’écoute communautaire et la quête de la vérité intérieure. Expérience enfin de la gouvernance, à la tête du Dicastère pour les évêques — un poste-clé qu’il a exercé sans tapage, avec un sens aigu du discernement pastoral.

Son élection n’est pas le fruit d’un effet médiatique. Elle est celle d’un consensus feutré : celui qui naît lorsque les cardinaux cherchent un souffle plus qu’un slogan, un pasteur plus qu’un stratège.

Léon XIV, lors de sa première apparition au balcon de la Basilique Saint-Pierre

Un style, une tonalité, un héritage en filigrane

Le style Prevost est à contretemps de l’époque. Il ne rompt pas, il prolonge. Il ne proclame pas, il médite. Dans ses rares prises de parole, souvent nourries de la pensée de saint Augustin, transparaît une théologie de l’écoute, de la fragilité accueillie, de l’humilité comme clef de la vérité.

Il s’inscrit sans conteste dans la continuité du pape François, dont il partage l’intuition d’une Église décentrée, solidaire, pastorale. Mais là où François frappe par ses gestes prophétiques et son langage volontairement désordonné, Prevost ralentit, ordonne, murmure. Il ne cherche pas à corriger mais à approfondir — à donner souffle aux structures, densité aux réformes, souffle spirituel aux institutions.

L'élection du pape Léon XIV en vidéo

Une courtoisie de KTV

Une papauté du cœur et de la gravité

Ce nouveau pape n’ouvre pas un cycle d’enthousiasme populaire. Il ouvre un temps de densité, d’approfondissement, presque de retraite. Non qu’il fuie le monde, mais il invite à y entrer autrement : non par les rapports de force, mais par la gravité douce d’une Église réconciliée avec sa propre finitude.

L’avenir immédiat sera marqué par des gestes sobres : confirmation des orientations synodales, vigilance sur le profil des nouveaux évêques, encouragement à la formation spirituelle et intellectuelle du clergé. Pas de révolution. Mais peut-être la sédimentation nécessaire à toute réforme durable.

La force des discrets

Robert Francis Prevost n’a pas été élu pour plaire. Il l’a été parce que son profil dessine une Église moins réactive, mais plus habitée ; moins tonitruante, mais plus incarnée. Dans une ère d’épuisement institutionnel, il n’apportera pas de solution miracle. Mais il pourrait offrir ce qui manque : un temps pour se souvenir, pour s’écouter, pour durer.

Et dans cette durée féconde, une Église capable de se repenser non comme pouvoir, mais comme présence.

Herve Gilbert



Wednesday, May 7, 2025

Haïti : paradis des corrompus, enfer des justes

Réflexion d’un compatriote sur Haïti à partir d’un discours d’Ibrahim Traoré

Par Lemarec Destin 

Ibrahim Traoré

Pour faire suite à ce que je venais d'écrire sur Whatsapp, voici le type de dirigeant dont notre pays a besoin. Écoutez le discours du président Ibrahim Traoré et les programmes qu'il a mis en route sous sa gouverne au Burkina Faso, en peu de temps par les propres moyens du petit pays. 

Chez nous en Haïti, il faudra penser d'abord au relèvement socioéconomique de la population, sans démagogie et les discours fallacieux de toujours, avec des gens "capables et compétents " en créant des moyens pour y parvenir avec l'argent du pays collecté à travers ses différents organismes d'État, tels que: DGI, APN, les douanes frontalières, l'argent collecté dans les marchés régionaux et locaux, les taxes collectées du secteur commercial, les taxes provenant de nos propres activités commerciales, etc... Non pas comme cela se fait en Haïti depuis longtemps, depuis trop longtemps même et encore aujourd'hui. 

Et la remarque la plus drôle que vous découvrirez dans ma réflexion c'est qu'il s'en trouve parmi nos compatriotes ceux qui vont déchirer leur chemise afin de garder intacte la façon dont le pays est dirigé depuis plusieurs décennies. Parce que le statu quo qui se trouve actuellement dans sa phase de putrescence fait davantage leur propre affaire, favorise les gains faciles, au détriment d'un aller mieux qui serait le moindrement profitable à la majorité qui souffre en silence. Bien souvent, ces fossoyeurs de pays répètent avec une certaine arrogance : << leù'm tal lekòl, se pat't anba ban-an non mwen te ye >>. Comme si aller à l'école c'était pour apprendre comment on vole l'argent de l'État, comment on innove la corruption, comment on entretient le népotisme, comment on apprend à ne pas respecter les lois, etc... 

