Discours d'Etzer Vilaire à la mémoire des héros de l'Indépendance, de Charlemagne Péralte... 

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Wednesday, August 14, 2024

Le week-end de la Saint-Louis 2024 à Ottawa


Un groupe d’amis provenant principalement du collectif constitué en 2013 pour le renforcement des capacités de l’Hôpital et Saint-Antoine de Jérémie, puis pour l’aide d’urgence aux sinistrés de l’ouragan Mathiew, s’est mobilisé ces derniers temps pour entretenir la flamme de la Grand’Anse dans les cœurs des expatriés de cette région.  Il a dans cet esprit décidé de commencer dès cette année à réunir, ici à Ottawa, le plus grand nombre possible de Grand’Anselaises et de Grand’Anselais pour célébrer la Saint-Louis.

Connaissant l’engouement de cette tranche de notre diaspora pour la commémoration de cette fête patronale, le Comité a pris l’initiative de monter un programme varié d’activités pour ce week-end et de prendre sans tarder les dispositions appropriées. Si l’objectif premier est d’attirer à Ottawa cette année les expatriés désireux de revivre les joies de leur jeunesse à La Pointe, à Versailles, à Ma folie, etc., nous voulons à plus long terme commencer immédiatement une tradition de festivités pour le dernier week-end du mois d’août.

Étant donné que la Saint-Louis tombe cette année durant la fin de semaine nous avons étalé le programme d’activités sur trois jours. Le vendredi soir, il y aura une première rencontre informelle au restaurant du Multicultural Country Club de Vanier où l’ambiance sera à la fête. Le plat de résistance du programme du week-end sera le Grand Bal de la Saint-Louis est prévu pour le samedi 24 et commencera à 9 heures du soir. Le curé grand’anselais de la paroisse haïtienne de l’église du Sacré-Cœur nous a déjà promis de consacrer la messe du jour à la Saint-Louis. Donc, un programme bien rempli qui comportera les trois types d’activités qui portent les Jérémiens qui ont quitté la ville à y retourne chaque année à cette date : les retrouvailles toujours chaleureuses de l’avant-veille, la grande soirée dansante traditionnelle de la veille, la cérémonie religieuse du jour de la fête, habituellement suivie chez nous d’une majestueuse procession.

Dans le cadre de sa mission d’aumônier de la Communauté catholique haïtienne de l’Outaouais (CCHO), rattachée à la paroisse Sacré-Cœur d’Ottawa, le révérend Lin Éveillard  a spontanément inscrit au calendrier des activités  de la CCHA une messe solennelle qui sera consacrée à Saint Louis Roi de France le dimanche 25 août à partir de 12 h 30. Ce sera l’occasion pour les visiteurs venus de partout de clore dans la prière et la piété la traditionnelle saison de notre fête patronale.

Nous tenons à préciser que la soirée du samedi 24 sera animée par le jeune groupe ODAS PLUS, qui est en train de préparer un répertoire de chansons qui feront le bonheur des nostalgiques des divers groupes d’âge de notre diaspora. En outre, la grande vedette jérémienne Steve Brunache, l’ancien fondateur du groupe à succès Tonm-Tonm, sera de la programmation. Il nous a promis d’électriser carrément l’assistance avec ses nouvelles sonorités, son répertoire captivant et son inspiration toute grand’anselaise.

Le droit d’entrée au Grand Bal du 24 août est de 50 dollars à l’avance et à 60 dollars à la porte. L’entrée au restaurant est gratuite le vendredi soir, mais il y aura un léger cover charge pour les musiciens.

Les billets sont en vente dans les principales entreprises commerciales haïtiennes d’Ottawa et au Multicultural Community Club du 303 Kendall Ave, de Vanier, où se déroulera la soirée du 23 août. Pour toute information supplémentaire, composer un des numéros suivants : le : 613 291 1820; 613 720 1242;  343 201 1090; 613 862 7292

 

Pour le Comité :

Michel Paisible                       Yves Ali Michel    Georges Séraphin Eddy Cavé                                                                                                                              

Sunday, November 29, 2020

Les Funérailles de Joseph Bontemps fils à Ottawa

Ottawa, le samedi 28 novembre 2020

Par Eddy Cavé eddycave@gmail.com

Joseph Bontemps fils

Diffusées en direct pour les amis et admirateurs du monde entier grâce à la magie de YOUTUBE, les funérailles de Joe ont été un événement à la hauteur du disparu. Un événement reflétant les aspects les plus diversifiés de sa personnalité : son amour pour la danse et la musique, sa vision de créateur et d’homme d’affaires et de fils chéri de sa ville. En outre, la formule novatrice de funérailles télédiffusées par YOUTUBE et archivées dans le même site est en tout point conforme au tempérament de cet homme qui a toujours été ouvert aux avancées de la technologie. 

