Discours d'Etzer Vilaire à la mémoire des héros de l'Indépendance, de Charlemagne Péralte... 

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Tuesday, May 13, 2025

Haïti n’est pas la misère du monde, mais la mémoire du monde

 Face à l’ignorance blessante et aux préjugés tenaces, il est des voix qui se lèvent avec dignité et mémoire. Dans une lettre ouverte, Marlène Chouloute-Hyppolite, enseignante haïtienne à la retraite, répond avec fermeté et érudition aux propos méprisants de Rémi Villemure tenus à l’égard d’Haïti. Elle rappelle, faits à l’appui, l’histoire occultée d’un peuple trahi, pillé, mais toujours debout. Une mise au point nécessaire, à la croisée de la mémoire, de l’indignation et de la vérité historique. hgttawa,

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Ottawa, le dimanche 11 mai 2025
Lettre ouverte à Monsieur Rémi Villemure

Monsieur Villemure,

J’ai écouté avec attention et indignation les propos que vous aviez tenus à la suite de l’entrevue que Mme Anne-Marie Dussault avait accordée à Dany Laferrière à l’émission 24/60, le 8 avril 2025. Au cours de cette entrevue, Dany Laferrière avait réagi sur la phrase suivante: « Nous ne pouvons pas accueillir toute la misère du monde » prononcée par le Ministre de l’Immigration, monsieur Jean-François Roberge.

J’ai eu aussi l’occasion d’entendre la réponse que vous aviez donnée à Dany Laferrière, à l’émission de madame Sophie Durocher. Vous pouvez critiquer Dany Laferrière. C’est votre droit. Cependant, je regrette que vous n’ayez pas pris le temps de vous informer sur ce pays qu’est Haïti et sa glorieuse histoire avant de répondre à Dany Laferrière.

Si vous aviez effectué un minimum de recherche, vous auriez su que ce peuple, devenu l’objet de mépris de certains dirigeants des États-Unis aussi bien que ceux d’autres pays dans le monde, n’avait jamais hésité à prêter main forte à d’autres pays de la planète. Vous avez crié haut et fort: « Haïti est probablement le pays le plus foireux parmi les 192 pays de la terre, c’est un pays qui ne progresse pas, qui n’avance pas... ». Il en est ainsi parce que les Konze (traîtres à la nation) sont responsables de la majorité des problèmes d’Haïti. Ils n’ont jamais cessé de collaborer avec les dirigeants de certains pays au détriment du peuple haïtien.

Si, selon vous, Dany Laferrière est méprisant, quant à vous, vous êtes irrespectueux envers tout un peuple et tout un pays.

Si Dany Laferrière avait mentionné au ministre de l’Immigration, Monsieur Jean-François Roberge, toutes les raisons pour lesquelles le peuple haïtien est devenu l’un des peuples les plus misérables du monde, vous n’auriez probablement rien à lui reprocher.

Dany Laferrière aurait pu expliquer à M. Roberge, qu’après avoir acquis son indépendance au prix du sang en l804, Haïti avait subi et subit encore toutes sortes d’injustices. De plus, nous avions dû payer une rançon de 150 millions de francs-or à la France en reconnaissance de notre indépendance. Pour ce faire, Haïti a contracté des prêts auprès des banques françaises. 

Cette dette, nous la désignons sous le titre: La double dette de l’indépendance. (Voir Le Devoir du 16 avril 2025). Quand le président Jean-Bertrand Aristide osa demander la restitution de cette somme, il a été renversé du pouvoir par les États-Unis et la France puis, il était contraint à vivre en exil en Afrique du Sud jusqu’à son retour au pays le 18 mars 2011. Selon Thomas Piketty: « La France doit 30 milliards d’euros à Haïti et devrait lancer des discussions sur les modalités de restitution » (Le Monde, 9 mai 2025).

Saviez-vous que « le 17 décembre 1914, les Marines américains [sic] dévalisent, armes à la main, la Banque Nationale d’Haïti. Ils emportent toutes les réserves en or et en devises et les transportent […] à la National City Bank of New York. »? (Réf.: Essai sur l’Histoire économique d’Haïti de 1941 à nos jours). Ce forfait s’est produit 7 mois avant l’occupation d’Haïti par les États-Unis, le 15 juillet 1915. Je vous conseillerais de consulter les différents éditoriaux de M. Guy Taillefer dans le quotidien Le Devoir. Vous avez intérêt à apprendre de lui. Je cite entre autres: Haïti: le pays dépossédé! Opinion de Guy Taillefer. « Le développement d’Haïti n’a jamais été entre les mains des Haïtiens eux-mêmes…» De plus, saviez-vous que de nos jours, toutes les armes que les terroristes utilisent en Haïti proviennent des Etats-Unis ou encore passent par la République dominicaine? Alors que l’État haïtien n’a pas le droit de commander des armes. Que disent les puissants pays de la terre à ce sujet? Rien! La presse canadienne analyse rarement le fond de la situation.