Je sais que ce point de vue ne passera pas partout même en diaspora, il n'est pas recevable dans certains milieux, il ne fera pas l'unanimité chez la plupart de nos compatriotes qui pourtant sont les premiers à chanter: << HAÏTI chérie, pi bon peyi pase wou nan pwen >>. Ils disent comme tout le monde qu'ils veulent du changement. De quel changement parlent-ils au juste? La situation, telle qu'elle est les favorise. Une situation qui permet à un fonctionnaire d'avoir 5, 6 ou même 7 chèques reçus de différents ministères chaque mois pour du travail-bidon. Dis-moi cher frère comment est-ce possible de travailler à 7 postes différents? À l'école où tu as été, cher camarade, tu n'avais jamais entendu que par ta probité, ta rectitude et par ton travail réel tu pouvais également rendre Haïti prospère, développée et respectée? 


Par ailleurs, certains citoyens sont littéralement médusés la semaine dernière en prenant connaissance par le truchement des médias sociaux les émoluments faramineux, les avantages monétaires supplémentaires et les frais exorbitants alloués à nos neuf membres du Conseil Présidentiel de Transition (CPT). Que d'horreurs dans un pays déjà exsangue et dont les ressortissants ne connaissent que des calamités de toutes sortes tant en Haïti qu'à l'étranger! 

Haïti, pourra-t-elle changer avec de telles conceptions de gouvernance, jumelées avec un système d'organisation sociale malade, sclérosée ? Paraphrasant un journaliste québécois, je dirai que la société haïtienne souffre d'un dangereux durcissement de ses artères sociales. Cette façon élégante de dire les choses sied bien à ce qui se voit et se vit dans mon pays d'origine si l'on veut parler net. Et c'est là que se situe l'une des jugulaires de ses maux, semblable à une maladie insidieuse dont les effets destructeurs sont généralement silencieux mais que la maladie progresse et fait des ravages dans l'organisme, en attendant qu'elle se manifeste au grand jour un beau jour. Dans la vie de tous les jours, ce système social ou bien son effet a le pouvoir de colorer, d'orienter, de discriminer, d'orienter, de déterminer et est souvent présent certainement dans la distribution des emplois ou dans la signature de contrats à des firmes privées.

Dans l'éventualité d'une cure en profondeur de cette maladie qui agit comme un cancer dans la société haïtienne, il faudra consentir à lâcher graduellement <<certains petits privilèges >> quasi-insignifiants afin de pouvoir recueillir de plus grands dividendes de vie, de bien-être, collectifs cette fois-ci. 

Par une certaine déformation héritée du milieu ambiant, on se réfère toujours à tort aux seules classes supérieures lorsqu'on parle de privilèges. Non, pris dans son acception générique la notion de privilège dont nous parlons ici dans le cas d'Haïti s'irradie à travers tout le corps social touchant, à des degrés divers il est vrai, toutes les couches sociales. Quand nous parlons de privilèges ici, il n'est pas demandé dans cette réflexion de pratiquer la vertu un peu à la Saint-Augustin, mais bien de lâcher prise quelque peu sur le non-essentiel afin de pouvoir gagner davantage sur d'autres aspects de la vie sociale. Sinon, << nous continuerons à créer nos propres monstres>>. Nous ne pouvons pas à l'heure actuelle faire semblant de ne pas voir, de ne pas comprendre ce qui se passe là-bas. Nous ne pouvons pas tourner le regard. 

À vouloir s'entêter à garder vissé le couvercle de la marmite qui bout sur le feu, l'explosion de celle-ci finalement causera d'inimaginables dégâts matériels et même humains, blessures ou brûlures au 3e degré, des traumatismes et séquelles physiques et psychologiques importants à tous et à toutes vivant dans l'aire de l'explosion qui peut avoir un rayon d'action très étendu. Ainsi en tant que société, si nous persistons dans notre << aveuglement volontaire >>, à ignorer les clignotants assez visibles de la situation, si collectivement nous refusons de souscrire à cette exigence fondamentale qui est un <<MUST>>, afin de sauver le pays nous ne pouvons humainement prévoir l'issue de ce drame qui s'annonce avec persistance. Nous continuerons à nous enfoncer davantage dans l'abîme où nous sommes actuellement plongés, si le modèle de gouvernance adopté depuis longtemps ne subit pas un changement de paradigme, un véritable <<remake>>. << Il n'y a de pire eau que l'eau qui dort >>, écrivait T. S. Ashton. Ce système a fait son temps. 

