Discours d'Etzer Vilaire à la mémoire des héros de l'Indépendance, de Charlemagne Péralte... 

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Tuesday, May 26, 2020

Daniel Fignolé ou le vrai sens des luttes des Pestelois

Daniel Fignolé désigné comme président provisoire le
25 mai 1957, a été destitué 20 jours par un coup d'État
militaire orchestré par le général Antonio Kébreau.     
Pestel porte dans son cœur, le président-fils du terroir Daniel Fignolé (1913_1986) devenu le 38e président d'Haïti à la faveur d’un vaste mouvement populaire en décembre 1956 contre le président Paul Eugène Magloire. Né le 11 novembre 1913 (Wikipédia, Daniel Fignolé), Daniel Fignolé incarne toute la résistance de la communauté pesteloise dont il est issu. Son accession au pouvoir, à 44 ans, le 25 mai 1957 a marqué une étape ultime de la bataille de sa ville natale pour les conquêtes sociales, mais sa lutte reste hélas! inachevée, car malheureusement il n’a pas eu le temps de poser les bases de la refondation du système étatique. Son projet social a pris chair dans toutes les luttes de revendications sociales dans lesquelles s’était engagée sa commune depuis la colonisation française.

L’écrivain haïtien Thomas Madiou disait de Pestel que ce fort naturel conserve des pages d’histoires passionnantes de résistance au pouvoir. Remontons en 1792, 11 ans avant la proclamation de l’indépendance de la République d’Haïti pour rappel de la première grande bataille lorsque les Affranchis ayant à leur tête les frères Lafond chassèrent de la zone les planteurs blancs qui refusèrent d’obtempérer à la loi du 4 avril proclamant l’égalité entre ces deux groupes ethniques (MADIOU, Thomas; Tome I). Cette bataille sera suivie de plusieurs autres dont la fameuse bataille qui eut lieu le 19 janvier 1793 à Fort Lundy, à Desriveaux, 4e section de la commune (Beaubrun Ardouin, études de l’histoire d’Haïti). Au cours de cette bataille, le général André Rigaud perdit Ignace et Jourdain deux de ses plus grands lieutenants qui venaient tout juste de se révéler dans la bataille de Savannah aux États-Unis (ROBIN, Énélus; Abrégé de l’histoire d’Haïti). Cette bataille dirigée par Duperrier et Dubrosse était une réplique du mouvement mené depuis tantôt deux ans par les Planteurs blancs de la Grand'Anse.

Quatre années plus tard, en 1797, eut lieu à Camp Thomas et à Fort Lundy (respectivement 1re et 4e section de la commune de Pestel) une grande bataille entre Rigaud et les Anglais (Thomas Madiou, Tome I). Celle-ci se solda par la défaite de ces derniers dont les troupes étaient commandées par le colonel anglais Peste tué par les soldats de l’armée française aux ordres des officiers affranchis Blanchet et Desfourneau.

La vocation de zone de résistance de Pestel fut renforcée lorsque qu’elle se mit debout au côté du général Goman en 1808 pour contester la politique agraire du président Alexandre Pétion, qui ne voulait qu’accorder de la terre aux généraux mulâtres et noirs, alors que les Pestélois prirent position pour la politique de l’empereur Jean Jacques Dessalines qui souhaitait que les noirs dont les pères sont en Afrique aient un morceau de terre (Thomas Madiou, Tome III).

Pestel,un coin de terre assise dans un écrin de calme et de verdure
Plus tard en 1820, le président Jean Pierre Boyer mata le mouvement de Goman dès son arrivée au pouvoir, ce qui n’empêcha pas Pestel de continuer sa lutte pour le progrès et la justice sociale. Plus loin en 1842, Pestel prit les armes aux côtés de Jean Jacques Acaau et de Rivière Hérard contre le président Boyer accusé ainsi que son équipe de dilapidation des fonds de l’État. C’est dans cette bataille que fut tué le général Lamarre à Lesieur (2e section) par Dorvilier Brunot (Thomas Madiou, Tome VII).

