Discours d'Etzer Vilaire à la mémoire des héros de l'Indépendance, de Charlemagne Péralte... 

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Monday, December 14, 2020

PRÉCIEUX SOUVENIR DE MON ``COMPÈRE`` GUIRE POULARD

Par Mérès Weche 

Mgr. Guire Poulard

Cet humble prêtre, devenu évêque, puis archevêque, fut mon ``compère``, et c’est ainsi qu’on s’interpellait l’un l’autre, pour avoir été le parrain de mon premier enfant, en partage avec Eddy Louis-Jacques, au moment de la célébration du baptême dont il avait lui-même la charge de célébrant. 

Nous nous sommes liés d’amitié au Grand-Séminaire Notre-Dame, à Port-au-Prince lorsque, lui, presque finissant en théologie, et moi, débutant en philosophie scolastique, devisions constamment sur le sens de la pastorale chrétienne en milieu paysan. 

L’abbé Guire Poulard, d’alors, originaire de Delattes, dans les montagnes de Petit-Goâve, et moi le jeune séminariste, né à Beaumont en Grand-Anse, avions un parcours académique semblable, de la paysannerie au milieu urbain. Ainsi, notre conception de la société haïtienne n’était pas différente. 

Ordonné prêtre, puis fait évêque, alors que j’avais déjà quitté le Grand-Séminaire pour réintégrer la vie laïque, comme peintre et enseignant, j’étais celui qui eut l’honneur de créer ses deux blasons épiscopaux, d’abord comme évêque de Jacmel, puis comme archevêque de Port-au-Prince. J’allais être aussi le créateur de l’armoirie archiépiscopale de son prédécesseur, Mgr l’archevêque Joseph Serge Miot. 

L’ordination épiscopale de Mgr Poulard, à Jacmel, eut une belle couverture médiatique assurée par la Télévision Nationale d’Haïti, dont je fus le Directeur culturel. C’était pour lui une grande surprise, car il ne s’y attendait pas. 

Quatre ans plus tard, il m’aura surpris à son tour, en obtenant, à mon insu, de la paroisse du Sacré-Cœur de Turgeau qu’il soit l’officiant principal aux funérailles de ma mère. Dans cette église, remplie comme un œuf, grande fut ma surprise de le voir sortir de la sacristie et investir solennellement le chœur. Son choix pour lire la première Épitre, c’était moi, qu’il cherchait des yeux dans l’assistance, pour enfin me désigner du doigt.

Deux mères entre deux mondes 

Guire Poulard, né le 6 janvier 1942,  est mort le 9
décembre 2018 à Port-au-Prince.                        

Ce furent, en ce temps-là, les obsèques de deux mères à la fois, celle d’Hubert Deronceray et la mienne. M’ayant vu accéder au lutrin, ce corégionnaire de Mgr Poulard, natif de Petit-Goâve, voulut en faire de même, mais craignant un trop long discours politique, qui retarderait le transport de la dépouille de ma mère vers Beaumont, le prélat acquiesça volontiers, mais plaça cette intervention à la toute fin de la cérémonie. Ce qui, de toute évidence, vida l’église de moitié, car l’assistance était composée de militaires et d’hommes politiques, pour Deronceray, et de la gent scolaire, pour moi, déléguée par trois collèges, de la sixième à la philo, y compris des parents et amis. Je revois encore, côte à côte, les deux poètes Claude C. Pierre et René Bélance, venus pour moi. 

Au moment de me lever pour quitter l’enceinte de l’église, Mgr Poulard s’approcha de moi pour me souffler ce qui suit à l’oreille ``Je suis venu spécialement célébrer les funérailles de ma mère``. C’est ainsi que j’appelais aussi la sienne, qui fut très affable avec moi au cours de ces vacances de Noël et de Nouvel An que j’avais passées avec Guire dans son patelin de Delattes.

À la toute fin de la cérémonie funéraire, le prélat prononça les mots suivants ``Je demande à ceux et celles qui sont là pour Madame Weche de bien vouloir accompagner sa dépouille jusqu’au parvis de l’église, car le convoi mortuaire doit se mouvoir sans plus tarder vers Beaumont, en ce temps pluvieux``. Ainsi, le discours politique de Deronceray ne s’adressa qu’à ses partisans, dans une église vidée de moitié. 

Les inconvenances d’un journaliste

Revenu de Beaumont, au bout d’une semaine, Claude C. Pierre m’apprit que le très volubile Obelin Jolicoeur avait sorti un papier dans Le Nouvelliste, titré ``Les impressionnantes funérailles de Madame Deronceray``, alléguant la présence d’un évêque et la superbe voix de ma femme dans le sublime chant ``Plus près de toi``; le tout, pour Madame Deronceray. Me pointant au Nouvelliste, j’obtins d’Annaïse Chavenet un droit de rectification dans l’espace même de ``Choses et gens entendues`` d’Obelin Jolicoeur. 

Quelques années plus tard, à l’intronisation de Mgr Poulard comme archevêque de Port-au-Prince, j’étais l’invité spécial de Liliane Pierre-Paul, sa parente, à Radio Quisqueya, pour retracer la trajectoire de cet humble prêtre qui accéda, en ce temps-là, à la plus haute dignité épiscopale haïtienne.

 
Mérès Weche


Wednesday, May 27, 2020

Publication tardive de HCC à propos du livre du Dr Jean Mathurin

Haïti Connexion Culture ne sait comment s’excuser de cet impair commis avec la perte d’un électrisant texte de Max Dorismond  (soumis le 23 octobre 2019) commentant l’arrivée du livre du Dr Jean. Mathurin, « De Jacmel à Montréal - Au gré des souvenirs du passé ». Le texte a été retracé dans nos archives.

