Discours d'Etzer Vilaire à la mémoire des héros de l'Indépendance, de Charlemagne Péralte... 

Showing posts with label insignifiance. Show all posts
Showing posts with label insignifiance. Show all posts

Thursday, March 17, 2022

Mes congénères et la culture de l’insignifiance

Citez-moi un autre qui est revenu investir dans la promotion de la jeunesse !

Par Max Dorismond

À la suite d’une réflexion sur les ex-dirigeants d’Haïti et leurs complices qui se sont exilés avec une partie des avoirs de l’île, depuis des temps immémoriaux jusqu’à nos jours, je m’étais posé une question : que sont devenus ces fonds détroussés ? Ont-ils profité à leurs héritiers éparpillés aux quatre coins du monde, fouettés ou bercés par les caprices du temps, à leurs descendants qui ont, sans nul doute, remué ciel et terre pour changer de patronyme, aux fins de ne laisser à l’histoire aucune prise pour les accrocher à titre de « fils de… »

Ont-ils connu du succès ou son revers ? Nul ne peut le confirmer. Or, vivre caché sous un pseudonyme comme les généraux allemands en cavale en Amérique latine, après la seconde Grande Guerre, c’est évoluer et mourir dans l’indigence et l’indifférence, même multimillionnaire, quand le passé tordu et têtu ne reste dans l’ombre que grâce aux vertus apaisantes de la dissimulation. Ainsi, en exil, ces ex-politiciens cleptomanes, ou leurs bénéficiaires, qui vivotent sur des histoires familiales réinventées ou écrites à la porte du roman, seraient tôt ou tard des apatrides si la conjoncture venait à changer de trajectoire. Comme pour les Noirs sous les bombes en Ukraine, ces derniers temps, le « train sifflera trois fois » sans eux. 

Juste à titre d’exemple, février 2022, à la série « Enquête » de la télévision de Radio-Canada, en rapport au scandale de corruption éclaté au grand jour dans le cadre de l'opération SwissLeaks sur le secret bancaire, on présentait la saga d’un ancien ministre de Baby Doc décédé à Paris, Frantz Merceron, dont la femme et les enfants étaient venus s’installer incognito à Montréal. Depuis la mort de la mère, la descendance se débat jusqu’à présent comme la diablesse dans l’eau bénite pour libérer l’héritage paternel bloqué « à la banque HSBC suisse ». Voilà un exemple entre mille où des progénitures, victimes malgré elles, se retrouvent le plus souvent seules face à l’imprévisible cruauté du destin.

Ces types de réflexion qui chambardent de temps à autre ma quiétude m’avaient inspiré un article sorti sous le titre de « Lettre ouverte à un Pharaon d’Haïti ». Mais aujourd’hui, face à l’exploit inverse d’un autre ex-président, dont, parfois, les bouches folles ont tendance à médire sans discernement, peut-être avec objectivité, je n’en disconviens pas, je dois rendre un hommage sans commune mesure à ce visionnaire charismatique qui a choisi d’ancrer sa dernière caravelle à l’envers de la tradition : il s’agit de Jean-Bertrand Aristide.

C’est un personnage que je ne connais que grâce aux médias, mais à constater ses réalisations dans l’île à son retour, je pense lui enlever mon chapeau. 

Aristide n’a pas été se faire blanchir au pays du maître. L’Histoire offre parfois de curieux et ironiques revers. Il a jugé nécessaire de retourner en Haïti pour déposer son havresac à Tabarre et a choisi de s’investir dans l’enseignement en construisant des édifices utilitaires qui brillent aujourd’hui de toute leur flamme sous des vagues de lettres bleu marine, dans la plaine. Je ne peux qu’applaudir pour ces monuments érigés en l’honneur de la connaissance et du savoir. 

À entendre certaines langues déblatérer sur son projet, je leur accorde ce droit, puisque la démocratie le commande, cependant, ne nous contentons pas de contempler simplement notre nombril, ayons le sacré courage de dire aussi merci.  

A fortiori, une partie du vide sidéral de l’instruction supérieure a été colmatée. D’expérience, Aristide a compris que l’éducation, l’enseignement, la qualification, la morale demeurent des atouts inaliénables pour exorciser le banditisme, l’escroquerie, l’opportunisme, à l’assaut du pouvoir. Ainsi va la vie, nul ne peut plaire à son père et à son beau-père en même temps. 

Le grand gagnant dans cette saga ne s’avère en dernier lieu que Haïti. Un complexe universitaire, associé à un hôpital moderne, adossé à une fondation de bienfaisance, se révèle être trois cadeaux lumineux de cet ex-président. 

Quel héritage les autres pillards qui ne sont jamais revenus ont-ils laissé au pays ? Simplement la manie du vol à tout prix! Nos congénères, en souvenir de ces ex-pensionnaires qui ne partent jamais les mains vides, agissent par mimétisme. Tous nous laissent avec la nette impression qu’ils avaient développé cette tare dès le berceau. Ils « veulent le bien du pays » et ils se l’arrachent à vue d’œil, au vu et au su de tous. Souvenons-nous de Petro-Caribe, etc! Tous jouent à l’intelligent ! Ils sont toujours en campagne électorale. Cette attitude débonnaire nous porte à évoluer en chiens enragés, avides de richesses faciles, à un point que la jeunesse désœuvrée se soit découvert un autre hobby dans le kidnapping armé. 

Constatant la faiblesse structurelle de nos infrastructures éducatives, pressentant le désir d’une jeunesse avide de savoir, le voisin dominicain, tanné de croiser notre face misérable sur son territoire, nous avait gratifiés d’une institution supérieure, l’Université du Roi Christophe dans le Nord. En l’espace de deux années, c’en était fini de ce don. Ne survit que le squelette du bâtiment. Tout a été dérobé, pillé et laissé à l’abandon. Nous avons le vol ajouté à notre ADN. 

Or, sous l’assaut des éternels assoiffés, Aristide n’avait pas terminé son mandat. Et le moins qu’on puisse dire, son retour fut bénéfique pour Haïti en référence à quiconque avait occupé le même fauteuil. 

Entre l’oligarchie politique, bourgeoise ou commerciale, ciblez-moi quelqu’un d’autre à qui Haïti doit réserver une telle chandelle ? 

On ne trouvera personne… personne ! J’ai la certitude, hormis la mauvaise foi, d’entendre murmurer ce doux mea culpa : « Nous regrettons de l’avoir éprouvé, de l’avoir destitué. Nous avons préféré écouter notre ignorance, notre avarice et le Core group. Ce fut une erreur impardonnable ». 

Pleurez sur vous pour avoir succombé au chant des sirènes. Mais consolez-vous, vous n’êtes pas les seuls à tomber dans ce panneau. : Volodymyr Zelensky de l’Ukraine se mord aujourd’hui les doigts à pleines dents, pour avoir écouté la voix des insatiables. « Ban’m peyi’m, pa ban’m konsèy ». 

 Max Dorismond