Trahie par les hommes du sud en tête du mouvement de 1843 communément appelé mouvement de Praslin, les Piquets, en 1846, établirent à Pestel leurs mouvements, sous le gouvernement de Jean Baptiste Riché aux fins de poursuivre les revendications (Thomas Madiou, Tome VII) . Battu le 7 avril de la même année par les Cacos, l’élan de ce mouvement y fut complètement brisé. Ce fut à ce moment-là reddition de Pestel dans sa lutte pour la justice sociale.

Pestel devra attendre jusqu’à 1869 ( Ardy Jean Gardy, Sourire Magazine, vol. #7 ) pour reprendre les armes pour ses mêmes causes à savoir l’intégration de la paysannerie et l’éducation pour tous, puis en 1883 (Gustave Vigoureux, 1909) contre le président Lysius Jeune Salomon, et en 1902 contre le président Nord Alexis pour se rallier à la cause de Firmin.

Pestel derrière les île Cayemittes est une destination touristi
que ignorée ayant de jolies plages et de criques scintillantes.
Pestel fit opposition à l’occupation américaine, en 1927 (Lesly Péan, Alterpress, 6 août 2013) sous le leadership de Jean Claude Dubrencourt Lesperance un commandant de la place (nom donné à l’époque au chef de la police de la commune), Pestel a rejoint le mouvement national dit des Piquets dont les revendications voulaient l’accès à la terre pour tous les cultivateurs, l’accès à l’éducation pour les fils des masses défavorisées, justice équitable, emploi pour tous dans un pays souverain.

Avec l’occupation américaine (1915-1934), à un moment où Pestel semblait céder dans sa lutte, est né en 1930, le mouvement nationaliste anti-envahisseur dont Dumarsais Estimé en est devenu le porte-parole. Ce fut durant cette période également que prit naissance le « rouleau compresseur » de Daniel Fignolé député de Port-au-Prince, bien longtemps avant qu’il ne devienne ministre de l’éducation sous la présidence de Dumarsais Estimé en 1950 et président très éphémère en 1957. Pendant ses soixante-cinq (65) jours à la tête de ce ministère de l’éducation, et fidèle à l’idéal social de sa terre natale, il a créé soixante-neuf (69) écoles de différents niveaux dont les lycées Toussaint Louverture et de Jeunes Filles à Port-au-Prince, et un troisième lycée à Hinche (Pharès Pierre, explique-moi Haïti). Son bilan traduit sa volonté manifeste de massifier l’accès à l’éducation, chose chère pour les Pestelois.

Consciente de l’intelligence hors pair de son fils et dans le souci de pousser l’éducation de son fils alors âgé de quatorze ans, sa mère, Léonide Bernard à l’instar de beaucoup d’autres familles pesteloises de l’heure, a dû laisser Pestel pour venir s’installer à Port-au-Prince. À la capitale, il s’épanouit dans le milieu scolaire pour parfaire une instruction de qualité. C’est aussi ce parcours qui l’aurait motivé pour la multiplication d’institutions scolaires tant urbaines que rurales.

Daniel Fignolé expulsé pour l'exil tout de suite
après sa destitution par la soldatesque haitienne
Depuis à l’âge de onze ans, il était un fin observateur des rivalités politiques opposant les Gilles aux autres familles dominantes de son bourg à savoir les Chéron, les Bernard, et les Lesperance pour le contrôle de l’espace politique. Son esprit a probablement gardé en vie les séquelles des élections municipales 1924 dont il était témoin opposant Ney Delorme Gilles à son sous-cousin Léonce Bernard qui devint plus tard un homme fort de son entourage politique. C’est de là qu’il a pris goût pour la politique.

Conscience noire, Mouvement ouvrier, orateur hors pair, Daniel Fignolé contribuera au mouvement syndical dans le pays, en Pestélois authentique qui prend à cœur les mauvaises conditions de vie des ouvriers dans les usines et dans les entreprises. Comme tel, il déclara le 25 février 1946: « On sait la part active que j’ai prise aux événements. On sait qu’au lieu de réclamer des satisfactions personnelles, je préférai tenter une Révolution en profondeur, dans le sens du changement de la mentalité du peuple et de la classe dirigeante. Je proposai des institutions avancées. » Pour cette cause, il fut emprisonné sur ordre du président Paul Eugène Magloire. Rappelons-nous que la création de son premier syndicat datait de 1946, ce fut à Hasco Sugar Company.

