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Sunday, August 8, 2021

Une excursion avec l’ULCC dans les arcanes de la corruption

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Par Max Dorismond

 

ULCC – Unité de lutte contre la corruption : Un phare sans lampe

« Voyons, tu es un moins que rien! Ton nom ne se trouve nulle part. Même pas sur la liste de l’ONA ni sur celle de l’ULCC. Donc, vois-tu, tu n’es même pas une crotte de chien! ». C’était la dispute de deux de nos compatriotes, sur la plage de Decameron en 2019. Voilà les nouvelles valeurs d’Haïti.

ULCC transferrant des rapports sur la corruption au ministère de la Justice

L’absence de ton nom sur la liste des escrocs est une tare, un vide à combler, une faiblesse génétique à corriger dans ton curriculum. Sinon, tu n’es qu’un sous-fifre, un minus. Certains vont jusqu’à payer des fonctionnaires pour ajouter leur nom sur ces « palmarès dorés des lauréats de la corruption », ou payer des médias pour les citer aux fins d’une certaine publicité, parce que c’est très, très rentable. Dans leur optique, le respect public sera automatique.

Tout en demeurant avec ce sentiment d’impuissance, je reste persuadé que plusieurs Haïtiens et surtout ceux de la diaspora, se mordent le pouce, en pensant qu’ils avaient fréquenté la mauvaise école au temps de leurs études classiques, car leurs 14 années de durs apprentissages furent une pure perte de temps, puisqu’on ne leur avait pas enseigné à voler, comme semblerait le souligner le rapport d’enquête de l’ULCC avec des centaines de noms.

 Respectant certains codes d’honneur oubliés, nos congénères de la diaspora avaient pris leur courage à deux mains, pour aller manger la vache enragée au pays des blancs, à suer eau et sang pour joindre les deux bouts. Tandis que chez nous, les ignares, les incompétents, les incultes, les analphabètes… se la coulent douce, aux frais de la princesse et rient dans leur barbe, de ces imbéciles émigrants, qui préfèrent redevenir esclaves dans les bas-fonds de l’Amérique ou de l’Europe.

Pour comprendre la mécanique de la tromperie de chez nous, il faut saisir le paramètre dans le dictionnaire, dans lequel vous aviez cherché l’explication. Dans le Larousse ou le Petit Robert, les mots « voleurs, gangsters, vicieux, fraudeurs, pillards… » signifient exactement ce que vous connaissez de ces titres dégradants. Mais, dans la psyché haïtienne, c’est une tout autre histoire. Dans le lexique national, ces mots dégagent une portée contraire, enrobée de fierté, suintant le prestige de la réussite. Il existe aussi des expressions clés pour définir l’état d’âme de l’autre ou sa propension à être adroit à tirer profit de toute éventualité, ou à tout siphonner avec avidité.

Par exemple, chez nous, dire de quelqu’un en chantonnant, « un tel est un intelligent », est différent de « un tel est intelligent ». L’article « un » devant le mot « intelligent » a tout un poids dans l’expression pour désigner un super voleur, un excellent ratoureux, un parfait vaurien.

Dire de quelqu’un qu’il est « un chatt sou tè », c’est comme une note de noblesse. Ici, l’expression créole dérivée d’une connotation anglaise, « sharp shooter » pour « franc-tireur », se définit en Haïti comme un usurpateur rapide, qui ne souffre d’aucun complexe. Il est vite sur ses patins.

Dire à un Européen qu’il est un « Maître d’armes », c’est un titre accolé à quelqu’un qui enseigne l’escrime ou les arts martiaux selon le dictionnaire. Allez dire la même chose à un Haïtien, c’est un « Mèt dam », c’est de le sacrer comme un intelligent, c’est-à-dire une fripouille, un maître chanteur, un profiteur.

Par contre, dire de quelqu’un en Haïti qu’il est un « idiot, un imbécile », c’est tout à fait le contraire dans un dictionnaire classique. Cette expression, chez nous, est accolée à 95% à un individu honnête, respectueux des normes, un élément qui ne veut point succomber à la tentation de la bêtise. Et très vite, il est vu comme un chien dans un jeu de quilles, un empêcheur de danser en rond qui se prend pour Saint-Pierre, un « gaté pati », un citoyen à éliminer, à détruire, à écarter de l’équipe. Il faut lui tailler une chemise sur mesure, avec l’écriteau du vrai filou, en guise de leçon, si on ne l’envoie pas ad patres avec une balle dans la tête.

