HOMMAGE AU TABOU COMBO DE PÉTIONVILLE
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| Herman Nau décédé le 25 juillet 2021 |
À la mémoire d'Herman Nau, cofondateur et batteur virtuoso du
groupe musical haïtien "Tabou Combo", décédé le 25 juillet
2021...
J’ai serré la main de quelques
membres, parmi du Tabou Combo deux fois, (parmi lesquels le très gentil
Maestro Chancy et le sympathique Herman Nau, virtuoso dans l'art merveilleux de
la percussion) non par amitié close, mais presque par pur et simple hasard.
C'était au cours d’une entrevue sur le dixième anniversaire de ce supergroupe
avec Albert Chancy pour la Revue Hebdomadaire du Journal Le Nouveau Monde dont
le Rédacteur-en-Chef Roger Gaillard, alors mon professeur, m’avait donné carte
blanche pour faire des reportages sur la musique haïtienne et antillaise;
ensuite au début du premier bal de Tabou, sans doute en 1980, dans la ville de
Panamá, Panamá, où j’étudiais l’espagnol et servais de correspondant littéraire
pour le même magazine.
Après ce fameux
bal-concert du Tabou qui glana des éloges dans la presse locale, cette capitale
de l’Amérique Centrale devint la plateforme magique d’où le “konpa” s’était
lancé avec succès et grand respect à travers la Caraïbe et l’Amérique du Sud,
spécialement en Républicaine Dominicaine où “el merengue” s’est renchéri un peu
sur l’or du “konpa” et en Colombie où le “cumbia” a pu recharger sa batterie
africaine avec le feu musical de Bois-Caiman importé du rythme haïtien.
Le Tabou Combo de Pétionville demeure le “gouverneur de la rosée” dans la forêt fertile des mini-jazz antillais, la Perle du “Compas” incrustée jusqu’au sang dans nos coeurs dansants à la belle étoile, le créateur charitable des grands succès, “Le Huitième Sacrement (1974), “New York City” (1975) et “Baissez-Bas (1983) qui impressionnèrent toute la France et inspirèrent certains impresarios européens, dont le fameux Eddie Barclay, à jeter un coup d’oeil furtif, mais heureux, sur l’esthétique sonore qui bougeait alors en cadence festive sous le ciel bleu d’Haïti.
Herman Nau
Je crois que le Tabou
Combo, désormais baladin de notre héritage musical et culturel, a le devoir de
composer sa belle biographie imaginée à travers des notes incendiaires, le
conte féerique de son remarquable succès durant ces 52 dernières années. Grâce
à lui et aux autres mini-jazz du terroir, Haïti, le berceau du rythme “compas
direct” né dans l’âme de Nemours Jean-Baptiste, alors Maestro de l’Ensemble aux
Calebasses (circa 1955), est devenu le temple de la musique afro-antillaise
dont l’encens original a inspiré des groupes exceptionnels comme l’Exile One,
les Grammacks de Jeff Joseph, Kassav, etc.
Le Tabou Combo est une
voix sonore, vivace et profonde dans l’histoire de la musique haïtienne et
antillaise. Telle fable écrite en créole vivant et semée d’évènements
extraordinaires révèle un saut vertical vers la liberté d’expression
musicale. Cette libération miraculeuse s'accomplit à Pétionville et à
Port-au-Prince, chez les jeunes musiciens des années 68, alors un peu étourdis
par les vieilles compositions importées d’outre-mer, mais tous électrifiés par
le grand désir de rajeunir et de re-créer, en des termes modernes nourris d’un
nationalisme purement artistique, le rythme passionnant de l’Ensemble Aux
Calebasses de Nemours Jean-Baptiste.
Je dirais aussi que le
Tabou Combo incarne un remue-ménage de la mentalité artistique de notre société
plus ou moins ankylosée dans la démence du passé, une sorte de révolution
culturelle inspiratrice d’une musique nouvelle qui est restée, sans nul doute,
le bonheur quotidien du peuple haïtien.
Tout au long de sa
carrière, le Tabou Combo a génialement orchestré, grâce à sa créativité
d’avant-garde et sa brillance d’étoile polaire, l'effort très humain de
partager notre indépendance musicale avec nos frères de la Caraïbe. Aujourd’hui
plus que jamais je suis heureux d’être un fanatique éberlué du Tabou un peu
plus que je l’étais à l’âge de quinze ans. Car je crois que les groupes
antillais les plus applaudis et les plus appréciés dans le monde ne sont rien
d’autre que des ombres merveilleuses attachées au drapeau original du “konpa”
haïtien dont le Tabou Combo de Pétionville est, à mon avis, le représentant
authentique.
Lyonel Vilfort
Chicago, IL