Daniel Fignolé lors de son retour d'exil
en Haïti (1986), 5 mois avant sa mort   
Bien que descendant de l’élite pestéloise, il n’a pas adhéré à leur statut de privilégiés sociaux. Ses discours virulents contre la bourgeoisie étaient connus et publiés dans son journal appelé « Chantiers ». Son combat pour les causes et préoccupations des populations marginalisées lui a valu brutalité policière, emprisonnement et suppression de son poste d’enseignant sous la présidence d’Élie Lescot. Pour n’avoir pas renoncé à sa conviction, il se fit emprisonné en 1954 par le président Paul Eugène Magloire.

Gauchiste et défendeur des causes de la masse, l’administration américaine en ce temps-là présidée par D. Eisenhower refusa de reconnaître le gouvernement Fignolé, dont le programme politique était considéré comme « comparable avec les Soviétiques .» Eisenhower le fit passer pour un autre « Arbenz », se référant au président social-démocrate du Guatemala (Wikipédia, Daniel Fignolé). Il fut remplacé au pouvoir par un certain Dr Francois Duvalier, et l’histoire connait la suite.

Daniel Fignolé, fondateur et président du très populaire « Mouvement Ouvrier Paysan » ou MOP) et plus tard, parti politique, a toujours fait montre d’une détermination farouche pour renverser le projet social de l’époque post occupation américaine, jugée antinationale. Sa fougue a valu cette belle déclaration de Marc Bazin : « nul n’a su mieux que lui, incarner et exprimer, tout au long de la période, les aspirations de notre peuple à la justice et à la dignité ». Le brillant professeur fut brutalement écarté du pouvoir le 14 juin 1957 après seulement 19 jours au timon des affaires, privant ainsi le pays et Pestel de changements sociopolitiques en profondeur qu’il prônait en faveur des masses. Pestel porte encore le deuil de son enfant terrible et prend son mal en patience. Le coup d’État perpétré contre lui a sorti Pestel de la scène politique comme bastion des luttes pour la justice sociale.


James St-Germain, auteur

 Illustrations:HCC


Notes bibliographiques
Article de Ady Jean Gardy (Pestel une merveille au cœur de la Grand ‘Anse) paru dans Sourire Magazine, vol. #7, Bibliothèque Nationale d’Haïti, pp4-6
Article de Jean Claude Fignole (Pestel entre souvenirs et perspectives) paru dans Magazine Raj, #15, Destination Grand ‘Anse, Juillet 2013. PP52-54. 
Pestel, texte de Alain Bosman, Antoine Gilles
ARDOUIN, Beaubrun, études de l'histoire d'Haït, 1853.
MADIOU, Thomas: Histoire d’Haiti (1811-1818). Tome V. Ed. Deschamps
MADIOU, Thomas: Histoire d’Haiti (1803-1807). Tome III. Ed. Deschamps.
MADIOU, Thomas: Histoire d’Haïti (1492-1799). Tome I. Ed. Deschamps.
MADIOU, Thomas: Histoire d’Haïti (1827-1843). Tome VII. Ed. Deschamps. 
ROBIN, Énélus: Abrégé de l’histoire d’Haïti. 1874. 252p
VIGOUREUX, Gustave : l’année terrible ou 1883 a Jérémie. Imp. Du centenaire, 1909.
HECTOR, Michel, mouvements populaires et sortie de crise (XIX-XXème siècles) OpenEdition, journals en ligne 
PIERRE, Pharès, explique

* un grand merci à Madame Margareth (Maggy) Desilier de m'avoir aidé dans la recherche et la production de ce texte

Thursday, May 14, 2020

Pestel, une commune mise à l’écart pour ses luttes

La pêche, l'agriculture et le commerc sont les principales ressources de Pestel


Pourquoi une telle attitude du président Jovenel Moïse envers la commune de Pestel en dépit de ses promesses remontant à sa visite le 4 mai 2018? Serait-il une nonchalance? Poursuit-il la logique historique visant à mettre Pestel à l’écart de tous les projets de développement? Ou encore nos élus n’ont-ils pas leur responsabilité en ce qui a trait?

