Discours d'Etzer Vilaire à la mémoire des héros de l'Indépendance, de Charlemagne Péralte... 

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Sunday, May 18, 2025

Léon XIV : Un souffle nouveau , un cri pour les oubliés de la Terre

Pape Léon XIV dans sa papamobile avant la messe d'inauguration
de son pontificat ce dimanche 18 mai 2025 à Rome.                      

Par Hervé Gilbert

Dix jours à peine après son élection au trône de Pierre, le 267ᵉ souverain pontife a donné le cap de son pontificat. Ce dimanche 18 mai, sous le ciel printanier de Rome, Léon XIV s’est adressé à une foule immense rassemblée sur la place Saint-Pierre, livrant une homélie empreinte d’urgence sociale et de compassion évangélique. Devant des dizaines de milliers de fidèles et une pléiade de dirigeants venus des quatre coins du globe, il a fustigé une économie « qui exploite les ressources de la Terre et marginalise les plus pauvres ».

« En notre temps, trop de blessures demeurent ouvertes. Trop de haines, de violences, de préjugés, trop de peurs de l’autre continuent de ronger le tissu de nos sociétés, nourries par un paradigme économique injuste », a déclaré le tout premier pape américain, d’une voix grave et posée. Ancien missionnaire dans les Andes péruviennes, où il a vécu pendant vingt ans au contact des exclus, Léon XIV n’a jamais dissimulé sa sensibilité aux injustices structurelles.

Son homélie marque ainsi une continuité affirmée avec le choix symbolique de son nom de règne, inspiré de Léon XIII (1878-1903), pape visionnaire et pionnier de la doctrine sociale de l’Église, qui dénonça avec force l’exploitation des ouvriers à l’aube de l’ère industrielle.

Âgé de 69 ans, le nouveau pontife est allé à la rencontre des 100 000 personnes rassemblées selon les autorités italiennes. Debout, souriant dans la papamobile, il bénissait les pèlerins, répondant aux acclamations, tandis que les drapeaux du monde entier ondulaient dans la brise.

Parmi les invités de marque, le vice-président américain J. D. Vance, dernier haut responsable à avoir rencontré le pape François avant sa mort, était présent, accompagné du secrétaire d’État Marco Rubio. Tous deux catholiques convaincus, ils incarnent le lien fort entre Washington et le Saint-Siège. L’élection de Léon XIV, natif de Chicago, a d’ailleurs suscité une vague d’enthousiasme outre-Atlantique, bien qu’il ait publiquement critiqué les politiques anti-immigration de l’administration Trump.

Avec Léon XIV, une ère nouvelle semble s’ouvrir : celle d’un pape au cœur du monde, enraciné dans l’Évangile et attentif aux cris silencieux des périphéries.

L'arrivée du pape XIV à la Basilique avant l'inauguration de son pontificat

Une courtoisie de Valescot Jimmy




Friday, May 9, 2025

Du Limbé au Vatican: les racines haïtiennes du pape Léon XIV

Haïti, mémoire vive d’une Amérique oublieuse



Par Herve Gilbert

Alors que l’élection du pape Léon XIV révèle des liens inattendus entre le Vatican et Haïti, il est temps de rappeler que l’influence haïtienne sur l’histoire des États-Unis ne date pas d’hier. Loin d’être un simple épisode contemporain, cette présence remonte aux origines mêmes de la République américaine. Un rappel nécessaire à l’heure où certains voudraient effacer les racines noires de l’Occident.

ÉDITORIAL :

J’ai découvert ce détail saisissant grâce à l’arbre généalogique minutieusement reconstitué par une chercheuse américaine attentive, ainsi que par une figure haïtienne de haute crédibilité.L’un des grands-parents du pape Léon XIV serait d’origine haïtienne.

En effet, le nouveau pape, Robert Francis Prévost, possède des racines haïtiennes non seulement par son grand-père, Joseph Martinez, né à Port-au-Prince en 1864, mais également à travers la lignée des Prévost. Ces derniers, en provenance d’Haïti, se sont en grande partie établis en Louisiane à la fin du XVIIIe siècle et durant la première moitié du XIXe siècle. Ils sont apparentés aux familles Morin, originaires du Limbé, dans le nord d’Haïti. Les Morin, tout comme les Romain, étaient profondément enracinés dans cette région et ne l’avaient pas quittée au XIXe siècle.

Parmi  les représentants notables de cette lignée, on retrouve les Morin du côté de la grand’mère de Gérard Bissainthe, ainsi que la grand’mère maternelle d’Elie Lescot qui appartenait  elle aussi à la famille Morin.


Car il faut se souvenir — ou plutôt rappeler, tant l’oubli est organisé — qu’un Haïtien, Jean-Baptiste Pointe du Sable, fut le fondateur de la ville de Chicago. Non pas une figure marginale, mais bien l’un des bâtisseurs d’une grande métropole américaine. Notre diaspora, bien avant d’être éparse, fut actrice. Avant que certains ne songent à nous repousser aux marges, nous étions déjà là, porteurs de savoirs, de luttes et de sang versé.

En témoignent également les soldats haïtiens, connus sous le nom de « chasseurs volontaires de Saint-Domingue », qui combattirent aux côtés des insurgés américains durant la guerre d’indépendance. En 1779, lors de la bataille de Savannah, près de 500 hommes originaires de Saint-Domingue — l’actuelle Haïti — s’engagèrent contre les troupes britanniques. Nombre d’entre eux y laissèrent la vie. Parmi ces volontaires figurait Henri Christophe, futur roi d’Haïti, alors encore adolescent. Leur sacrifice, pourtant, demeure relégué aux marges de l’histoire officielle, comme si l’Amérique préférait taire le rôle joué par des Noirs, des Haïtiens, dans l’avènement même de sa liberté.

