Discours d'Etzer Vilaire à la mémoire des héros de l'Indépendance, de Charlemagne Péralte... 

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Wednesday, February 10, 2021

Après le 7 février, vaut mieux en pleurer que d’en rire

Le ridicule, ça fait grandir les cons. À preuve, nous avons trois présidents

 Par Max Dorismond           

Qui a gagné, qui a perdu? Ce célèbre refrain de notre barde national, Guy Durosier, vous révèle-t-il quelques souvenirs dans la vie d’un couple séparé en phase de réconciliation. Justement, qui a gagné, qui a perdu aujourd’hui ? Mon frère, mon cousin, mon voisin ! Mais voyons, il me ressemble. Donc, c’est axiomatique : c’est encore moi, c’est encore nous, c’est encore Haïti. Cette terre de rêve qui hante notre sommeil a reculé d’un quart de siècle. 

Ici, comme je l’avais écrit antérieurement, il n’est plus question de président, de X ou Y. Faut transcender la politique partisane, refroidir nos envies pour nous dépasser et aller plus loin encore, plus loin que l’histoire, pour redessiner la Nation espérée, en toute priorité. Il nous reste seulement cinq minutes avant la frontière du désespoir. Cinq minutes pour éviter la folie collective. Commençons par la refondation du pays en remaniant la « Loi Mère », objet de toutes les dérives. D’ailleurs, rien ne nous empêche de rebattre les cartes et repartir à neuf. 

Nous avons le devoir de regarder, d’analyser, de soupeser toutes les propositions de sortie de crise déposées sur la table pour défier le diable. Ce ne sont nullement des fous qui les ont pondues, mais bien des consanguins, doués de jugement. Des humains, qui rêvent de rédemption, de paix, de progrès, pour un pays souffreteux, qui ne vit que d’espoir et d’assistances. 

Nous sommes tous d’une Nation, qui devient la risée du monde, un symbole d’exemple universel à éviter, imposé sciemment par l’exploiteur à la conscience de tous les déshérités de la terre, en guise d’insigne, à titre d’avertissements, pour bloquer, miner, annihiler leurs rêves de délivrance. On les culpabilise avec l’image d’une Haïti dépendante, squelettique, rabougrie, sous-développée, idiote et niaiseuse. Une Nation qui s’entredévore. Quelle honte! Quelle déchéance, pour un peuple qui a chamboulé le sinistre objectif du capitalisme naissant. 

À titre de métaphore, utilisons, pour converser entre nous, la voix de Guy Durosier, dans sa célèbre interprétation de  « Je reviens te chercher ». C’est exactement ça la réalité : « Qui a gagné, qui a perdu/ On ne sait rien, on ne sait plus / On se retrouve les mains nues/ Mais après la guerre…/ Il nous reste à faire la paix... »

Quoi de plus éloquent que la paix des braves! Tout est sur la table. Ne soyez pas vindicatifs. Le courroux est ingrat et ne tue que son maître. Plusieurs ont fanfaronné pour faire peur à l’autre. Que de bruits, que de vociférations! Et après, c’est le silence mortifère d’une nation en déroute. La queue entre les jambes, on retourne dans son coin, les couilles molles, pour ronger son frein. 

Bousculons la routine, dialoguons, trouvons la clé de notre irrévérence. Ne cherchons nul coupable, sinon on finirait avec le pays en prison. Enlevons le zipper devant le voile qui nous obscurcit la conscience. Prenons place à la table. Soupesons chaque détail en frères de sang, et non en compétiteurs. 

Aliénés mentalement sous les coups de boutoir des ennemis de la nation depuis 215 ans1, victimes du syndrome colonial, nous ne nous rendons pas compte de notre glissade vers la déchéance. Étant aveugles par destination, nous nous sommes trompés d’adversaires en nous en prenant à nous-mêmes. 

Allons, réveillons-nous, sa2pristi ! Il est encore temps. Assoyons-nous et détaillons ou analysons les raisons, les causes de nos déchirements, pour y installer des garde-fous, aux fins d’éviter de tels débordements, de tels esclandres, de tels énervements, à doubler le profit de ceux qui ont investi dans notre immaturité. 

