Discours d'Etzer Vilaire à la mémoire des héros de l'Indépendance, de Charlemagne Péralte... 

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Saturday, February 13, 2021

Michelot Oxil met l’OEA et l’Ambassade américaine sur le banc des accusés

Organisation  des États Américains et Ambassade américaine à Port-au-Prince, n’êtes vous pas des criminels? 

Jeudi 11 février 2021 

Mes jours sont peut-être comptés, mais je prends le risque de me battre avec ma plume. Je ne sais pas combien de jours il me reste à vivre. Je ne sais pas non plus comment demain sera fait. Tuez-moi si vous voulez. Pourchassez-moi là où je suis. Je m’en fiche. Vous n’aurez pas mon silence. 

Je sais que je prends le risque de me faire assassiner ou de me porter un jour disparu par la mafia internationale. Sachez que je ne commets aucun crime. Je veux tout simplement dire la vérité. Je parle au nom des déshérités, des exploités et des sans-voix.

Chaque année, le service de l’immigration américaine rapatrie des centaines d’haïtiens à Port-au-Prince. Les garde-côtes interceptent des milliers de boat-people et des centaines de naufragés. Haïti est depuis 1986 la poubelle de l’Amérique. Elle est sous vos yeux, malgré la richesse inestimable de son sous-sol, le pays le plus pauvre de l’hémisphère occidentale. 

Pourtant, c’est vous qui faites et défaites au sein des gouvernements contre une population appauvrie. Comment vous sentez-vous en voyant tous ces bidonvilles puants et infrahumains?

Avez-vous la conscience tranquille en rapatriant des enfants de deux mois, nés sur votre territoire, qui vont se faire tuer sur des balles des gangs fédérés d’un pouvoir que vous soutenez?

Avez-vous l’esprit tranquille en voyant presque six millions d’haïtiens ( des femmes et des enfants en grande majorité) qui risquent la famine alors que des dirigeants que vous nous avez imposés de force pillent les caisses du pays pour acheter des villas chez vous et ouvrir de grandes entreprises?

Avez-vous le coeur léger en regardant, comme tout le monde, des membres de la société civile qui tombent chaque jour sous les balles dans la capitale haïtienne? Avez-vous, ne serait-ce,  l’empathie pour des malheureux qui se font enlever contre rançon qu’ils n’ont jamais possédée?

Je sais que les diplomates défendent les intérêts de leur pays. Si les lamentations que je viens de citer représentent entre autres « l’intérêt des États-Unis », je m’en excuse. Tout Haïti déclare que vous êtes des criminels. 

Si tel n’est pas le cas, pourquoi la souffrance de tous ces humains n’interpelle pas votre humanité? Ceux que vous interceptez ou ramassez morts dans la mer, que vous rapatriez, que vous voyez croupir dans les bidonvilles, mourir sous les balles des alliés du pouvoir que vous chouchoutez ou qui se trouvent en insécurité alimentaire, ne sont-ils pas des hommes et des femmes comme vous? Ils sont tout simplement différents, mais ils sont des « autres » enfants, femmes, hommes comme vous. 

Comment réclameriez-vous être garants et promoteurs de la démocratie alors que vous encouragez la dictature en Haïti ? Comment prétendriez-vous combattre la pauvreté alors que vous la générez chez nous en acceptant que nos gouvernants corrompus viennent bâtir des paradis chez vous avec l’argent de nos taxes? Comment combattriez-vous la corruption chez vous alors que vous acceptez des investissements de nos dirigeants et de leurs proches sans même leur demander la provenance des sommes stratosphériques?

J’aurais pu profiter pour vous demander où sont passés les onze milliards du CIRH. Auriez-vous l’honnêteté de nous dire la vérité et de nous les restituer ? Le grand qui arrache l’unique morceau de pain dans la bouche de l’affamé, est criminel. Le grand qui écrase le petit est encore plus que criminel.

Mon corps aux chiens affamés Mes écrits aux déshéritésMon esprit aux dieux crucifiésMa conscience à la postérité.