 Souvenons-nous en 2010 de l’enlèvement et de l’assassinat du fonctionnaire Robert Marcelo qui rechignait à cautionner les premiers chèques de Petro-Caribe. Une balle et puis, instantanément, le carnaval des contrats bidons a trouvé son rythme de croisière.   Adieu Petro !

Autre preuve récente : tout un corps de police était bouche cousue pendant un mois, jusqu’à l’assassinat du premier citoyen de la nation. La loi du « Nou tout ap jwen » a été appliquée à la lettre. Aucun « idiot » ne s’était signalé.

Ces gens-là qui parlent de nous de la diaspora avec dédain, qui rient dans leur moustache, à nous voir nous échiner, de peine et de misère, dans les galères d’outre-mer, n’ont pas d’états d’âme face à leur exploit du « tout pou yo ».

         À éplucher le rapport de l’ULCC, toutes les couches sociales s’y trouvent. On aurait dit l’annuaire téléphonique d’Haïti. En effet, devant ce déferlement de noms de pickpockets patentés, juste pour une année (2020-2021), on tombe des nues. Il ne manque que leurs coordonnées téléphoniques. C’est un carnaval de crimes, de brigandages, de grabuges organisés. Un don de 283 449 sacs de riz du Japon a été volatilisé par les rapaces, le temps d’un clin d’œil. C’était « Rapido presto – Totalitaire Tato ». Le riz du Japon a ri jaune! (voir page 8 à 10 du rapport)

Toutefois, je ne m’en fais pas trop, car, ce n’est pas la première fois. C’est une tradition de lister les cambrioleurs. « L’enkèt fink kare se pouswi ». Au contraire, pour vous démontrer l’inutilité de la démarche de blâmer ces gentlemen sans moralité, il y en a plusieurs autres qui vont s’offusquer de ce que leurs noms ne s’y trouvent pas. Car pour eux, il y a une certaine fierté à tirer, de voir figurer son identité sur ce fameux rapport. C’est la preuve de leur réussite, de leur super intelligence. Ce sont des « Grand Nèg ». 

De l’autre côté du miroir, ils ont particulièrement raison. Parmi les noms qui s’y trouvent, on rencontre des politiciens de haute voltige qui font et défont les gouvernements, des hommes d’affaires qui interpellent le pouvoir à leur guise et sans ménagement.

Par conséquent, c’est un rapport à conserver, un souvenir littéraire à classer, si vous voulez connaître les prochains ministres et présidents d’Haïti. Cet annuaire des célèbres coquins indexés se révèle être la future liste des présidentiables à venir. Souvenez-vous du procès de la Consolidation (1903- 1904), sous Nord Alexis? Trois (3) des condamnés de cette rafle, Cincinatus Leconte, Tancrède Auguste et Vilbrun Guillaume-Sam, étaient devenus présidents d’Haïti entre 1911 et 1915.

Ainsi va l’Histoire chez nous : la tradition continue.

Max Dorismond

_____________________

NDLR:

Friday, September 15, 2017

La corruption en Haïti, un fléau dévastateur

Professeur Antoine Atouriste, ex-directeur général de ULCC
Constituant l’état normal dans la vie quotidienne des Haïtiens, la corruption est dans tous les secteurs d’activité, en passant par les affaires, le commerce, la santé, l’éducation, la diplomatie et la politique. Ainsi, le professeur Antoine Atouriste, ex-directeur général de l’Unité de lutte contre la corruption (ULCC), s’est entretenu en juin 2016 avec une soixantaine d’étudiants de l’Académie nationale diplomatique et consulaire (ANDC) sur le thème « Rôle de l’université dans la lutte contre la corruption en Haïti, un fléau rongeur et dévastateur de société».