Bousillons leur programme. Nous ne sommes point des incompétents. Des preuves sonores habillent encore l’histoire. C’est un sophisme. Ils prêchent le faux pour obtenir le vrai. Ne leur offrons plus ces délices. Laissons-les rêver en couleur. Ressaisissons-nous. Donnons une dernière chance à la chance. Il reste une lueur d’espoir : c’est nous ! 

Réservons-nous ce droit et ce devoir de retoucher la Constitution, une fois pour toutes, en utilisant les conseils les plus pertinents, glanés à droite et à gauche, par écrit, à l’oral. C’est un besoin viscéral. Nos frères, éparpillés partout autour du globe, en ont vu du pays et sont prêts à partager leurs voix et leur mémoire. Nos paysans ou campagnards, qui ont vécu loin de nos tumultes citadins, ne sont pas sans ressources, et peuvent apporter leur grain de sel dans la recette nationale. Tous ou presque tous, doivent contribuer de leurs expériences et réflexions sur 215 années d’échecs pour relancer la machine. 

Point n’est besoin de détailler ici le programme à venir. Les propositions fleurissent là, sous « l’arbre à palabre ». Il nous suffit de cueillir les fruits pour préparer un cocktail de passion et de raison avant de déguster le plat de résistance de la Constitution, qui sera digéré sans crainte de constipation. Car, nous ne voulons plus revivre ces « déchouquages2 » décapants, ces pays-lock déroutants, cette dualité asphyxiante, ces chantages de parlementaires, ces dictatures infamantes, ces siphonnages du trésor public, cette corruption endémique, cette insécurité déstabilisante, ces déchirements fraternels perturbants, ces fuites de notre jeunesse vers des ailleurs hypothétiques. 

Attelons-nous vite à la tâche ! Pour maintenir la flamme, gardons simplement à l’esprit que les grandes décisions naissent souvent dans le fracas des dissensions ! 

Max Dorismond  


NOTE

1 – 215 ans : Date calculée à partir de la mort du libérateur, J-Jacques Dessalines en oct. 1806.

2 – Déchouquage : terme créole emprunter des bucherons. Il vient du mot « dessoucher », c’est-à-dire, enlever la partie basique de l’arbre qui reste dans la terre. Dans notre créole, c’est une allégorie, une expression métaphorique violente, utilisée pour déstabiliser un adversaire, surtout en politique

Friday, February 5, 2021

Une proposition intelligente pour refonder la nation


S.O.S – Haïti - Un pays à la dérive depuis 215 ans, à rebâtir

Par Max Dorismond

Un pays aux abois où les voleurs, les kidnappeurs, les corrompus règnent en maîtres. Une jeunesse affolée devant le vide sidéral d’un avenir sombre qui définit son horizon. Une diaspora responsable, laissée derrière la barricade de la mesquinerie, par des « intelligents avertis » . Voici le cadre qui supporte le tableau de la banalisation du mal absolu qui gangrène cette nation que plusieurs artistes ont maintes fois dessinée à l’eau forte.

Ne voulant pas prôner une guerre fratricide entre frères de sang pour faire le jeu des prédateurs pour une place autour de la jarre à dollars, plusieurs se sont dépassés pour trouver une solution aux fins de calmer le jeu qui semble être déjà fait, tant les intérêts divergent.

Pendant qu’on fourbit les armes et qu’on piaffe dans le décor à l’écho des tambours de guerre, alors que certains sages appellent au calme et que le peuple aux abois interpelle Legba et Gran’Saint-Anne1 dans ses supplications, pour une certaine rédemption, aux fins de sauver ce qui peut l’être, je suis tombé sur cette proposition de la dernière chance du Dr. Jean Fils-Aimé , pasteur évangélique de son état, dans une bande audio en ligne, avec l’animateur de Vision-2000, Valéry Numa. (Cliquer sur le lien en bleu pour l’entendre).

C’est un document d’une clarté invitante et d’une intelligence à toute épreuve, qu’Haïti aurait tout intérêt à honorer si elle veut corriger les tares des instincts primaires et rectifier les erreurs ancestrales inscrites dans l’ADN de la Nation depuis 1806, lors de l’assassinat de l’Empereur J-J. Dessalines par les pires voyous, les pires scélérats sans scrupules, que le monde ait connus.