Ce sont autant de questions qui divisent les Pestelois. De l’avis de certaines gens, la commune ne lui représente pas une menace réelle; et pour d’autres il serait une trahison ou encore les séances du pays "lock" ont une part de responsabilité. Elles ont toutes une portée intéressante dans la réflexion. Pour moi, la non-prise en charge de son développement par ce gouvernement en place ne date pas d’aujourd’hui. Elle est peut-être victime de sa position géographique, mais cette thèse parait trop simpliste pour l’accepter. La nonchalance de la plupart de nos dirigeants est un facteur à considérer.

Pestel se compose princiaplement de collines et d'un climat tro
pical. C'est un endroit difficile d'accès en voiture. Certains visi
teurs y vont lors de la fête de la mer chaque année.                   
Pestel, située dans la Grand’Anse du pays, est élevée au rang de commune depuis 1843 au lendemain de sa participation dans la lutte causant le départ de Jean Pierre Boyer au pouvoir. En dépit de son potentiel agricole et écotouristique, elle est créditée d’un manque à gagner énorme en termes de développement. Le retard dont elle accuse est historiquement lié à un vaste complot de l’État contre la commune souvent orchestré par certaines de Jérémie.

Historiquement, Pestel a été toujours été une zone de rébellion. On se rappelle la participation des anciens d’abord au côté de Jean Baptiste Perrier dit Goman (1807-1820), ensuite au côté de Jean Jacques Acaau en 1843, dans la lutte contestant l’hégémonie des élites de Port-au-Prince. On se rappelle également le mouvement des Piquets dans les mornes de Pestel contre les projets antinationaux de plusieurs gouvernements. Nous avons passé tous ces règnes sans l’intervention de l’État central. Ce fut un siècle de développement perdu, voyez-vous! Il importe de rappeler qu’en trois fois l’économie de la ville fut passée à flamme par des incendies orchestrés par l’État central. Ça a été un manque à gagner énorme.

De 1843 à date, Pestel n’a pas connu de très grands chantiers de développement. Toutefois, on retient quelques réalisations de certains présidents effectuées sous base de compromis politique et de relations de camaraderie.
 
Malgré sa nature enchanteresse, Pestel est un endroit de séche
resse où ses habitants voyagent à travers d'autres communautés
à la recherche d'eau potable.                                                        
On se souvient que Sténio Vincent a fait construire une école nationale, un dispensaire, une citerne communautaire, et la première manche de la percée du Tronçon de route reliant carrefour zaboka à Pestel; sous la présidence de Magloire, deux écoles nationales étaient construites, la seconde manche du tronçon de route fut réalisée. Toujours est-il, Henry Namphy nous a permis d’avoir l’ancien réseau électrique et il a contribué à certains degrés dans la construction du bâtiment du lycée. René Préval a quand même réalisé quelques interventions dans la commune.

Par contre, durant le règne des Duvaliers, la commune fut tombée dans l’oubli. Pas même une pierre n’a été posée. Ce n’est qu’au cours de cette époque, le commerce florissant que connut Pestel devient au point zéro puisque les commerçants sous prétexte de complot contre Duvalier furent contraints d’aller vendre leurs rêves ailleurs. Pestel fut encore victime sous le second mandat de Préval et de celui de Michel Martelly.

Les critiques arguant que Pestel est négligée dans le budget national sous prétexte qu’elle n’apporte rien en termes de recettes fiscales sont de loin une réalité.