Si nous sommes la misère du monde, ce sont sûrement les conséquences des mauvais traitements que nous avions reçus des pays qui prétendent nous aider, sans oublier la complicité des chefs d’État haïtien choisis par certains dirigeants internationaux qui influencent ou modifient les résultats des élections.

Saviez-vous que le Canada avait joué un rôle clef dans le coup d’État de 2004 en Haïti alors que le pays devait célébrer les 200 ans de son indépendance? Selon Michel Vastel de la revue l’Actualité, publiée en date du 15 mars 2003: « Il faut renverser Aristide. Et ce n’est pas l’opposition haïtienne qui le réclame, mais une coalition de pays rassemblée à l’initiative du Canada ».

En fait, Monsieur Villemure, partout, sur notre planète, où les peuples opprimés essaient de prendre leur destin en main, les dirigeants des nations les plus puissantes ont toujours fait obstacle à leurs efforts et ont même participé à l’assassinat de certains de leurs leaders. Ce fut le cas de Maurice Bishop pour l’île de la Grenade, Patrice Lumumba pour le Congo (Zaïre), Steve Biko pour l’Afrique du Sud, Thomas Sankara du Burkina Faso, etc.

Au cours des années 1960, quand les Noirs des États-Unis d’Amérique réclamaient leurs droits, certains de leurs leaders ont été, eux aussi, assassinés. Citons, parmi les cas les plus connus, l’assassinat de Martin Luther King et celui de Malcom X.

Ainsi, M. Villemure, c’est seulement quand les nations les plus puissantes cesseront de déstabiliser ces pays dont le sous-sol regorge de minerais précieux que leurs citoyens cesseront de frapper à leur porte pour essuyer toutes sortes d’humiliations. À ce moment-là, les pays riches, comme le Canada, cesseront d’accueillir toute la misère du monde à leur porte. Pour qu’il y ait un vrai changement dans le monde, il faut que ces pays acceptent de négocier équitablement avec les pays qui possèdent les ressources au profit du bien-être de leur population.

De plus, les déplacements migratoires ont toujours existé sur notre planète pour construire les richesses des pays d’accueil. On doit se le rappeler: Le Canada est un pays construit sur la migration. Au cours du 19e siècle, les Européens sont arrivés massivement dans le Nouveau Monde (l’Amérique), parce qu’ils fuyaient la grande famine qui sévissait en Europe et ils ont dépossédé les Autochtones de leur terre. Ainsi, il en sera autrement, le jour où les nations parviendront à mieux gérer les ressources de notre planète.

Veuillez agréer, Monsieur Villemure, mes salutations distinguées.

Marlène Chouloute-Hyppolite
Enseignante d’origine haïtienne à la retraite

Thursday, September 15, 2022

Faute de leaders, le peuple dans la rue hurle sa misère

« Nou Bouke » : Des étudiants qui ont marre de l’insécurité


Par Max Dorismond

 

Frères, essayons de réfléchir un instant sur l’état de la situation actuelle en Haïti, par rapport aux révolutions passées enregistrées dans le monde. Jamais telle opportunité, avec autant de motifs pour attiser les brasiers de ces époques révolues, ne fut offerte avec autant de réalisme à aucun de ces pays qui ont changé le cours de leur histoire. Il leur suffisait moins que cela, simplement une poignée de citoyens motivés et sincères, pour allumer la mèche salutaire. Leurs leaders convaincus et convaincants n’avaient nullement besoin de ces tristes tableaux, comme actuellement chez nous : une cohorte de pauvres en guenilles, criant leur famine à tue-tête, des criminels qui ne donnent pas cher de la vie de leurs congénères, un chômage endémique dont le taux est absent des statistiques, une mer de corruption où flottent tous les requins de la République, etc…etc. 