Michélot OXIL
Exilé et affamé de l’Amérique

Wednesday, March 29, 2017

Haïti apporte son soutien inconditionnel au peuple vénézuélien

l'Organisation des Etats américains  en Assemblée à Washington DC
Petite victoire pour le Venezuela qui a pu éviter les sanctions de l’Organisation des Etats américains au terme d’une rencontre tendue entre les membres du Conseil permanent de l’organisation régionale mardi. Haïti a apporté son soutien inconditionnel au peuple vénézuélien, dénonçant le rapport du secrétaire général de l’OEA qui appelle à la suspension de la République bolivarienne de l’organisation, et à des élections anticipées au Venezuela.

28 mars 2017, le régime vénézuélien face à un tournant historique sur la scène internationale. Le Conseil permanent de l’OEA s’apprête à voter une déclaration appelant à la suspension du pays de Hugo Chavez de l’organisation hémisphérique. Le texte supporté par les grands voisins du Nord et le Mexique peine à rallier le plus grand nombre dans les couloirs de la maison des Amériques. La réunion extraordinaire prévue initialement 2 heures est retardée de 60 minutes. Un groupe conséquent de pays, dont les membres de la Caricom, refuse d’accepter la déclaration appelant notamment à des élections anticipées et au départ de fait du président Nicolas Maduro.

« Oui, il y a beaucoup de pressions », a avoué au Nouvelliste un membre de la délégation haïtienne à quelques heures de la tenue de la rencontre historique. Des instigateurs du coup ont tout fait pour obtenir le support d’Haïti, l’un des leaders du groupe des pays de la Caricom. « Haïti est un pays dont la diplomatie est centenaire avec des orientations de politique extérieure claires », a rassuré l’ambassadeur Jean Victor Harvel Jean-Baptiste, chef de la délégation haïtienne. Après plus de six heures de tractations, de négociations et de pressions, les membres du Conseil permanent regagnent la salle Simon Bolivar. Ironie du sort, c’est dans la mythique salle portant le nom du libérateur vénézuélien que la grande famille des Amériques va statuer sur le sort de la République bolivarienne.

Le représentant du Venezuela remet en question d’entrée de jeu la légitimité de la rencontre. « Je ne comprends pas comment on peut se réunir ici pour statuer sur mon pays sans avoir notre consentement », martèle l’ambassadeur Moncada évoquant l’article 1 de la charte de l’organisation. Le Venezuela reçoit le soutien de la Bolivie et du Nicaragua qui dénoncent l’utilisation de l’organisation régionale comme outil de déstabilisation. Le secrétaire général Luis Almagro, qui a polémiqué publiquement avec le président vénézuélien, est considéré comme le chef de la conspiration. C’est le secrétaire général qui, dans un rapport, a réclamé en premier des sanctions contre le pays sud-américain. Après près d’une heure de discussion, le Conseil permanent vote en faveur de la poursuite de la rencontre avec 20 oui, 11 non et 2 abstention.

Edifice de l'OEA   à  Washington DC
Les Etats-Unis, le Mexique, le Canada se chargent de décrire pour le Conseil permanent le sombre tableau de la réalité vénézuélienne. Les représentants des USA parlent de la République vénézuélienne comme un pays s’éloignant des idéaux démocratiques que défend l’Organisation des Etats américains. Même son de cloche du côté du Canada. En effet, la République bolivarienne connaît depuis le décès de Hugo Chavez une grave crise socio-économique doublée d’une crise politique découlant de la lutte entre la droite vénézuélienne et la gauche au pouvoir depuis plus d’une décennie. Le Venezuela, sur la sellette,a pu compter sur les soutiens de plusieurs pays, dont Haïti.

Haïti donne son support inconditionnel au Venezuela

« Face à de tels agissements du secrétaire général, la situation est plus que grave pour notre organisation, a déclaré l’ambassadeur haïtien, dénonçant le rapport du secrétaire général Luis Almagro. « Avec de telles recommandations, le Secrétaire général n’a pas seulement outrepassé ses prérogatives, il a aussi voué un mépris inadmissible aux principes fondamentaux consacrés dans la charte de l’organisation », selon la déclaration de la délégation haïtienne.

