Discours d'Etzer Vilaire à la mémoire des héros de l'Indépendance, de Charlemagne Péralte... 

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Thursday, November 18, 2021

Haïti au bord de l’implosion

Une illustration exemplaire de la vie de nos congénères haïtiens


Par Max Dorismond

À lire les nouvelles, nous demeurons avec l’impression que c’est une île où traînent les morts-vivants de la célèbre «marche des zombis» dans «Thriller» de Michaël Jackson. C’est un coin de terre où chacun dicte sa propre loi, sa propre Constitution. 

Les gangs sont les maîtres du jeu. BBQ, le roi des rois, peut fermer et ouvrir la capitale à sa guise, concrétisant ainsi la prophétie de l’historien Michel Soukar : «Un jour viendra, ce sont les gangs qui nous diront quand sortir et quand rentrer chez nous». Et nous y voilà!

Les nantis ou les quelques barons de la classe moyenne ont déjà pris leurs jambes à leur cou vers des cieux plus cléments. Les rues sont quasi désertes. Ceux qui restent et ne peuvent s’enfuir, ce sont les plus mal pris et les quidams à dossiers criminels, exclus de la scène internationale. 

Ces pauvres hères constituent des loques humaines croisées sur les routes, comme s’ils évoluaient sur une autre planète. Advienne que pourra! Kidnappings, assassinats, viols, covid-19, balles perdues, être au mauvais endroit au mauvais moment : c’est la nouvelle loterie de l’heure, pour laquelle il faut être béni des dieux pour ne pas gagner son lot de tourments. 

Michael Jackson - Thriller

Les gens vivent, la rage au cœur. Tout va de travers, et personne ne connaît son ennemi : le gouvernement, c’est trop vague; le Premier ministre, il plane au-dessus de la mêlée. L’opposition, qui avait diabolisé le p’tit gars du Trou-du-Nord, en jurant de le gifler en pleine rue, cette opposition qui rêvait du «p’tit transit», selon feu Jovenel, on ne l’entend plus, on ne la voit plus depuis l’assassinat crapuleux de la cible rouge. Les gangs de la rue, ils sont trop forts et trop bien équipés. Comme des zombis, le peuple ne vit plus, il survit, prie et espère! 

Ainsi, il suit son instinct et évolue au rythme des esclandres. À Milot, dans le Nord, l’hôpital a été attaqué après qu’un citoyen blessé, réfugié dans la place, eût été achevé par des hommes en armes. Dans la panique, tout le personnel a pris la fuite, suivi des malades à qui il restait encore un peu de force. Une partie de l’institution a été incendiée. 

À Jacmel, l’hôpital Saint-Michel fut saccagé après le décès d’un patient dont la famille a crié à la négligence. Le personnel médical a pris la poudre d’escampette. Dans le «sauve-ta-poule» ou dans la cohue, une autre dame, en attente de soins aigus, après avoir accouché d’un enfant mort-né, décéda à son tour. Ses parents et alliés, ont appliqué la même méthode à ce qui restait de cette institution à la suite d’une crise de rage et de vengeance collective. 

Dans certaines églises, les pasteurs, pour ne pas perdre la dîme, invitent les fidèles inquiets à se présenter, armés de machettes, parce que, disent-ils, la Bible n’a pas de balle. En cette période survoltée, les pasteurs gourmands se sont vus dans l’obligation de dire les vraies affaires : La Bible c’est du papier. Elle n’est pas un bouclier pour un kalachnikov. Elle ne protège d’aucune façon, contrairement à ce qu’ils avaient toujours enseigné à leurs ouailles aux fins de les endormir. 

Cette Bible, dénommée «laBiblaye ou la Négraille», selon certaines critiques qui prétendent qu’elle a été retouchée spécialement pour les négros après l’indépendance d’Haïti, pour calmer les ardeurs des esclaves des colonies environnantes, avec l’ajout de certains chapitres ciblés, a toujours été un instrument de manipulation écrit sur mesure, tels qu’en font foi les passages suivants : 

Mathieu 5:44 — «Mais moi je vous dis : Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent. Faîtes du bien à ceux qui vous haïssent et priez pour ceux qui vous maltraitent et vous persécutent…» 

Éphésiens 6:5-9 – « 5Esclaves, Obéissez à vos maîtres terrestres avec crainte et profond respect, avec sincérité de cœur comme à Christ… 7Servez-les avec bonne volonté, comme si vous serviez le Seigneur et non des hommes… 8sachant que chacun, esclave ou homme libre, recevra du Seigneur le bien qu’il aura lui-même fait… ». 