Et pourtant, nous avons un si beau pays qui n'est pas encore cultivé, irrigué et développé à sa pleine capacité, ne cessent de nous le confirmer des études très sérieuses, réalisées par des spécialistes réputés et éprouvés au sein d'organismes de renom tels que : l'OCDE, la Banque mondiale, la Banque Interaméricaine de Développement (la BID), entre autres. En dépit de la calamité causée par la soldatesque sauvage et criminelle des gangs, le pays dispose néanmoins d'une autre grande richesse: sa jeunesse nombreuse, éveillée, dont la moyenne d'âge est seulement de 22 ans, sans compter plusieurs vivant en diaspora désirant, lorsque la paix sera revenue et qu'un plan sérieux de redressement s'enclenchera véritablement, venir offrir leurs services à cette mise en route de la machine qui tarde à démarrer. Et pourquoi pas, avec leurs connaissances techniques, commerciales, d'entrepreneurship, avec leur argent et de l'expérience acquise à l'extérieur, leurs contacts, venir y créer leur propre entreprise? 

En dépit de ces calamités de toutes sortes que connaît la mère patrie piétinée, humiliée, à genoux, tout n'est pas perdu. Il y a quand même des Haïtiennes et des Haïtiens qui ne veulent pas perdre ce pays qu'ils adorent tant et qui les habite de façon presque maladive.

Que vive Haïti ! 

Lemarec Destin

Ce 7 mai 2025

 

 

Tuesday, May 6, 2025

Quand l’impunité devient règle et que l’État abdique

Le cas Armel Lafleur, ou la dérive sectaire à visage découvert

Pasteur Armel Lafleur

Il est des faits qui, en d'autres lieux, provoqueraient un tollé national, des arrestations immédiates, et une mobilisation exemplaire des institutions. Mais en Haïti, où l'effondrement de l'État semble désormais consommé, ces faits deviennent de simples "buzz", éphémères, tragiques, relayés par les réseaux sociaux, puis oubliés. Parmi eux, l’affaire révoltante du prétendu pasteur Armel Lafleur s'impose comme un symbole accablant de la déliquescence morale et institutionnelle du pays.

Devenu tristement viral, un épisode d’une rare violence secoue l’opinion publique. Armel Lafleur, figure controversée d’une église qui en a surtout l’apparence, a, dans une mise en scène aux relents malsains, touché sexuellement sa propre fille en pleine assemblée, sous couvert de « romance sexuelle » ou « éducation sexuelle ». 

« Un segment de la prétendue romance sexuelle »


Le scandale, déjà inqualifiable, prend une tournure plus sombre lorsque, face à la décision de sa fille de s’unir à son fiancé dans les doux liens du mariage, ce prétendu homme de Dieu  sous l’emprise d’une jalousie obsessionnelle laisse  échapper  des menaces de mort à peine voilées à l’adresse du jeune couple. 

Nous voilà en pleine éducation sauvage où l’atavisme colonial joue son vrai rôle. Le pasteur considère sa propre fille comme un bien meuble qu’elle expose aux fins de satisfaire ses mauvaises moeurs avec ses fidèles voyeurs qui s’en mettent plein les yeux. Pour échapper à la tyrannie de ce père indigne, la dame se réfugie dans les bras de son mari. En perdant l’objet de la rentabilité de son entreprise, le pasteur Armel sombre dans la démence et entre  dans une rage furieuse. Il invoque saints, démons et tous les loas de la Guinée pour châtier le jeune couple récalcitrant, jadis source de revenus assurés, devant une assemblée figée comme pétrifiée par l'envoûtement. 
La vidéo ci-jointe en livre un fragment saisissant de cet épisode fatal:

Dans le cadre de nos recherches visant à faire la lumière sur les nombreuses allégations entourant les agissements du pasteur Lafleur, notre rédaction a recueilli le témoignage poignant d’une jeune femme qui affirme avoir été victime d’une tentative d’agression sexuelle de la part du pasteur Armel. Dans une interview exclusive sur Metro 24, elle décrit les circonstances troublantes de l’incident et dénonce l’emprise que certains hommes de foi peuvent exercer sur leurs fidèles.
 Un extrait de cet entretien en vidéo:

Dans un pays en pleine décomposition, où la société haïtienne ploie sous le poids d’abus multiformes — moraux, humanitaires, criminels —, émerge sans retenue un personnage à la tête d’une assemblée travestie en église, qui prend les allures inquiétantes d’une secte. Face à cette dérive manifeste, ni l’État haïtien, désormais relégué au rang de spectateur impuissant, ni les organisations dites de défense des droits humains ne semblent vouloir intervenir. Pourtant, les comportements de ce leader, relevant par moments d’une pathologie manifeste, devraient alerter les autorités sanitaires, judiciaires, religieuses et sociales du pays. 

Faut-il attendre un drame semblable à celui de Waco, au Texas en 1993, pour que l’État haïtien décide enfin de jouer son rôle ? Combien d’abus faudra-t-il encore documenter avant que des mesures claires, énergiques, légales soient prises pour bannir de l’espace public et religieux des individus aussi dangereux que ce faux pasteur ?

Il est plus que temps que l’État haïtien, même affaibli, retrouve un minimum d’autorité morale et de cohérence juridique pour agir contre de tels comportements. Il en va de la sécurité physique et psychologique des citoyens, mais aussi de la dignité de la nation tout entière. Bannir cet individu de cette plateforme, le traduire en justice et démanteler cette structure sectaire, c’est affirmer que l’impunité n’est pas une fatalité — et que la République, même au bord du gouffre, peut encore se redresser.

La Rédaction de HCC


Wednesday, April 30, 2025

Marjorie Michel : l’héritière lucide au cœur du pouvoir canadien

Marjorie Michel

 

Par Hervé Gilbert

Dans l'arène politique canadienne, une nouvelle figure se distingue par son parcours singulier et sa profondeur d'engagement: Marjorie Michel. Elle incarne une nouvelle voix du Canada pluriel — enracinée dans la mémoire haïtienne, façonnée par l’expertise technocratique, guidée par une intelligence politique affûtée. Marjorie Michel, récemment élue députée de Papineau, entre en scène avec une trajectoire remarquable : brillante, ancrée, déterminée.

Fille de feu Smarck Michel, ancien Premier ministre haïtien dont le court mandat a laissé une empreinte durable, Marjorie n’a jamais compté sur le prestige d’un nom. Bien au contraire: c’est par la rigueur, le service public et une conscience aiguë des enjeux sociaux qu’elle a construit sa propre légitimité. Aujourd’hui, elle devient la nouvelle voix de Papineau, cette circonscription emblématique autrefois représentée par Justin Trudeau — un passage de flambeau hautement symbolique.

Formée en Belgique en psychologie sociale et organisationnelle, elle amorce son parcours au sein de la haute fonction publique canadienne, où elle développe une compréhension fine des politiques sociales. Sa vision et son professionnalisme la propulsent rapidement dans les sphères du pouvoir : cheffe de cabinet au ministère des Familles, cheffe de cabinet auprès de la présidence du Conseil du Trésor, puis, en 2021, cheffe adjointe de cabinet au bureau du Premier ministre — une première historique pour une femme noire au Canada.

Mais son regard ne s’est jamais limité, elle mène un combat discret mais tenace pour la reconnaissance, dans un contexte où chaque avancée est une victoire de principe et de dignité.

Son élection dans Papineau marque aujourd’hui un tournant. À la croisée des héritages et des expériences, Marjorie Michel incarne une rare synthèse : la précision administrative, la mémoire diasporique, et l’ambition d’une politique plus inclusive.

Dans un paysage politique en quête de sens et de renouveau, elle incarne une promesse rare — celle d’un leadership ancré dans l’humanité, la compétence, et une fidélité assumée à ses racines. Et si l’avenir du progressisme canadien s’écrivait désormais au féminin, avec des racines venues du Sud et une vision résolument tournée vers demain ?