« Si nous laissons le secrétaire général, comme il le fait, s’immiscer sans réserve dans les affaires internes d’un pays et au détriment du principe du respect de la souveraineté des Etats, bientôt Haïti et d’autres pays de la région seront eux aussi victimes de cette même dérive de l’organisation », a poursuivi l’ambassadeur Jean-Baptiste, remonté contre l’attitude de son secrétaire général.

« Les sanctions ne sont pas la solution. Si nous autorisons la menace de ce coup d’Etat maquillé contre le gouvernement élu du Venezuela, nous ne pourrons pas empêcher qu’on en fasse de même, à l’avenir, contre d’autres pays des Amériques », fulmine l’ambassadeur Jean-Baptiste.

La rencontre prend fin et les opposants du Venezuela n’ont pas pu obtenir les sanctions escomptées. Ce n’est que partie remise pour les porteurs du dossier qui espèrent réunir à nouveau le Conseil permanent. Sinon, rendez-vous à la prochaine Assemblée générale de l’OEA en juin prochain au Mexique qui a pris frontalement position contre le régime vénezuelien.

Louis-Joseph Olivier Auteur
Source : Le Nouvelliste

OEA-Venezuela: La position d'Haïti

M. Harvel Jean-Baptiste
Ambassadeur d'Haïti auprès de l'OEA

L’intégralité du texte lu par M. Harvel Jean-Baptiste, ambassadeur d'Haïti auprès de l'OEA lors de la réunion sur le Venezuela

La délégation haïtienne auprès de l’OEA voudrait, d’entrée de jeu, exprimer ses plus vives préoccupations par rapport aux différentes formes de violations des règles les plus élémentaires qui régissent le fonctionnement l’Organisation des Etats Américains. 

Monsieur le Président, 

L’Organisation des Etats Américains dont Haïti est membre fondateur depuis sa création en 1948, reconnaît, avec l’entrée en vigueur de sa charte en 1951, quatre langues officielles de travail dont l’Anglais, l’Espagnol, le Portugais, et le Français, qui est également l’une des langues officielles de la République d’Haïti. 

Nous considérons que c’est un manque de respect vis-à-vis de la République d’Haïti, lorsque le Secrétaire général s’autorise de faire circuler un rapport qui concernerait une situation dans la région, sans se donner la peine de nous en faire avoir copie dans notre langue officielle qui est aussi, je le répète, l’une des quatre langues officielles de l’Organisation. 

Intervention Harvel Jean-Baptiste au Conseil Permandent de l’OEA 
sur la situation au Venezuela

Sur cette base, la République d’Haïti voudrait demander qu’il soit noté dans les procès-verbaux de ce Conseil Permanent, que nous considérons le dit rapport du Secrétaire général Luis Almagro concernant la situation au Venezuela comme une rumeur, car nous n’en avons pas pris connaissance selon les normes tracées par l’Organisation. 

Toutefois, cette rumeur nous préoccupe profondément et à plus d’un titre. Il est bruit que le Secrétaire général Luis Almagro recommande la suspension du Venezuela dans l’Organisation et exige des « élections générales sans délai et à tous les niveaux » dans ce pays. 

Monsieur le Président, 

Face à de tels agissements du Secrétaire général, la situation est plus que grave pour notre Organisation. Avec de telles recommandations, le Secrétaire général n’a pas seulement outrepassé ses prérogatives, il a aussi voué un mépris inadmissible aux principes fondamentaux consacrés dans la Charte de l’Organisation. 

En effet, devons-nous rappeler que selon l’article premier de la Charte de l’OEA, « aucune disposition ne l'autorise à intervenir dans des questions relevant de la juridiction interne des Etats membres. » 

De même, selon l’article 2 et 3 de la charte, l’OEA se donne pour principes d’ « encourager et consolider la démocratie représentative dans le respect du principe de non-intervention ainsi que « le respect, de la souveraineté et de l'indépendance des Etats. » Dans ces conditions, nous sommes absolument consternés devant le fait que le Secrétaire général de l’OEA puisse seulement songer à appeler à « la convocation d’élections générales sans délai et à tous les niveaux », dans un Etat membre de l’Organisation, ayant un président en fonction dont le mandat court jusqu’à 2019 !!! 