Fête de la mer à Pestel en voilier 

Dès sa genèse à 1990, Pestel a rapporté du gros dans l’économie nationale. Il est rapporté par l’écrivain Semexant Rouzier que dans les années 1850 à 1890, Pestel produisit 650.000 livres de café. Le port faisait le plein de cargaisons, exportant entre dix et quinze mille sacs de café l’an et en retour importait de Port-au-Prince et de Kingston des marchandises diverses.
Grâce à la spéculation du café, Pestel accusa en 1921/22 une recette fiscale de 1.815,98 gourdes ; l’année suivante, elle s’éleva à 2.783,40 gourdes, en 1923/24 à 4.404,91 gourdes et en 1924/25 à 5.909,85 gourdes. Pareillement en 1954, quand la marmite se vendait à 42 gourdes, l’économie de la zone florissait davantage. Le café rapporta dès lors mensuellement environ un million de gourdes. À ce sujet, l’ancien inspecteur fiscal Vidal Saint-Louis confie à quelqu’un que, grâce au commerce de café, la commune était dans les années 70-80 l’une des communes qui rapportèrent à l’État une grande part du budget national.

Par rapport à tout ce qu’elle a rapporté dans les anciens budgets nationaux, faut-il se demander pourquoi le problème de l’eau de Pestel n’a pas été une préoccupation des différents gouvernements qui se sont succédé. De plus, comment se fait-il que le tronçon de la route carrefour zaboka Pestel n’ait encore été asphalté?

Pour finir, même si Pestel ne contribue plus dans l’économie nationale, mais l’État a une dette envers elle puisque dans les années où elle rapporta du gros à l’État ce dernier ne lui retourna pratiquement rien sous forme de services. Ainsi l’on se demande si le président Jovenel Moïse va relever ce défi historique qui l’attend.

James St Germain
Sociologue, professeur de philosophie

Illustration :HCC

Tuesday, February 2, 2016

HAITI: DE BELLES PERSPECTIVES DE DÉVELOPPEMENT POUR LA GRAND-ANSE

Par Mérès Weche
Membre de la   SOCIÉTÉ D'AIDE À L'ÉDUCATION, À L'ENVIRONNEMENT ET AU DÉVELOPPEMENT (SAEED)

Mise en contexte
 Carnival Glory lors de son mouillage
dans le port de Bahamas.              
Les idées qui m'ont toujours habité depuis des années, relatives au développement de la Grand-Anse, sont renforcées ces derniers temps après une tournée que j'ai faite en croisière dans les Petites et Grandes Antilles, du 09 au 16 janvier 2016. Que ce soit aux Bahamas, aux Iles Vierges, aux Iles Turques et à Puerto Rico, j'ai pu faire des comparaisons et réalisé que nous avons l'impérieux devoir de mettre nos ressources naturelles en valeur, car elles sont largement compétitives. Nous avons la capacité de rattraper le temps perdu, car nos offres d'évasion touristique sont enchanteresses par rapport à ce que j'ai vu. Ce qui a davantage retenu mon attention à Grand Turk, c'est que le personnel d'accueil et de service est en grande partie haïtien; je n'ai pas eu à m'efforcer de parler anglais, car j'avais le créole à la portée de l'oreille et de la bouche.

Mon approche, au cas par cas
Une rue de la ville de Dame-Marie
Sans vouloir délaisser d'autres régions de la Grand-Anse, telles que Dame-Marie, Anse d'Ainault, les Irois et Bonbon, qui ont un grand potentiel touristique non exploité, je me limite pour l'instant aux Arrondissements de Corail et de Pestel, que je connais mieux et où j'ai déja entamé des discussions d'ordre familial et local pour des espaces d'exploitation touristique. 

A-  Intérêt pour Beaumont.-
a) Il y a environ six mois,  j'ai entrepris une démarche de jumelage auprès de la ville de Beaumont Alberta au Canada, en faveur de Beaumont Haiti, qui fait partie du cercle des 62 Beaumont dans le monde, dont le siège est en Belgique. 
Beaumont (Grand'Anse) ,la route
 nationale traverse la ville.            
Bientôt, une importante décision sera prise en conseil à Beaumont Alberta pour supporter un projet de bibliothèque à Beaumont Haïti. C'est avec la collaboration de l'organisation Grand-Anselaise SAEED (Société d'aide à l'Éducation, à l'Environnement et au Développement), basée à Montréal, que ce projet est mis en chantier. Cette bibliothèque moderne, qui aura pour siège la résidence presque centenaire de la famille Weche, située en plein centre de la rue principale de Beaumont, gèrera deux centres de lecture (genre maison de la culture), respectivement dans les sections communales Mouline et Chardonnette dont les routes de pénétration sont actuellement en voie de réfection par deux fils de la commune: l'entrepreneur Philippe Étienne et le Député nouvellement élu, Anouce Bernard. 