1 Pierre 2:18 — «Les esclaves et leurs maîtres : 18Serviteurs, soumettez-vous à votre maître avec toute la crainte qui lui est due, non seulement s’il est bon et bienveillant, mais aussi s’il est dur. 19 En effet, c’est un privilège que de supporter des souffrances imméritées, par motif de conscience envers Dieu…». 

Galates 6:6 – «6Que celui à qui on enseigne la parole fasse part de tous ses biens à celui qui l’enseigne». 

Après la lecture de ces versets, vous devinez l’engouement, le plaisir de certains étrangers à faire fortune et bombance chez nous sans crainte d’être lynchés, vous connaissez la raison de cette pauvreté endémique et pourquoi l’injustice règne dans l’absolu. 

C’est un peuple de moutons, mené par des «bergers subventionnés» qui assurent la sainte paix. C’est un groupe qui implore son dieu, matin, midi et soir, du lundi au dimanche, en rêvant du pain béni. Il se trouve aujourd’hui devant la criante réalité en découvrant que la Bible n’était jamais un protecteur, un bouclier contre les 400 Marozo ou Lanmô 100 jou, BBQ et compagnie. Ce n’était simplement qu’un leurre pour berner les idiots et les empêcher de se révolter. 

L’urgence a écarquillé bien des yeux. Le peuple vit la rage au cœur et se perd sans boussole dans l’identification de ses ennemis. Il les voit partout aux alentours. À ses yeux ne pétille que le reflet des pilleurs professionnels, surtout les politiciens, les nantis, les prédateurs, les privilégiés dont les appétits croissent avec arrogance. C’est maintenant qu’il vient de découvrir qu’il a trop prié depuis plus de 200 ans pour tous ceux qui lui avaient fait du tort. (voir Mathieu 5:44) ci-dessus. 

Le défoulement collectif devient un choix de vie, un besoin de vengeance, en substituant l’intuition et l’émotion au processus analytique. Il veut tout détruire; les stations d’essence sautent, des hôpitaux sont incendiés; l’embrasement se généralise. Cela apaise certains détraqués et enrage les victimes et le gros de la population : un asile de fous! 

En somnambules, sans aucun état d’âme, ces laissés pour compte se cherchent un éventuel ennemi, un coupable à flamber. N’importe quoi peut arriver. Le pays est à la dérive. L’International est fatigué et s’enferme dans un silence coupable, dénotant son incompétence en matière d’assistance à pays en danger, tout en se disant, comme certains le pensent en théorisant sur Haïti : «Il n’y a rien à faire pour cette nation, sinon la laisser fondre comme neige au soleil».

Max Dorismond

 




Sunday, September 26, 2021

Les Gangs armés invités à s’accaparer du Palais National…

Une île qui a perdu sa boussole et ne sait plus où jeter l'ancre
 

Par Max Dorismond

Voilà, le mal est fait! La finalité que tous appréhendaient vient d’être concrétisée sur les ondes de l’émission « Matin Débat », en ce vendredi 24 septembre 2021, par un animateur du nom d’Esaüe César (voir la vidéo). De crise en crise, les Haïtiens en avaient marre de patauger dans les méandres de la délinquance, de la déliquescence, de la misère inhumaine d’une nation ravagée par la violence et sa sœur jumelle, la peur, d’une île qui a perdu sa boussole, sans savoir exactement où jeter l’ancre. 

Tous les adjectifs sont utilisés pour accuser les dirigeants et les aspirants dirigeants qui caressent tous un rêve commun : piller la caisse du pays. L’animateur les épingle comme des « Gangs à cravate », « Gangs de la presse », « Gangs à paletot » ou « Bandits à costume » qui ne sont que des voleurs, nullement différents des Gangs armés de la rue qui déstabilisent la nation. 