« La corruption est générée par chaque citoyen haïtien à travers les dirigeants qu’il élit pour occuper les hautes fonctions de l’État.» Par ces mots, le professeur Antoine Atouriste a confié que la corruption est une tragédie pernicieuse qui sape les fondements de l'État de droit et alimente les pratiques mafieuses, tels que les conflits qui hypothèquent la paix, la sécurité et la stabilité politique dans une société. Il a indiqué que la corruption créait des disparités entre riches et pauvres et qu'elle entravait la réduction de la pauvreté et limitait la croissance économique. Il y a toujours des hommes d’affaires et contribuables du secteur privé ou autres qui glissent un billet ou un pot-de-vin à un représentant voulu pour faciliter l’accès à un service ou pour outrepasser certaines formalités exigées en vue de parvenir à leur fin personnelle au détriment de la collectivité.

« La corruption constitue une pratique vraiment malveillante et immorale, les États pauvres comme le nôtre qui sont sujets à ce fléau s’appauvriront encore davantage. Les corrompus et les corrupteurs s’enrichiront mais cela se fera au détriment des autres. La corruption détourne les ressources et entrave l’accès des populations aux services essentiels tels que la santé et l’éducation», indique le panéliste, qui souligne que la plupart des autorités de l’État haïtien qui devraient mettre en œuvre des politiques pour combattre avec ardeur cette plaie aussi profonde qu’un puits sont la plupart du temps complices de la progression de ce mal endémique.

A en croire le professeur, il faut extirper ce rongeur de notre mentalité tout en définissant des stratégies de lutte, faire des recommandations visant à promouvoir une nouvelle culture d’éthique, de crédibilité, d’intégrité, de bonne gouvernance et de transparence dans toutes les sphères de la vie nationale. En dépit de la création des organes de lutte contre la corruption, il faut une volonté politique réelle des autorités pour combattre ce phénomène. Citant le rapport de Tranparency International sur l’indice de perception de la corruption, l’ex-directeur de l’ULCC a souligné qu’Haïti figure en premier sur la liste des pays de la Caraïbe qui sont très touchés par la corruption à des degrés différents, ce qui entrave la construction d'un État de droit.

Corruption : rôle de l’université
Professeur  Atouriste lors de la conférence 
Enfin, le professeur a rappelé que les universités devraient planifier en permanence des travaux de recherche sur l’évolution du phénomène aux fins de produire des recommandations documentées et codifiées aux autorités de l’État ; de familiariser les futurs dirigeants avec la convention des Nations unies contre la corruption et promouvoir l’enseignement dans le cursus universitaire. Globalement, la corruption et la manière de lutter contre celle-ci posent la question de la gouvernance, de la transparence, de la reddition des comptes, du fonctionnement normal des institutions, de la citoyenneté et des médias, pour ne citer que ces aspects. Bien que le pays soit doté d'institutions anti-corruption, le phénomène prend malheureusement une grande ampleur et risque de devenir de plus en plus destructeur dans notre société.


De son côté, le recteur de l’ANDC, Franck Bonhomme, a remercié le professeur de son exposé. Il n'a pas caché sa satisfaction de cette présentation du professeur sur un sujet qui préoccupe notre société et aussi le partage de connaissances avec des futurs responsables de ce pays pour une meilleure connaissance de ce fléau qui ronge notre société, particulièrement les jeunes. Selon le recteur Bonhomme, la bonne gouvernance est le socle du développement, et l’État de droit, qui est un moteur du progrès économique et social, en est un élément central.

Ce n’est pas le professeur Gary Pierre qui dira le contraire. Pour placer l’importance du civisme dans la lutte contre la corruption, le professeur a, dans son intervention sur la place du civisme dans la reconstruction d’Haïti, fait savoir que le civisme est lié au respect des valeurs culturelles et morales. D’après lui, les internationaux n’ont pas la responsabilité ni la mission ni l’objectif d’œuvrer au développement d’un pays. Cela revient aux nationaux, je veux dire aux Haïtiens de prendre conscience de la situation actuelle du pays afin de contribuer au changement d’Haïti dans une vision et une volonté commune.

Cette activité a été marquée par la présence de personnalités haïtiennes, notamment celle du professeur Marie-Clerjeune Macajoux, du Dr Lionel Desgranges, du Dr Christophe Providence, ainsi que les membres du comité des étudiants : Benjie Éliazard, Gabriel Stevens Grégore, Thaïcha Emmanuella d’Haïti et Nimchy Benjamin.

Amos Cincir

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