De crise en crise, le pays a toujours vogué entre les flots du diable et de ses diablotins. Pourquoi ne pas profiter, une fois pour toutes, pour redresser le mât de la caravelle avec le plan de ce visionnaire, qui ne rêve que de servir et non de diriger le pays un jour ?

Ce n’est pas une question de Jovenel Moïse, de X ou de Y. Nous ne sommes plus là. Le pays gît au fond de l’abîme. Si vraiment, chaque soir, au retour à la maison, nous remercions Dieu pour chaque journée récupérée dans notre vie, comme une petite victoire personnelle, c’est la preuve que tous, nous avons baissé les bras, nous avons abandonné notre vie, dans le tremblement, dans l’agenouillement et dans le désespoir, entre les mains des bandits légaux qui rient aux éclats de notre lâcheté. 

Nous avons écumé toutes les mers du monde pour fuir les malfrats de chez-nous. Nous avons épousseté les rues de tous les pays sur la terre, pour aller mourir, comme Georges Floyd, sous les genoux d’un écervelé. Cette fuite en avant, nous est-elle bénéfique ? Pourquoi ne pas prendre notre courage à deux mains et créer un État de droit, à protéger, qu’il pleuve ou qu’il tonne, par les fibres de nos poitrines et mourir dans la dignité ? 

Les bandits, les pleutres, ne résistent jamais devant la détermination. Demandez-le aux soldats de Napoléon Bonaparte. Beaucoup de désenchantés de l’exil, qui s’étaient bercés d’illusion hier, se mordent le pouce aujourd’hui. « There’s no place like home », comme le dit le poète. Lakay se lakay. Quoi qu’on en dise ! Quoi qu’on en pense !

Pensez une seconde à nos ancêtres qui s’étaient mis debout devant l’adversité. Pensez à maître Monferrier Dorval qui, tout frais, hier encore, a préféré se faire brûler la cervelle au lieu d’abdiquer. Il est des situations invivables, parfois, où la Nation entière devrait se sacrifier pour permettre à nos descendants ou nos survivants de jouir du droit à la vie comme tout être humain, digne de cette appellation. 

Dans la proposition de Fils-Aimé, c’est une voix qui nous invite à la rédemption, à la reconstruction totale d’une nouvelle nation. Elle nous propose de trouver des Haïtiens crédibles, de l’intérieur comme de la diaspora. Et pourtant, au pays, nous en avons des dizaines qui rasent les murs. Même si 60% de nos parlementaires seraient des repris de justice, des hommes de sac et de corde, les 40% restants, peuvent être utiles à quelque chose. Dussent-ils se sacrifier, ils seront nos héros, malgré eux. Ils seront les médiateurs de l’impossible. 

Selon la proposition du pasteur qui recèle un programme de reconstitution à élaborer sur trois longues années, nous avons le devoir de reconfigurer et de réparer tout ce qui a été détruit depuis 215 ans, sur le plan moral, éthique, social et financier.

L’analyste est allé très loin dans sa réflexion. C’est une bande audio à écouter et à analyser. Mais, il en existe d’autres. Le temps est venu de brasser la cage pour en extirper le meilleur du meilleur. Le nivellement par le bas n’a rien apporté en termes de positivité. Il est grand temps de changer de stratégie. Cette dernière ne nous a apporté qu’une caravane d’Alibabas à donner le tournis. Nous avons tout essayé pour nous extirper du trou; et nous avons récolté que le chaos. 

Ces propositions clairvoyantes de la dernière chance, nous interpellent pour refaire le chemin à l’envers de l’inconscience. Nous sommes donc condamnés à réparer les outrages du temps, sinon, vaut mieux attacher un zipper à l’entrée du voile opaque qui recouvre ce théâtre d’insultes, d’envies et d’exclusions, car l’absurdité aura une ahurissante longévité pour défier l’intelligence et la détermination.

Max Dorismond





NOTE (1) : Croisement des divinités dans le syncrétisme religieux haïtien.