Monsieur le Président, 

Le moment est grave. Il dépasse de loin la question du Venezuela. Les agissements du Secrétaire général fragilisent notre Organisation. Ses actes ne nous rassurent pas du tout pour ce qui concerne la paix et la stabilité dans la région. Si nous laissons le Secrétaire général, comme il le fait, s’immiscer sans réserve dans les affaires internes d’un pays et au détriment du principe du respect de la souveraineté des Etats, bientôt Haïti et d’autres pays de la région, seront eux aussi victimes de cette même dérive de l’Organisation. 

Monsieur le Président, 
Mes chers collègues, 

Vous n’êtes pas sans savoir que mon pays, Haïti, est l’un des pays ayant connu une difficile transition vers la démocratie. L’expérience d’Haïti nous enseigne qu’il ne saurait y avoir ni promotion ni protection de la démocratie dans un pays à coups de sanctions. Nous devons donc tirer leçon de l’expérience haïtienne. Seul le dialogue, la recherche du compromis, la médiation non partisane et sans ingérence, peuvent protéger et promouvoir la démocratie dans la région. Nous profitons à cet effet de l’occasion pour remercier le Conseil Permanent de l’OEA, pour le rôle médiateur qu’il joué sans ingérence et sans menaces de sanctions, dans les négociations haïtiano-haïtiennes qui ont abouti au dénouement heureux du processus électoral en Haïti. 

Force est alors de constater que les sanctions ne sont pas la solution. 

De ce fait, il est impératif de défendre l’OEA contre toute instrumentalisation qui peut en être faite au détriment des intérêts d’un Etat membre. Ainsi, notre appui au Venezuela relève-t-elle fondamentalement d’une question de principe. Si nous autorisons la menace de ce coup d’Etat maquillé contre le Gouvernement élu du Venezuela, nous ne pourrons pas empêcher qu’on en fasse de même, à l’avenir, contre d’autres pays des Amériques. 

Dans cette perspective, ce qui se passe à l’OEA en cet instant même, augure des jours sombres pour l’Organisation hémisphérique et pour notre région. L’Organisation des Etats Américains n’a jamais été aussi divisée. La convocation d’une réunion du Conseil Permanent pour débattre de la situation d’un Etat-membre, sous la menace de suspension de cet Etat, et en cherchant à pousser vers des élections anticipées contre un Président élu, tout cela nous fait craindre la mise en œuvre d’un agenda qui ne correspond ni à l’esprit ni à la lettre de la Charte de notre Organisation. 

Face à cet agenda qui ne peut que fragiliser l’Organisation, la délégation haïtienne voudrait soutenir que la meilleure solution reste et demeure la voie du dialogue. Nous supportons le dialogue et la négociation entre les acteurs vénézuéliens eux-mêmes afin de trouver une issue à la situation politique dans leur pays. Nous soutenons également toutes les formes de médiation non partisane, qui respectent les principes de la souveraineté des Etats et qui croient que, comme nous l’a enseigné l’expérience haïtienne, la solution définitive ne peut venir que des acteurs eux-mêmes, dans le respect des principes constitutionnels qui régissent la vie politique interne du pays. 


Je vous remercie. -

Source : Le Nouvelliste

Saturday, February 6, 2016

Chant du cygne de Michel Martelly

LE PRÉSIDENT HAÏTIEN PERSISTE DANS L’INSULTE FAITE AUX FEMMES

Par Robert Berrouët-Oriol
Montréal, le 4 février 2016
Robert Berrouët-Oriol
On le savait en public vulgaire et ordurier… Sa déjà vieille « carrière » de musicien –plus précisément de clown amuseur public--, est dans le champ artistique jonchée de détritus paroliers, d’appels aux pulsions violentes les plus archaïques et discriminantes. Malgré cela, ou sans doute à cause de cela, une partie de la petite bourgeoisie pétionvilleoise traditionnellement privilégiée ainsi qu’une ample frange du lumpen prolétariat des grandes villes flanquée de « lumpen professionnels » et de « lumpen intellectuels » ont plébiscité la musique obtuse de Sweet Micky autoproclamé « président du konpa ». De là à vouloir fantasmatiquement devenir président tout court du pays, il n’y avait qu’un pas à franchir et il l’a fait sous la houlette de certains occultes « amis » d’Haïti et dans le droit fil d’une mesurable faillite de l’État haïtien.