À l’entrée du salon funéraire Héritage, dans la banlieue Est d’Ottawa, les téléspectateurs  sont accueillis par l’image de la salle où est exposée l’urne contenant les cendres. Le fond musical est un konpa léger et très moderne interprété par nul autre que Joe lui-même, accompagné des deux talentueux guitaristes jérémiens Mario et Parnell. Un vrai régal pour l’oreille, pendant que le cœur saigne à grosses gouttes ! On reconnaît tout de suite la voix un peu rauque de Joe, sa bonne humeur communicative, une certaine tristesse dans le message. Sans parler des talents de l’interprète-compositeur versatile qui a su s’adapter, tout en faisant un tri rigoureux, aux divers courants qui ont traversé notre musique de danse au cours des 60 dernières années : le compas direct de Nemours Jean-Baptiste, le style Twoubadou  Anbatonèl, celui des sérénades sous les balcons et sous les fenêtres, le konpa manba et le récit en chanson mis à la mode par Coupe Cloué, que sais-je encore! 

Il revint ensuite au révérend père Éveillard, le très attachant aumônier de la paroisse haïtienne d’Ottawa, d’accueillir la famille et les fidèles et de chanter les funérailles. La chorale se surpassa dans l’interprétation des cantiques choisis, déversant un baume bénéfique au cœur des fidèles présents et aux oreilles des nombreux téléspectateurs. 

L’oraison funèbre de son fils Max-Harry a été sans aucun doute le moment fort de cette célébration : un vrai modèle du genre. Rédigé de main de maître et débité avec une sérénité surprenante de la part d’un fils du défunt, cet adieu à Joe est d’un calibre qui rappelle, toutes proportions gardées,  les grands moments de l’éloquence de la chaire, en particulier les homélies du grand Bossuet. Son évocation de la relation avec son père, la sincérité du propos, l’allégorie de la rivière et l’affection qu’il exprime en disant adieu à son père sont de nature à inspirer toutes et tous ceux dont les parents d’un âge avancé sont appelés à quitter la scène dans un avenir prévisible. 

Ses petites-filles Karina et Carissa Chancy, avec deux de leurs amies, lui ont rendu à leur façon un vibrant hommage en interprétant avec brio «  Alléluia ». Elles étaient accompagnées au piano par leur père Jean Fritz Chancy, le beau-fils que Joe aimait comme un fils et qui le visitait chaque année à Jérémie. Je suis sûr que, de son lieu de vérité comme on dit chez nous, Joe a bien souri en entendant le son de leurs voix. 

Le service s’est poursuivi ensuite avec les diverses étapes de l’office des morts. L’époque où Joe, sa sœur Anne-Marie, ses frères Aramys et Simphar grandissaient à Jérémie était celle du chant grégorien, aujourd’hui disparu, mais qui a encore des inconditionnels dans notre génération. Dans la nostalgie qu’ont déclenchée chez moi la disparition soudaine de Joe et ses funérailles, je ne puis m’empêcher de penser aux funérailles chantées en latin par la chorale des années 1950 à l’église Saint Louis de Jérémie. La réforme était nécessaire et elle a été bénéfique, mais cela n’empêche que la forte odeur de l’encens qui se répandait dans l’église pendant le Dies Irae  et le Libera Me continuent d’assiéger la mémoire de ceux et celles dont parlait Max-Harry en évoquant la chanson d’Aznavour Je vous parle d’un temps. 

Les vieux amis de Joe qui faisaient partie de la chorale des années 1950 l’ont précédé dans la marche vers l’Éternité, et je me plais à imaginer qu’ils étaient à l’entrée du ciel pour l’accueillir au son du luth et des trompettes. Louis Moreau, Léonce Viel, Joe René, Jean Joseph, Yves Lombard devaient être du nombre. 

