Discours d'Etzer Vilaire à la mémoire des héros de l'Indépendance, de Charlemagne Péralte... 

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Monday, January 2, 2023

Nos personnalités pour 2022

Publié ce 31 décembre 2020

​Le moment est arrivé encore une fois pour qu’Haïti Connexion Network)  HCN offre à ses lecteurs, à chaque fois et après 16 ans de cette initiative, ses choix des personnes ou événements de l’année qui s’achève. Ces choix sont motivés par un ensemble de critères dont par exemple l’impact qu’auraient pu avoir les personnalités choisies sur l'actualité et sur nos vies, en bien ou en mal. En ce sens, nous avions eu au cours des années deux catégories : les personnalités et les vilains de l’année, au contraire de certains autres organes d’opinions qui jettent les personnages dans le même panier. Car, nous voulons vivre un dans monde meilleur, selon nos aspirations personnelles ou collectives. Loin de nous, toutefois, ce concept manichéen da la vie ! Juste une question d’opinions, d’aspirations et de… Choix, pour le meilleur de nous-mêmes !

 Sans plus tarder écrivons que Joe Biden et Vladimir Poutine méritent une place essentielle en ce monde. Vu que les deux auraient pu en quelques secondes détruire ce monde que nous chérissons tous, en vertu de cette guerre qu’ils semblent mener entre eux deux avec la fournaise ukrainienne au beau milieu. Ces deux leaders semblent réaliser jusqu’à présent que – souhaitons-le-- l’usage des armes nucléaires n’aboutiraient qu’à la destruction de notre planète Terre et la disparition progressive de toute vie comme cela est probablement arrivé, il y a des millions d’années à d’autres planètes de notre galaxie, selon certaines spéculations d’experts.


 C’est le cas de dire que la postérité devra être à tout jamais reconnaissante à Biden et Poutine  si’ils ne pressent pas sur le bouton nucléaire, comme nous des générations contemporaines sommes maintenant reconnaissants à J-F Kennedy et Nikita Khrushchev de ne l’avoir pas fait non plus en 1962 durant la crise des missiles cubains.

En évoquant L’Ukraine, on ne peut ne pas penser aussi à Volodymyr Oleksandrovytch Zelensky comme personnalité de l’année 2022 : un choix tout à fait normal parce que cet homme d’état a occupé toute l’actualité durant toute l’année depuis l’invasion de son pays par les Russes. Il représente pour plus d’un  l’exemple vivant de leadership, de patriotisme et de courage face à une attaque venant d’un plus fort. À 41 ans, il devient le plus jeune président de l'histoire de l'Ukraine. D’autres de la presse internationale le placent même au niveau de Winston Churchill tant son âpreté et son charisme dans la conduite de la guerre se sont fait sentir. Durant sa récente visite au Congrès américain les vivats ont été nombreux. Zelensky concède lui-même qu’il a « une longue liste de défauts ». Il faut donc le croire malgré tout cet éclat.

 « La démocratie meurt dans les ténèbres » (Democracy dies in darkness) nous dit le journal Washington Post en guise de slogan en tête de la première page de sa publication.   N’était-ce la grande lumière projetée sur le «complot» de Donald Trump, les cityens américains n’auraient jamais saisi l’ampleur de l’intrigue que Donald Trump et ses acolytes avaient tramée aux fins de donner un « coup d’Etat » à  la « démocratie » étatsunienne. 

 Cette lumière est venue sous forme d’un rapport de 814 pages publié le jeudi 22 décembre 2022 après que le panel a interrogé plus de 1000 témoins, tenu 10 audiences et obtenu des millions de pages de documents. Les témoins — allant de nombreux assistants les plus proches de M. Trump aux forces de l’ordre à certains des émeutiers eux-mêmes — ont détaillé les actions de Trump dans les semaines précédant l’insurrection et comment sa vaste campagne de pression pour annuler sa défaite a directement influencé les émeutiers qui ont brisé les fenêtres et les portes du Capitole le 6 janvier 2021. Le comité allègue que M. Trump a contrevenu à quatre lois criminelles, à la fois avant l'émeute et pendant l'insurrection, et c’est pourquoi il a recommandé au département de la Justice d’intenter des poursuites.