On le savait en public grossier et scatologique, méprisant les intellectuels, les écrivains comme les poètes, et voici que par un obscur golpe électoral concocté en vase clos l’Organisation des États américains (OEA) a su l’imposer en 2011 comme président de la République d’Haïti. Ce golpe électoral foulait lors aux pieds la vérité des urnes dans un contexte où moins de 20% de la population d’Haïti s’était prévalu de son droit de vote…

Michel Martelly (à gauche) et Jean-Claude Duvalier (à droite)
L’autoproclamé « président du konpa », devenu président d’Haïti à l’aune d’une périlleuse magouille, s’est appliqué dès son arrivée au pouvoir à instituer le règne des « bandits légaux » dans l’Administration du pays et à afficher ses liens avec les plus connus des narcotrafiquants haïtiens. Admirateur des Léopards de Jean Claude Duvalier –corps militaire anti guérilla de préservation du pouvoir de la dictature mis sur pied par la CIA au début des années 1970--, ami affiché des narcotrafiquants de l’Armée d’Haïti qui ont fomenté le coup d’État de 1991, Sweet Micky alias Michel Martelly est également connu pour sa misogynie, son mépris affiché des femmes, en particulier pour les femmes qui représentent en Haïti un modèle citoyen.

Mépris halluciné des femmes 
On l’a vu à l’œuvre ces derniers mois et les frasques du chanteur-président n’ont pas manqué de soulever un tollé dans les médias sociaux comme dans la presse traditionnelle. Ainsi, le Nouvelliste d’Haïti rapporte les propos de plusieurs interlocuteurs qui assument à visière levée que Michel Martelly est « […] une honte pour le pays, il n’est pas à sa place, il déshonore la fonction de président de la République, […] il n’est pas lucide… » […] les réactions après les injures du chef de l’État contre cette dame lors d’un meeting à Miragoâne mardi dernier [28 juillet 2015] ne sont pas tendres envers le locataire du palais national. Dans les réseaux sociaux et dans les médias, les gens ont exprimé leur colère contre le président de la République. » [… S’exprimant elle aussi,] « La militante de défense des droits de la femme, la sociologue Danielle Magloire, considère comme une agression sexuelle les propos de Michel Martelly contre cette dame à Miragoâne. » (« Michel Martelly a encore frappé fort» ), Le Nouvelliste du 30 juillet 2015.  

Plus près de nous, la presse nationale et internationale s’est indignée avec raison face au déferlement de haine et de mépris contenu dans la méringue carnavalesque que diffuse en Haïti Sweet Micky alias Michel Martelly (voir l’article «Le carnaval démagogique du président d Haïti », journal Libération, édition du 2 février 2016); voir aussi l’article le plus récent, « Haïti-Médias : concert de condamnations de la chanson sexiste de Martelly contre la journaliste Liliane Pierre Paul », AlterPresse, édition du 4 février 2016 : ).

Calomnieuse, méprisante et ouvertement sexuellement agressante, la version 2016 de la méringue carnavalesque du chanteur-président s’intitule « Ba l bannann nan » (« donne-lui la banane ») et de nombreux médias haïtiens refusent courageusement de la diffuser alors même que dans la nuit du 30 novembre 2015 les locaux de Radio télé Kiskeya ont été l’objet de tirs d’armes à feu (voir l’article «Attaque armée contre les locaux de Radio Télé Kiskeya » : ). La méringue carnavalesque du chanteur-président cible avec violence deux journalistes de renom, Jean Monard Métellus, qui dirige l’émission « Ranmasé » de Radio télévision caraïbes, et Liliane Pierre-Paul, animatrice du journal quotidien en créole de Radio Kiskeya, « Jounal katrè ». Depuis Port-au-Prince l’Agence en ligne AlterPresse, tout en rappelant l’hostilité constante de Michel Martelly à l’égard de la presse, fait un état des lieux en ces termes :