Les archives révèlent en Léon XIV des racines noires
Une coutoisie de ABC news


Ainsi, de Chicago à Savannah, de Pointe du Sable au pape Léon XIV, c’est une même trame qui se dessine : celle d’un peuple trop souvent nié, mais toujours présent, toujours vivant. Nous, Haïtiens, avons semé tôt notre part dans le terreau américain. Et si l’on feint aujourd’hui de nous exclure, qu’on sache que nos racines sont déjà là — profondes, tenaces, nourries d’histoires que nul ne pourra effacer.

Que cela soit dit, que cela soit su — même de ceux qui s’obstinent à l’ignorer. Y compris Donald Trump.

Herve Gilbert

Thursday, May 8, 2025

Robert Francis Prevost — Le murmure d’un pontificat intérieur

Léon XIV, le 267è pape après Saint-Pierre
 

Par Herve Gilbert

Dans le sillage des réformateurs tranquilles, l’Église vient de se doter d’un pape que l’on n’attendait pas à la première ligne des pronostics. Américain d’origine, missionnaire par vocation, spirituel par nature, Robert Francis Prevost offre à la papauté un visage d’intériorité mûrie, de fidélité souple et de réforme silencieuse.

En élisant Robert Francis Prevost, ancien missionnaire et préfet des évêques, le conclave a fait le choix de la profondeur sur l’effet, de la lenteur sur le spectaculaire. Le premier pape nord-américain de l’histoire n’a pas le verbe haut ni le geste théâtral. Il avance à pas feutrés, fort d’une expérience pastorale et spirituelle dense. Son pontificat, à la croisée de la fidélité à François et d’un recentrage intérieur, s’annonce comme une respiration attendue au sein de l’institution.

Portrait du cardinal Robert Francis Prevost

Mgr Prevost en mission pastorale

Robert Francis Prevost, cardinal américain né à Chicago en 1955, est une figure à la croisée de la mission, de la spiritualité augustinienne et de la gouvernance centrale de l’Église catholique. Formé chez les Augustins, missionnaire au Pérou durant de longues années, il incarne une Église pastorale, proche des peuples, enracinée dans la réalité des périphéries. Ce parcours, entre contemplation et action, l’a mené à des postes de haute responsabilité : d’abord Prieur général de son ordre religieux, puis évêque missionnaire en Amérique latine, et enfin préfet du Dicastère pour les évêques, une des fonctions les plus influentes du Vatican.

Cardinal Robert Francis Prevost
(2024)

Créé cardinal en septembre 2023, Prevost est désormais une figure centrale du pontificat de François, partageant avec lui une vision d’Église synodale, pauvre et tournée vers les marges.

Loin des feux, la lente ascension

Pape François et Pape Léon XIV
(2024)
Il n’a jamais cherché à gravir. Pourtant, le voici au sommet. Robert Francis Prevost, formé dans les rangs augustiniens, est un homme façonné non par l’influence, mais par l’expérience. Expérience de la mission, dans les périphéries andines du Pérou. Expérience de la vie religieuse, enracinée dans l’écoute communautaire et la quête de la vérité intérieure. Expérience enfin de la gouvernance, à la tête du Dicastère pour les évêques — un poste-clé qu’il a exercé sans tapage, avec un sens aigu du discernement pastoral.

Son élection n’est pas le fruit d’un effet médiatique. Elle est celle d’un consensus feutré : celui qui naît lorsque les cardinaux cherchent un souffle plus qu’un slogan, un pasteur plus qu’un stratège.

Léon XIV, lors de sa première apparition au balcon de la Basilique Saint-Pierre

Un style, une tonalité, un héritage en filigrane

Le style Prevost est à contretemps de l’époque. Il ne rompt pas, il prolonge. Il ne proclame pas, il médite. Dans ses rares prises de parole, souvent nourries de la pensée de saint Augustin, transparaît une théologie de l’écoute, de la fragilité accueillie, de l’humilité comme clef de la vérité.

Il s’inscrit sans conteste dans la continuité du pape François, dont il partage l’intuition d’une Église décentrée, solidaire, pastorale. Mais là où François frappe par ses gestes prophétiques et son langage volontairement désordonné, Prevost ralentit, ordonne, murmure. Il ne cherche pas à corriger mais à approfondir — à donner souffle aux structures, densité aux réformes, souffle spirituel aux institutions.

L'élection du pape Léon XIV en vidéo

Une courtoisie de KTV

Une papauté du cœur et de la gravité

Ce nouveau pape n’ouvre pas un cycle d’enthousiasme populaire. Il ouvre un temps de densité, d’approfondissement, presque de retraite. Non qu’il fuie le monde, mais il invite à y entrer autrement : non par les rapports de force, mais par la gravité douce d’une Église réconciliée avec sa propre finitude.

L’avenir immédiat sera marqué par des gestes sobres : confirmation des orientations synodales, vigilance sur le profil des nouveaux évêques, encouragement à la formation spirituelle et intellectuelle du clergé. Pas de révolution. Mais peut-être la sédimentation nécessaire à toute réforme durable.

La force des discrets

Robert Francis Prevost n’a pas été élu pour plaire. Il l’a été parce que son profil dessine une Église moins réactive, mais plus habitée ; moins tonitruante, mais plus incarnée. Dans une ère d’épuisement institutionnel, il n’apportera pas de solution miracle. Mais il pourrait offrir ce qui manque : un temps pour se souvenir, pour s’écouter, pour durer.

Et dans cette durée féconde, une Église capable de se repenser non comme pouvoir, mais comme présence.

Herve Gilbert