C’est un travail colossal auquel se sont adonnés les 9 membres du comité ad hoc pour arriver à la conclusion suivante que Trump est un « putschiste » - donc un vilain à nos yeux - qui doit être envoyé par-devant le ministère de la justice pour sa « conspiration » contre la démocratie établie des Etats-Unis.  Aussi plaçons-nous ces membres de la chambre des Représentants parmi les personnalités de l’année 2022.

 Il y a 3 personnalités que HCN a jugé bon de placer sur la liste des personnalités de l’année, car l’impact de leurs vies et par la suite de leur décès récent a resonné bien fort dans divers secteurs de la société haïtienne.

Odette Roy Fombrun en est une. Ayant vécu jusqu’à l’âge de 105 ans, Mme Fombrun a été comme ‘la conscience de la nation haïtienne » du fait de ses écrits et réflexions.

Si Mme Fombrun fut la conscience de la nation, Dr Gold Smith Dorval, lui,  a été  le thérapeute de la profession médicale, ayant utilisé son éducation médicale, son talent musical et sa prose souple et brillante pour léguer à l’humanité une combinaison d’oeuvres sublime digne d’un génie. Les compositions et interprétations musicales de Gold Smith remplissent de temps en temps la programmation de la Radio Francophonie Connexion de moments mélodieux dont HCN lui est reconnaissant.

Quant à Michael Benjamen aka Mika, du seul fait que sa mort est arrivée comme un coup de tonnerre dans un ciel bleu, et sur scène ‘online’, il trouve une place immensurable dans la mémoire des gens qui vont l’admirer davantage pour sa musique et ses chansons qui touchent profondément les cœurs.  Voici ce que l’un de nos journalistes a écrit de Mika : « Depuis, les Haïtiens de partout pleurent la disparition de l'icône. Plus d'un millier de fans se sont défilés à Paris à l'endroit où il rendait l'âme pour y déposer une gerbe de fleurs. Les réactions s'enchaînent et se multiplient aussi bien au sein de la communauté haïtienne qu’au sein de l’internationale. »

Dans le monde du sport, on ne peut pas oublier un Pelé (Edson Arantes do Nascimento) du Brésil-mort le 23 decembre 2022, à 82 ans, un Messi de l’Argentine et un MBAPPÉ de la France, qui tous trois ont gagné les cœurs des fans du ballon rond à travers toute la planète du fait de leur talents de footballeurs. Malgré sa défaite en face de l’Argentine, l'attaquant vedette français Kylian Mbappé est le vainqueur du Soulier d'Or de la Coupe du Monde de la FIFA 2022 après avoir marqué trois buts lors de la finale de dimanche 18 décembre  contre l'Argentine, portant son total à huit dans le tournoi. En parlant de Pelé, Kylian Mbappé a dit que le "roi du football”( a [laissé] un héritage qui "ne sera jamais oublié").

 Il y a d’autres belles têtes ou des organisations qui sont en train de faire un travail extraordinaire dans leur domaine respectif à travers le monde. Il est difficile de les compiler ici. Nous dédions toutefois une attention spéciale à l’organisation Le GARR.  Le Groupe d'Appui aux Rapatriés et aux Réfugiés (GARR) est une plate-forme d'associations et d'organisations non gouvernementales travaillant sur la problématique de la migration. Tout en n'excluant pas les autres pôles de migration, le GARR concentre ses efforts sur la République Dominicaine où vivent de nombreux immigrants haïtiens dans des situations extrêmement difficiles » dont 143 333 ont été rapatriés ."   Le Garr fait un travail très appréciable qui mérite d’être reconnu et assisté plus souvent.  Nous leur disons Merci, et aussi aux journalistes qui ont perdu leur vie dans l’exercice de leur fonction.

 Et voilà, nous sommes arrivés à la fin de la présentation des personnalités pour l’année 2022. Nous vous disons alors: 

Bonnes fêtes de fin d’année et Bonne année pour 2023 !