Tous les navires de croisière, hormis,
les plus petits ont une piscine à bord.
b) La section communale Mouline en particulier, se distingue par sa grotte précolombienne, d'une profondeur appréciable, et ses extraordinaires chutes qui n'attendent que d'être mises en valeur par ceux et celles qui se sentent concernés par la prise en charge des patrimoines naturels de cette fraiche région réputée pour la qualité de son café (the haitian blue) récemment catalogué par des experts internationaux. Le Festival du Café de Beaumont dit  Festi-Café, initié en 1999, assorti d'un rallye auto-moto, devra être réédité au cours de l'année 2016, à l'occasion de l'inauguration de la bibliothèque dédiée au général Alexandre Dumas. C'est curieux que le Sud-est (Jacmel) se soit doté avant La Grand-Anse (Jérémie) de sa ``Bibliothèque aux trois Dumas``; raison pour laquelle Beaumont a emboìîté le pas.

c) Toujours à Beaumont, il existe dans la localité de Bélance, des grottes et un captage d'eau datant de la période coloniale, situé non loin des ruines de l'habitation de M. de Bélance dont un grand poète de la région porte le nom. Une enclume remontant à la  colonie de Saint-Domingue a été trouvée dans le dit captage, en 1999, par les édiles d'alors de la commune de Beaumont. C'est une pièce de musée d'une valeur inestimable.

 B- Intérêt pour Corail,  Pestel, Roseaux et Jérémie
Pestel - une crique servant 
au cabotage.                       
a) Corail doit son nom à un polype marin dont le squelette calcaire est exploité en bijouterie pour ses teintes variées du blanc au rouge. Élevée au rang de paroisse en 1799, cette ville, une des plus anciennes du pays, et dont une tranche d'histoire, communément appelée ``l'incident de Corail``, remonte à la fameuse guerre du Sud, entre Toussaint et Rigaud.  À ce moment-là, 29 Noirs et 1 Blanc furent asphyxiés dans une prison peinte à la chaux vive. Les murs, malgré repeints, de ce bâtiment situé à l'entrée de la ville,   ont beaucoup à conter sur les événements historiques survenus dans La Grand-Anse.

Vua aérienne de Corail
b) Entre Corail et Pestel (ville remontant au temps de la flibuste)  se trouvent les iles Cayemites , Les Basses, et de beaux ilots au sable blanc tels que Anse-Blanche et Zile-Lay. Au temps de la Marina de Madame Christiane Papillon et de la croisière locale de son neveu Roro, ces plages et côtes poissonneuses, étendues sur des kilomètres, offraient aux estivants de joyeuses escapades en mer, dignes du tourisme alternatif que privilégient bien de visiteurs étrangers, par souci de proximité avec les cultures locales.

service en 2003                   
Au point où nous en sommes avec le tourisme haïtien, qui n'est plus de masse depuis quelques années, le charme naturel de la Grand-Anse constitue une heureuse alternative aux offres d'évasion mises en train par le Ministère concerné, pour relancer l'industrie touristique en Haïti. Qu'on songe, en particulier, à la Fête de la Mer à  Pestel qui fut l'occasion pour nombre de nos compatriotes de se payer à peu de frais des sorties enchanteresses hors de l'atmosphere trépidante de Port-au-Prince. 