Les manifestants hurlent leurs souffrances
Présentement, près de 10 millions de voix, fatiguées de végéter dans la fange de la déshumanisation, hurlent leurs souffrances, en attendant la venue d’un sauveur hypothétique pour l’ultime révolution, avec l’espoir de voir poindre enfin une  nouvelle Haïti. Résignés et lassés de compiler le nombre de jours chanceux gagnés sous les balles assassines des gangs, le ventre vide, ils descendent dans la rue à qui mieux mieux, sans aucun guide, pour bloquer l’île, car les meneurs d’hier se sont volatilisés. 

Qu’est-ce qui freine l’émergence des leaders, cette espèce en voie de disparition? Où sont passés tous ceux qui désiraient la peau de Jovenel en répétant sans cesse aux jeunes que leur avenir se trouve derrière les barricades? Et pourtant, aujourd’hui, la prolifération des armes à feu, en veux-tu, en voilà, laisse à désirer. Elles courent les rues à la queue leu leu. Pour une poignée de dollars, on pourrait construire un arsenal. Même l’Église peut vous en fournir (hic). Allons-nous mettre en doute l’épopée de 1804, comme certains compatriotes échevelés ont tendance à le faire?

Avant de dénoncer ces faux jetons, ces grandes gueules d’hier, maintenant hors-jeu et inutiles, décortiquons la raison de leur absence!

Chez nous, tout le monde veut aller au ciel, mais personne ne veut mourir! Cette boutade répétée assez souvent avait coiffé une chansonnette dans les années 70. Par «aller au ciel», pour nos leaders, ou de préférence nos dealers, on entend un lit de dollars verts sur lequel ils se voient déjà en train de se trémousser, entourés de parasites et d’assoiffés au paradis quisqueyen, délectant leur whisky au banquet des vendeurs de patrie.

Pour rien au monde, ils ne vont provoquer une révolution, au risque de perdre la vie et de laisser à d’autres opportunistes l’occasion de boire le lait à l’hydromel ou, encore, de crainte de froisser l’Oncle Sam et le Core Group, et dire adieu aux avantages tant rêvés. 

En conséquence, la nation entière peut gémir, pleurnicher ou vociférer à fendre une pierre, c’est le cadet de leur souci. « Se bri sapat», l’insurrection peut attendre. Le détenteur du pouvoir actuel, le Premier ministre de facto, se sentant confortablement logé, malgré l’effervescence et l’écho des menaces entendues à droite et à gauche, a pris l’avion avec sérénité, pendant le premier week-end de septembre, accompagné de ses petits «zamis» et s’en est allé se la couler douce au champagne et caviar doré sur les plages de la Floride, après avoir reçu, selon la rumeur, les directives de ses maîtres au Département d’État. À son retour, le dimanche, 30 voitures VUS étaient venues le recueillir à l’aéroport, tandis qu’au même moment 4 autos étaient suffisantes pour emmener le corps de la Reine d’Angleterre de Balmoral à Édimbourg en Écosse. Le monde à l’envers! 

Qui dit mieux! Pensons simplement à la paranoïa des Duvalier, père et fils, qui, pendant près de 30 ans au pouvoir, n’avaient jamais osé franchir le seuil du palais pour un voyage de détente ou de travail à l’étranger. La fragilité de leur siège ne souffrait d’aucune exception. Tandis que pour notre Ariel national, c’est «la balade des gens heureux». Avait-il reçu des garanties qu’il ne risquait pas d’être éjecté de son fauteuil? Son assurance nous confirme la réponse! Et le voilà de retour frais et dispos, le crâne au vent, pour reprendre ses tâches là où il les avait laissées. 

«Pèp, barikad nou, se aveni nou». C’était le slogan des leaders d’hier. Depuis un an, ils se sont évaporés derrière le rideau de la transition, le «p’tit transit» qui n’échappait pas aux ricanements des badauds. Victimes de la vie et de la malchance, il vous revient de défier le destin. Ne comptez plus sur ces grands mangeurs pour une quelconque révolte. D’ailleurs, vous convenez qu’ils sont des gens bien élevés. Avant ils emmerdaient Jovenel, aujourd’hui, la plupart s’acoquinent avec Ariel. On leur a appris à ne jamais parler la bouche pleine. Ils sont tous muets comme des carpes. 

Le temps passe et les heures se ressemblent. Faute de leaders, le peuple hurle sa rage en attendant l’éclatement de la révolution finale tant espérée pour se débarrasser de tous les vampires de la République. Devant le néant, il lui incombe de saisir l’occasion, de trouver la clé pour stopper la descente aux enfers et de changer la trajectoire de son étoile. En passant, qu’il ne l’oublie jamais, il a pour lui la force du nombre. 

Max Dorismond