Liliane Pierre-Paul
« Un fragment d’une méringue carnavalesque de « Sweet Micky » (Michel Martelly), dans laquelle est fredonné le refrain Ti Lili (en référence à la journaliste Liliane Pierre-Paul, que Martelly voudrait ridiculiser), circule sur les réseaux sociaux, depuis la fin de l’année 2015. Cette meringue attentatoire de Michel Martelly cible la journaliste et directrice de programmation de Radio Télé Kiskeya, Liliane Pierre-Paul, qui a été déjà qualifiée par Martelly de Ti Lili dans le cadre d’une interview à Radio Télévision Caraïbes (Rtvc). Dans une note datée du 16 décembre 2015, l’Association nationale des médias haïtiens (Anmh) a dénoncé cette méringue carnavalesque de « Sweet Micky », qui a repris son costume de musicien-amuseur public à travers cet acte inqualifiable, qui traduit son irresponsabilité et son incurie. » (« Haïti-Culture : le carnaval national 2016, prévu à Port-au-Prince du 7 au 9 février, malgré le marasme économique et une période tumultueuse », AlterPresse, édition du 19 janvier 2016.

Dans une société haïtienne archaïque et profondément machiste, l’attitude de Sweet Micky alias Michel Martelly participe d’un séculaire mépris des femmes et d’un lourd déficit de citoyenneté légué par la dictature duvaliériste. Alors même que la période du carnaval est celle durant laquelle s’exprime la défiance, la critique satirique, la dérision, les « pwen » et autres piques peu amènes pour les pouvoirs en place, l’actuel locataire du Palais national entend lui aussi « jouir de la liberté d’expression » pour contrer ceux qui ont osé porter un regard critique sur son erratique gestion du pays ces cinq dernières années. Mais pour répondre aux journalistes assimilés à des détracteurs, Sweet Micky alias Michel Martelly emploie le seul langage qu’il connaît, celui du rapport de forces inégal, de la calomnie sous le manteau de l’impunité, de la menace implicite et de la néantisation des femmes selon l’évangile misogyne. Fidèle à lui-même, il s’exprime de manière vulgaire et scatologique : il fait du Sweet Micky drapé en président de la République. Et puisque la sexualité-de-domination est le lieu par excellence de l’infantilisation, du mépris et de la néantisation des femmes, c’est sur le terrain d’une sexualité violentée qu’il convie celle qui est visée par son mépris, « Ti Lili » (« Petite Lili »), surnom de Madame Liliane Pierre-Paul que seuls les amis intimes et les proches parents ont le droit d’utiliser. En créole haïtien, le « ti » réfère aussi à une catégorisation de « petit », de subalterne, de « moitié de », de second rôle, et le chanteur-président le sait bien lorsqu’il choisit de catégoriser ainsi une journaliste connue pour sa droiture et qui, emprisonnée et torturée dans les années 1980, a été violentée dans sa chair sous la dictature de Jean Claude Duvalier.Madame Liliane Pierre-Paul a été violentée à l’instar de l’actuel « premier Ministre » Evans Paul qui, lui, arrêté et torturé à la même époque, a choisi en dehors de toute justice-réparation la voie peu reluisante de la compromission avec ses bourreaux : il n’a pas hésité à serrer la main et à poser aux côtés du nazillon Jean Claude Duvalier et du zenglendo Prosper Avril, aux Gonaïves, le 1er janvier 2014. 

KPLIM, Jean-Claude Duvalier, Michel Martelly, Prosper Avril
(De gauche à droite)
En pratiquant le dénigrement et le mépris pour Liliane Pierre-Paul --considérée comme un symbole de la démocratie en Haiti--, dans la méringue carnavalesque « Ba l bannann nan », Sweet Micky alias Michel Martelly tente de saper les conquêtes féministes des trente dernières années ainsi que les acquis mesurables mais encore fragiles du camp démocratique haïtien dans ses différentes composantes. Sans tomber dans le piège de la provocation « détournante » du locataire du Palais national d’Haïti, il importe de bien comprendre que le chanteur-président poursuit un objectif stratégique que l’on peut également retracer dans la récente cabale menée sur Storm TV par des proches du pouvoir tèt kale :