Sans ambages, et sans nuances, dans une crise délirante, telle une plainte de fin du monde, sur un ton éruptif, M. César, jouant au prophète de l’apocalypse, s’est affranchi des interdictions morales et contextuelles, pour inviter les Izzo, les Tilapli, les BBQ, les Crisla et Cie, à cesser les palabres et à s’emparer, une fois pour toutes, du Palais national, car la similitude entre eux et ceux qui détiennent la bride ne souffre d’aucune nuance. 

Son exaspération a trouvé tout d’abord sa source et son inspiration dans la déchéance et le discrédit des institutions du pays. En tête de liste, une cinquantaine de gangs des bas-fonds de Port-au-Prince, lourdement armés, venus des périphéries de la capitale, s’occupaient de la circulation sur la Grand’rue, ce vendredi 24 septembre. Ils invitaient les voitures à pénétrer dans les zones de non-droit, à Martissant, tandis qu’à 20 mètres, des policiers également armés, à bord de deux blindés, assistaient à la scène dans une totale indifférence.

Une autre source d’agacement est l’humiliation de nos congénères, parqués à la frontière du Rio Grande (Mexique/USA), qui font la une de tous les médias du monde sans ébranler nos dirigeants. La vie est devenue intenable en Haïti, malgré la résilience proverbiale de ce peuple. Les politiciens de tout poil et de tous horizons, hyper riches, et en transit au pays, arborant un air d’autosatisfaction dans leurs VUS blindées, ont poussé l’animateur à sortir de son cadre objectif pour lancer cette surprenante invitation et offrir un micro à ces Robins des bois nationaux. C’est un choix discutable tant par sa singularité que par sa frivolité. Mais, il fallait s’y attendre! 

À bien réfléchir, entre les « Gangs à paletot » du pouvoir et les Gangs de la rue, sans tordre la perception de la réalité, y’a-t-il une différence ? De prime abord, on serait tenté de comprendre le ras-le-bol de l’animateur Esaüe César. Privé de tout, évoluant dans la déchéance suprême, happé par la spirale de la faim, le pauvre de la rue est un oublié, un laissé pour compte, qui n’a d’autres recours que la délinquance ou emprunter la route de l’exil vers l’Amérique du sud pour entreprendre un pèlerinage hasardeux, à travers la jungle de la cordillère des Andes, au risque de se faire dévorer par les crocodiles, dans l’espoir d’arriver, après mille tourments, dans ses dernières illusions, à la frontière des USA, pour se faire attraper au lasso par les cow-boys du Far-west de l’armée américaine. 

De l’autre côté, un autre groupe, à moitié analphabète, occupant soit le pouvoir, soit les couloirs de l’opposition, mène le pays à sa ruine, car il ne cherche autre chose que l’arche d’argent qui doit lui garantir le bien-être d’un exil doré en pays étranger. Ce comportement de bandits légaux, de pilleurs de nation, de contrebandiers, a contribué à l’assassinat crapuleux du président Jovenel Moïse, un autre bouffon, un autre bon à rien qui ne méritait point cependant une telle fin. 

L'invitation de "Matin Débat" aux chefs de gangs

Donc, les « Gangs à costume » à la recherche des espèces sonnantes et trébuchantes n’hésitent pas à tuer, sans rien gérer. Les Gangs de la rue kidnappent, assassinent, handicapent le pays pour exorciser leur vie de chien. On se trouve en face d’un dilemme criant, faute d’un choix exhaustif. Tout le monde appréhendait cet appel du pied. Il est arrivé clairement sur les ondes d’un marchand d’opinions, sans surprise, car le pays en a vraiment ras-le-bol. 

Si un Crisla, un Barbecue ou un Lanmô san jou devient président, comment serait notre futur? C’est la question à un million de dollars pour laquelle on cherche encore une réponse. Attendons demain : « La guê avêti pa tiyé kokobe »! Le mot d’ordre est lancé sur les ondes de « Matin Débat » par le chef de gangs Crisla, par ses mots chargés de troublantes espérances : « Si nèg geto met têt ansanm nap fè mèvèy ». En fait, ils se voient déjà au pouvoir! 

Espérons que ces « bruits de sapate » resteront sans effets et que la frange saine de la société saura accoucher d’une solution éclairée pour nous tirer de l’horreur de la nuit, pour le bien-être de la majorité, à ce carrefour dangereux de la vie nationale! 

Max Dorismond