Le pont sur la rivière des Roseaux
(construit en 1997)
c) Roseaux, c'est la ville d'Antoine Langomye, grand devin dont la proverbiale réputation dépasse les limites territoriales haïtiennes. Le lieu de résidence d'un patrimoine humain de cette envergure devrait pouvoir attirer des visiteurs tant nationaux qu'internationaux, de manière à faire de cette charmante ville un pôle d'attraction touristique. De plus, cette longue plaine des Gommiers, que borde une plage de sable fin, est propice à une station balnéaire peu commune dans la Caraïbe. 

C – Jérémie, le gros morceau
Vue de l'Anse d'Azur et ses coraux
a) Mises à part les plages d'Anse d'Azur, de Bonbon et d'Anse-du-Clair, sans oublier Laye du côté de Dame-Marie, qui sont également propices à l'exploitation touristique, Jérémie, la ville-mère de la Grand-Anse présente des particularités qui la placent, sur le plan patrimonial,  au rang de grandes cités du monde comme Puebla au Mexique et Saint-Petersburg en Floride dites villes-musée.

En considérant ce que représentent dans la littérature haïtienne des auteurs tels que Jean Brierre, Émile Roumer, Etzer Vilaire, Regnor Bernard, Raymond Chassagne, pour ne citer que ceux-là, ainsi que des musiciens de la trempe de Georges Clérié, Serge Villedrouin, Antime Samedi, Numa Roumer et Louis Laurent, leurs anciennes résidences devraient être considérées comme des patrimoines bâtis, répertoriés et classés dans les annales historiques de la ville, portant chacune une plaque distinctive.

Vue de la baie de l'Anse d'Ainault
C'est précisément ce devoir  de mémoire envers Jérémie qui m'a porté, il y a quatre ans, à multiplier démarche sur démarche auprès de la Mairie de Villers-Cotterêts en France, pour obtenir les documents nécessaires à l'édification du musée Césette et Alexandre Dumas, qui verra le jour en cette année 2016. En effet, une trentaine de pièces importantes sont mises à notre disposition, comprenant: portraits, ordonnances militaires, correspondances, lettres d'écrous, manuscrits, attestations, jusqu'aux cheveux du général. 

Pour rendre possible l'inauguration du musée en août 2016, un grande exposition d'oeuvres d'art est prévue à l'Hôtel Marriott de Port-au-Prince d'où partira une caravane vers Jérémie. C'est sous la forme d'un pont Québec-Haiti que cet événement aura lieu, car il réunit déjà près d'une vingtaine de peintres, photographes, écrivains, danseurs, musiciens et poètes, auxquels se joindront deux conférenciers, spécialistes des Dumas, venus de France, ainsi que des artistes de la scène en provenance du Bénin.
    
D- Portée touristique, compétitivité dans la Caraïbe
Mérès Weche à bord du
Carnival Glory.             
L'expérience que j'ai faite dans les Grandes et Petites Antilles, particulièrement à Grand Turk, au cours de cette croisière à bord du Carnival Glory, m'autorise à dire, sans risque de me tromper, que nous pouvons largement rattraper le temps perdu si nous nous mettons, non seulement à penser pays, dans son intégralité, mais aussi à mettre le cap sur la formation professionnelle de proximité, car, je ne cesse de le répéter, la grande majorité du personnel d'accueil et de service dans les destinations touristiques visitées sont d'origine haïtienne. J'ai encore en mémoire ce que m'a dit un chef de bar à Grand Turk:  ``Ou se Ayisyen, epi w ap fe m gaspiye 2 ti mo angle m konnen an konsa!...``    

E- Perspectives pour la Grand-Anse
Une offre extrêmement intéressante m'est faite, au cours de cette croisière, par une importante compagnie de construction de maisons préfabriquées, pour des résidences en bordure de plage, ou des bungalows dans les parages, à des prix très compétitifs. Il suffit que les espaces prévus à cet effet soient légalement disponibles, pour que, en accord avec les pouvoirs en place,   des dispositions d'investissement soient mises en branle.

En attendant l'atmosphère de paix tant souhaitée au pays, nous gardons contact avec ces investisseurs éventuels, pour enfin nous engager dans l'entreprise de désenclavement de la Grand'Anse.
 
Mérès Weche
Membre de la SAEED

wechemeres@yahoo.com