« Le directeur général de la station [Radio télévision Kiskeya], Marvel Dandin, qui intervenait au cours du dit journal, a cité deux proches de Michel Martelly connu sous les noms de Ronald (Roro) Nelson et Jojo Lorquet, dans le cadre d’une émission réalisée sur Storm TV, qui s’amusaient à « dénigrer la directrice de programmation de Radio/Télé Kiskeya ». « Si Liliane a une famille, qu’elle le présente à la population », a déclaré l’un des deux individus susmentionnés. « Si Liliane avait un fils ou une fille, ce serait celui ou celle qu’elle avait eu d’un officier de l’armée d’Haïti pendant qu’elle était en prison », a renchéri l’autre animateur de l’émission diffusée sur Storm TV. » (« Liliane Pierre-Paul, victime de « dénigrement » de la part de deux proches du président Martelly », Radio télévision caraïbes, 24 janvier 2016 : )

Détourner l’attention citoyenne de la catastrophe électorale de 2015
En définitive, avec  la méringue carnavalesque « Ba l bannann nan », et à l’aide de la cabale conduite sur Storm TV, il s’agit pour Sweet Micky alias Michel Martelly de détourner l’attention citoyenne de la catastrophe électorale de 2015 et de la fin constitutionnelle du mandat du président le 7 février 2016… afin qu’il puisse parachuter un successeur qui lui soit dédié ou qui lui soit lié, comme après 1986 les tontons macoutes avaient tenté de prolonger la durée de vie du duvaliérisme sans Jean Claude Duvalier. Le pouvoir néo-duvaliériste de Sweet Micky alias Michel Martelly connaît parfaitement son modèle, le jeanclaudisme illusionniste, et il entend poursuivre sa stratégie garantissant la perduration du néoduvaliérisme en Haïti (voir Robert Berrouët-Oriol : « Le retour du duvalierisme en Haïti sous le manteau rose de la «  réconciliation nationale »). Il est donc « logique » que ce pouvoir néo-duvaliériste attaque aussi violemment Liliane Pierre-Paul et Jean Monard Métellus : en réalité c’est l’idée même de démocratie et d’État de droit qui est attaquée sous couvert de méringue carnavalesque. 

Tel me semble être le véritable enjeu à l’œuvre dans la conception et la diffusion de la méringue carnavalesque « Ba l bannann nan », dans la manière dont Sweet Micky alias Michel Martelly exprime sa tortueuse misogynie, son profond mépris des femmes haïtiennes qui est, en structure profonde de son propos, un radical mépris pour l’entrée des femmes haïtiennes dans une citoyenneté moderne et responsable. Et pareil mépris se donne également à voir dans d’autres secteurs de la vie nationale. Ainsi, la présidence du chanteur-amuseur public a réactivé et alimenté le préjugé de couleur en Haïti, l’arrogance méprisante des mulâtristes contre le reste de la population ; elle a pour l’essentiel mobilisé (rale yon bak) et conforté ce que la société haïtienne a de plus obscur, de plus réactionnaire et de plus mystificateur dans la gouvernance du pays, au point où certaines âmes pieuses ivres de promesses se sont laissé piéger, ont cru que le tandem Martelly/Lamothe avait une « vision éducative » pour le pays (projet Psugo) sinon une « vision équilibrée de la question linguistique haïtienne » et du créole (projet Académie créole)…

Début février 2016, l’un des termes de l’alternative qui se tisse est bien de contrer efficacement la stratégie de perduration du néoduvaliérisme en Haïti dans l’après Martelly : le très court terme saura le montrer. L’autre terme pourrait être l’exercice du droit citoyen de Jean Monard Métellus et de Liliane Pierre-Paul de porter plainte dès le 8 février 2016 contre le dénommé Michel Martelly redevenu simple citoyen et ne bénéficiant plus de l’immunité attachée à la fonction présidentielle. Pareille plainte devant les juridictions nationale et internationale compétentes sera un temps fort et aura valeur d’enseignement, notamment pour les jeunes, dans le combat des femmes haïtiennes pour le respect et la dignité et vers l’accès à la pleine citoyenneté.

Hommage de Jean Jean Roosevelt à Liliane Pierre Paul

"Reste debout"