Carl Gilbert, pour HCN

 

Friday, February 2, 2018

Haïti chérie : récit d’un voyage au pays que Trump traite de trou à merde





Mickael Destrempes



Haïti, c’est dépaysant pour tout le monde, faut croire.
Ils me disent : «Tahiti, tu veux dire? H-A-Ï-T-I? C'est dangereux, non? Mais pourquoi vas-tu là? Un reportage sur une catastrophe? Bâtir un orphelinat?»
-  «Ben, pour...voyager...», que je réponds en doutant de moi-même.
Parce que si Haïti est cette cousine que le Québec affectionne, c’est vrai qu’il ne lui rend pas souvent visite.
Coudonc, est-ce que Trump a raison de prétendre que ce n'est qu'un trou à merde? 

Le vol est majoritairement composé de Québécois d’origine haïtienne. S’y greffent quelques backpackers, une congrégation chrétienne et deux couples de baby-boomers «pure-laine» en direction de Decameron, le seul tout inclus du pays.
Trois avions atterrissent presque simultanément sur le tarmac de l’aéroport Toussaint-Louverture. C’est suffisant pour créer une mini-cohue aux douanes.

À la sortie, j’aperçois mon hôte pour la semaine Aly Acacia, qui badine, sourire en coin: «Voilà ta première aventure haïtienne, sortir de l’aéroport!»
Cet ex-enseignant a vécu près de 20 ans au Québec. Maintenant chroniqueur au Nouvelliste, le plus ancien journal du pays, Aly s’est également lancé dans le tourisme. Il reçoit chez lui, dans le quartier de Delmas, des visiteurs de partout dans le monde.
J’ai à peine le temps de déposer mes valises et de m’éponger le front qu’un repas m’est servi par sa voisine. La totale : riz, sauce pois, poulet, plantain, lambi, patate douce, avocat, pikliz, jus frais et j'en passe.


Un de mes repas de la semaine
Haïti est un pays dont le relief du paysage est aussi montagneux que ses assiettes. Chez Aly ou chez ses amies, sur le coin d’une rue ou au bord d’une plage, on mange beaucoup et terriblement bien. Le seul repas fade de mon périple sera mon plus dispendieux, dans un resto-bar à l’américaine rempli d’étrangers à Pétion-Ville, le quartier guindé de la capitale. Classique. 
À l'image de sa gastronomie, Port-au-Prince est une ville généreuse, mais aussi exigeante.
C’est une ville où s’entrechoquent harmonieusement toutes les expressions de l’expérience humaine. L’extrême pauvreté côtoie intimement l’opulence et le train de vie de ceux qui se rendent à leur 9 à 5 en tap-tap.
La circulation, avec sa signalisation quasi-inexistante, est un impressionnant chaos organisé.
Chez Ali à Delmas
De la terrasse de chez Aly, je peux entendre le tumulte de la rue vibrer aux rythmes de kompa, de rap et de chansons françaises. S’y ajoutent les cris de joie des écoliers en uniforme, le sermon d'un pasteur en camionnette et les soupirs d’une vieille dame qui transporte sur ces épaules l’équivalent de mes cinq dernières épiceries. 
Ces autobus sont le moyen de transport principal du pays

La vie s'immisce de partout. C'est ensorcelant. C'est beau.

Sous mes allures de blanc-bec désorienté, je déambule dans les quartiers de la ville. Je flatte et photographie tous les chiens errants qui croisent ma route. Difficile de faire plus touriste que ça.