J’invite toutes celles et tous ceux qui regrettent de n’avoir pas pu suivre les funérailles en direct de le faire en cliquant sur Joseph Bontemps Ceremony 

Haïti Connexion Network et moi renouvelons  nos condoléances les plus sincères à tous les membres et proches de la famille que cette disparition a plongés dans le deuil. Nous avons une pensée spéciale pour Simphar et Anne-Marie, qui n’ont pas pu venir d’Haïti et du Mexique, ainsi que pour Nitou et Frito avec qui il a passé les derniers jours de sa vie. Le couple  s’apprêtait à le combler d’attentions comme il le fait chaque année, mais le destin en a décidé autrement. Que la volonté du Seigneur soit faite et non la nôtre!

Eddy Cavé



Thursday, July 13, 2017

TEMOIGNAGE SUR LA VIE ET L’OEUVRE DE CLAUDE PIERRE

Claude Pierre, photo © Thor Burnham Port-au-Prince, mai 2002
Prononcé par Eddy Cavé
À la soirée culturelle d’adieu
Organisée par la famille Pierre
À Ottawa le vendredi 7 juillet 2017
Chers amis,
« On ne meurt bien qu’au village! ».
Le mot est de François Saint-Surin Manigat, l’ancien général de division et ministre de l’Intérieur du président Salomon alors accrédité à Paris comme ambassadeur et ministre plénipotentiaire d’Haïti. Le diplomate suivait ce jour-là le maigre cortège funèbre d’un compatriote décédé à Paris dans l’indifférence générale et il ne cessa de penser aux veillées mortuaires, diplomate s’était écrié dans un élan  de nostalgie mêlée aux funérailles et aux oraisons funéraires des pures traditions haïtiennes. Imaginant  l’événement qu’auraient été ces funérailles au pays, le diplomate s'était écrié dans un élan d’indignation :  

« On ne meurt bien qu’au village! »
Les choses ont bien changé depuis et il appartiendra à l’ambassadeur d’Haïti au Canada, M. Frantz Liautaud, ici présent avec son épouse, Mme Florence Saint-Lèger, de consigner pour la postérité le caractère grandiose des adieux à Claude C. Pierre. De consigner aussi l’atmosphère proche de la dévotion dans laquelle une salle bondée de parents, d’amis, d’anciens collègues, de camarades de promotion aura participé à cette soirée culturelle d’adieu.
Depuis que les terres d’accueil sont devenues des patries d’adoption  pour les compatriotes  fuyant les réflexes dictatoriaux de nos  dirigeants, les diasporas haïtiennes ont développé des traditions qui recréent le village et consolident les familles. De nos jours, l’Haïtien meurt bien partout où le destin l’amène, tant dans les grandes villes du Canada, de France ou des États-Unis que sur la terre natale. Comme les funérailles, les mariages, les baptêmes, les premières communions sont devenus partout où l’Haïtien met les pieds l’occasion de retrouvailles agréables ou émouvantes
selon le cas, mais toujours chaleureuses.