De rares passants me dévisagent, tandis que plusieurs me sourient et me saluent chaleureusement. «Bonjour!»
On m’aborde en anglais ou en espagnol. Quand on réalise que je suis francophone, leur créole se francise, mon français se créolise, et l’on parvient à se comprendre.
Lorsque je trébuche maladroitement dans une crevasse, un groupe d’écolières ricanent et imitent ma chute en me montrant du doigt. Étrangement, faire rire de soi si ouvertement rend l'exercice moins humiliant. Je ris avec elles.    
Des traces du séisme de janvier 2010 sont encore visibles, mais se confondent aux immeubles tapissés d’art et d’enseignes colorées des salons de beauté. Si les Haïtiens ont subi leur lot de malheurs, rien ne viendra vraisemblablement à bout de leur fière allure.
Dans un pays où la corruption est notoire, des affiches de candidats aux élections présidentielles de 2016 jonchent encore les routes. Pourtant, le gouvernement me paraît absent du quotidien.
Ce vide gouvernemental semble avoir pour effet de politiser les conversations les plus banales. Un peu comme lorsqu’on discute des Habs autour de la machine à café, ici, on parle constamment de sa ferveur pour le pays, des problèmes d’infrastructures, du passé plus glorieux et des jeunes espoirs.
Selfie avec Lochenet au Mupanah
Le musée du panthéon national
Ayant à faire ailleurs pour la journée, Aly me confie à son voisin Lochenet afin de m’accompagner à l’incontournable musée Mupanah. J’ai l’impression que les trottoirs pullulent d’histoires comme la sienne. Faute d’argent, le jeune homme a dû abandonner ses études en ingénierie. Il s’est converti en tailleur et fait le guide pour les pensionnaires d’Aly. Il est brillant, cultivé, drôle et décidément gentleman. Sous d’autres cieux, ce serait peut-être moi son chauffeur.
L’effervescente Port-au-Prince ne représente qu’une petite partie de ce qu’est la Perle des Antilles. Pour respirer un peu, Aly m’amène dans les montagnes ennuagées au sud de la ville à Kenscoff. Le mercure baisse et c’est la sérénité complète. Le genre d’endroit où des moines tibétains fileraient le parfait bonheur.
Naïse la fille d'Ali née deux jours après le tremblement de
terre de 2010. et moi dans les montagnes entre deux fous rires
Vers l’ouest à Jacmel, une ville à l’architecture coloniale de 170 000 habitants bordée de plages, c’est une Haïti plus artistique et détendue qui se dévoile. Les rues sont animées, l’ambiance est festive, la mer est magnifique et le climat est inspirant.
Images captées lors du festival de Jacmel en 2017

Bassin Bleu
Au retour, je passe par Bassin Bleu pour y faire saucette et je croise un partisan des Canadiens. 

Destination Petit Goâve, lieu qui a vu grandir Dany Laferrière, moins touristique et plus champêtre que Jacmel.

Au matin, deux garçons m’embarquent en chaloupe. En chemin, on achète quelques prises à un pêcheur sur sa pirogue. Sur la plage quasi-déserte, un groupe de jeunes femmes font le party pendant qu’on prépare nos poissons. Je n’aurais pu demander plus poétique pour savourer ce moment que ma bière froide «Prestige» et une cigarette «Comme il faut».
Plus tard, je croise les filles de la plage à la discothèque suintante de la rue principale. Certains clients sont mécontents de me voir en gougounes et en shorts malgré le dress code, mais mes nouvelles amies ne m’en tiennent pas rigueur. Elles se moquent plutôt de mes déhanchements stiffs et de mon incapacité à soutenir la chaleur.


La drague est aussi lascive que pudique. Les extrêmes ne cessent de valser dans ce beau pays.
Au déjeuner, une des filles m’interrompt pendant que je donne mes impressions de voyageur et elle s’exclame : «ah ben toé mon crrrriss, c’est ça qui est ça, tsé». Va sans dire, les Haïtiennes maîtrisent à la perfection l’art de la taquinerie et de l’imitation.

Alors au final, est-ce que c’est dangereux? Je n’ai rien de vu de plus inquiétant que dans n’importe quel pays aux prises avec d’importants problèmes de pauvreté. Il s’agit d’être prudent et de voyager intelligemment.

Est-ce que je conseille de visiter Haïti? Sans hésitation. Cependant, si vous évitez les rares hôtels chics et les zones hyper touristiques, il faut avoir un minimum l’esprit aventurier.
Oui, c’est tough de voir un kid qui quémande pour manger. Mais on retient d'abord d'Haïti un peuple fier, débrouillard, chaleureux, aidant.
C’est des paysages spectaculaires et une culture riche.
C’est le premier État noir indépendant, illégitimement endetté de milliards de dollars par les maîtres français qu’elle a courageusement sacrés dehors en 1804.

Dans le fond, quand Trump parle d’Haïti, le seul shithole dont il est question, c’est son clapet.