Vue partielle de la salle lors du témoignage d'Eddy
Eddy Simon, le cousin de Claude, me faisait remarquer ce matin que, dans le cas de Claude,  le village en entier s’était reconstitué dans la région d’Ottawa-Gatineau pour l’assister  et l’accompagner à sa dernière demeure. Si l’on tient compte de la grande famille créée avec les  Préval du Cap-Haitien, les Malval de Port-au-Prince, les Coulibali du Mali,  la famille d’Annick Miette, l’épouse de Ti-Claude, c’est un village planétaire qui encadre ce soir les ombres de l’ami disparu. Sans parler des nombreux amis accourus de partout dès qu’on a su que la médecine avait baissé les bras devant la gravité et la très faible fréquence du cas : May et Eddy Simon,  Laënec Hurbon sont alors précipitamment entrés d’Haïti; ainsi que Boulou Malebranche; Elizabeth et Lochard Noël, de la Floride; Bergman Fleury , Marie-Denise et Carl Brierre, de Montréal, ouvrant un interminable défilé d’amis et de parents qui se poursuit encore.
Devant la violence du choc qui a emporté Claude en quelques mois, il m’est extrêmement difficile  de déplorer  sa disparition soudaine sans essayer au moins de rappeler quelques-uns des  épisodes des dernières années que j’ai vécus à ses côtés.
J’étais en vacances  chez Claude et Jocelyne à Belle-Ville en février 2012 et nous faisons  tous les matins  une heure de marche en compagnie de deux amis de vieille date :  Gisèle Chassagne Théard et Laënec Hurbon. Un matin, Claude fut pris d’un soudain malaise qui nous obligea à rentrer à la maison. On pensa dans un premier temps qu’il s’agissait d’un problème cardiaque, ce  qui n’a jamais pu être confirmé. Puis ce furent des douleurs au dos de plus en plus tenaces et inquiétantes.  Ce seront ensuite des problèmes d’insomnie, des douleurs persistantes à la colonne vertébrale, le manque d’appétit, le vertige, des pertes de mémoire et ce dernier voyage à Ottawa.
Y a-t-il un lien entre ces divers problèmes et celui qui l’a finalement emporté ce samedi 24 juin écoulé. On ne tardera pas à le savoir. Mais quel que soit le diagnostic final, le plus sage pour les chrétiens que nous sommes sera de se conformer à la volonté divine et de dire : Merci Seigneur. Que ta volonté soit faite et non la mienne.
J’aimerais utiliser les quelques minutes qui me restent pour remercier publiquement Claude pour le soutien enthousiaste et désintéressé qu’il m’a accordé de mon entrée dans le monde des lettres jusqu’à son retrait définitif de la scène littéraire.
Pour finir, je vais vous lire un passage tiré de l’article  que j’ai publié ce matin sur le site internet d’Haiti Connexion Culture  sous le titre : « Les poètes: Claude C. Pierre et Serge Legagneur réunis pour de bon dans l'éternité ».  Je cite :
« En soulignant  la générosité de Claude, Lyonel Trouillot a évoqué un trait de caractère qui collait comme un gant à la peau de Serge Legagneur. Les deux ont œuvré avec un rare désintéressement pour l’épanouissement des jeunes talents et  pour l’excellence dans les lettres haïtiennes.
Pour avoir été un des grands bénéficiaires de l’expérience et du savoir-faire de l’un et de l’autre depuis mon entrée tardive dans le monde du livre, je suis bien placé pour attester de la générosité et de la grandeur d’âme de ces deux amis. Et ce n’est certainement pas un effet du hasard si leurs noms figurent,  l’un à côté de l’autre, dans les pages de remerciements de tous les livres que j’ai écrits.

Méthodique, méticuleux, pointilleux et doté d'un extraordinaire sens du détail, Claude a passé au peigne fin chacun des livres que j'ai publiés et il a préfacé le tome 1 de De mémoire de Jérémien. Nous nous complétions, lui et moi, et notre complicité dans l'écriture était parfaite par la finesse de son jugement, sa maîtrise des techniques d'écriture, sa probité intellectuelle et sa grandeur d'âme, il a grandement contribué à la réussite de mes projets d'écriture. Claude n'était pas seulement un poète. Il était aussi un communicateur, un technicien de la prose et par-dessus tout un adepte de mon dada, le langage claire et simple, Je lui dois une fière chandelle.
De portée plus générale, l’encadrement de Serge Legagneur m’a été tout aussi précieux. Poète jusqu’au bout des ongles, cérébral quand il devait l’être, Serge m’a assisté dans tous les aspects de mon travail d’écriture. Il a été à mes côtés  dans les moments d’euphori comme dans les nuits de détresse; quand j’étais emballé par mes souvenirs et mes anecdotes sur les notables de Jérémie ou quand l’ordinateur plantait au beau milieu d’une étape critique de travaux urgents. Serge connaissait à fond le monde canadien de l’édition, maîtrisait comme pas un la technologie moderne de l’information et il n’a jamais marchandé ses conseils. À lui aussi, je dois une fière chandelle. » Fin de la citation.
Maintenant que mon académicien et mes deux  poètes ont disparu du décor, les divers personnages qui m’habitent se trouvent soudain démunis et désorientés :  le voyageur a perdu un port d’accueil, le marin a perdu  sa boussole ; l’écrivain a perdu deux grammairiens et deux sources d’inspiration. Par-dessus-tout l’ami a perdu deux des compagnies les plus stimulantes, les plus rafraîchissantes  et les  plus enrichissantes qu’il ait jamais eues.
Que leurs âmes reposent en paix!

Par Eddy Cavé