Les vicissitudes de la vie, le hasard des choses, peuvent nous jouer des tours et détours bien malgré nous. Quel impair avons-nous commis, face à ce collaborateur hors du commun, qu’est le Dr  Jean Mathurin, qui ne rate jamais l’occasion de commenter presque toutes les meilleures nouvelles et trouvailles du Web, avec passion, élégance et objectivité. Avec réalisme, notre « grand Max », le bien nommé, a trouvé des mots justes et percutants pour résumer cet écrin de souvenirs qu’est « De Jacmel à Montréal ».

Comme le temps file à toute allure, demande-lui simplement de suspendre son envol pour stopper l’aiguille sur le résumé annoncé tout en présentant l’ouvrage tant attendu aux lecteurs.

Hervé Gilbert

Souvenirs… souvenirs… Jean Mathurin se dévoile. 

Par Max Dorismond 

Partir pour l’exil et jouer sa vie à pile ou face! On se souvient tous de ce dernier regard jeté furtivement par-dessus l’épaule pour immortaliser, une dernière fois, ou mieux, pour enregistrer sur la virtuelle pellicule de la mémoire, notre histoire particulière et personnelle avec ses pointillés. Tous, dans la diaspora, nous avons encore en tête cette ultime seconde, plaintive et muette, impossible à traduire dans aucune langue, pour décrire notre état d’âme, à ce moment précis de laisser définitivement, pour le meilleur ou pour le pire, la terre qui nous a vu naître.

Au pays d’accueil, une cassure s’opère et le temps commence à faire son œuvre de sape. Les hivers s’accumulent, lentement les jours passent et repassent. On s’acharne à butiner comme une abeille pour ériger la base de notre nouvelle vie quand, soudain, notre progéniture née au pays d’adoption manifeste le désir de découvrir le passé de leurs géniteurs.

En effet, dans son innocence immaculée, le fils découvre qu’il lui manque un atome. Le désir de combler ce vide sidéral ne fait qu’un tour dans sa tête. Il se questionne inlassablement. Car, il existe un côté de ses parents qui demeure dans l’ombre, soit leur antécédent vécu dans un ailleurs qu’il ignore royalement. Une antériorité qu’il insiste à sortir, coûte que coûte, dans l’angle mort du débat identitaire, pour sa plénitude émotionnelle, affective et spirituelle. Et ses questions lancinantes nous interpellent profondément.

En fait, nulle diaspora n’y échappe. C’est exactement, cette touchante requête de son fils unique, Patrick, avocat de profession, qui a exhorté notre ami, le Dr Jean Mathurin, à rédiger, malgré lui, ce livre tant désiré, cet opuscule intitulé « De Jacmel à Montréal – au gré des souvenirs du passé », dans lequel il expose, pour la première fois, ses réminiscences laissées sur les contreforts de Jacmel, en guise de cadeau au cher héritier.

C’est un recueil élégamment élaboré, un pur délice, que le public attendait depuis un certain temps. En commentateur avisé, Mathurin nous entretient quotidiennement, sur son blogue, de tout sur l’actualité présente ou passée. Sa passion de dire et de résumer nous apporte chaque jour un brin de fraîcheur dont on ne saurait se passer. Nous le retrouvons aujourd’hui avec son livre, dans la description et dans l’évocation d’une période révolue, à titre de marqueur identitaire.

Dans un style d’une simplicité désarmante, on eût dit qu’il vit encore les évènements décrits, tant son récit palpitant et vivant vient nous chercher dans notre recoin le plus profond. De sa naissance accidentelle, de la vie quotidienne des femmes qui l’ont élevé, de la division érigée en système, et des péripéties idiotes de la microsociété jacmélienne, Mathurin n’a rien négligé. Il nous prend par la main et nous emmène en promenade dans Jacmel et Port-au-Prince, avec des mots d’une autre époque, qui rime avec le calme ambiant et la curiosité d’un enfant surdoué. Rien n’est laissé au hasard, jusqu’à l’âge adulte : ses études de médecine, ses lettres à Sylvie, sa chère moitié, partie étudier au Canada, son exil, son mariage et la naissance de Patrick, etc. C’est un ouvrage qui se lit d’une traite, presque comme un roman d’aventure. C’est un pur délice. Du bon Mathurin!

Ce qui émerge pour notre bonheur dans le récit de Mathurin, c’est le caractère particulier de la vie provinciale. Ayant laissé Haïti à une époque où nous ne pouvions même pas oser penser à jouer au touriste local, c’est à l’étranger que la diaspora a pu découvrir le charme des provinces de chez nous. À bâtons rompus, au hasard des rencontres, ou dans quelques écrits épars, certains nostalgiques nous entraînent parfois dans les méandres de leurs souvenances les plus chères, abandonnées çà et là dans leur coin de paradis. Vision idyllique, certes, mais plaisante pour notre esprit orphelin qui n’en demande pas plus. Mathurin nous l’offre à satiété, en nous faisant découvrir une destination captivante qui nous était étrangère.

Certains pensent que cette littérature provinciale serait très bienvenue en diaspora. J’y souscris, car, sur tous les plans, elle serait utile par son côté pittoresque, touristique, culinaire, coutumier et, plus encore, au niveau politique, par exemple.

Pourquoi politique? En effet, ayant l’histoire en partage, nous avons surtout connu les crimes majeurs qui ont défiguré la capitale durant le règne des Duvalier. Mais les abus dans ces provinces éparpillées, les petits crimes oubliés, ni vus, ni connus, dans ces coins reculés, les gestes déshumanisants de certains macoutes ou militaires imbéciles, seraient inscrits définitivement pour l’éternité et pour l’histoire sur le Web afin que nul n’en ignore.

Docteur Mathurin a brossé sincèrement et succinctement un pan de ce mal qui avait endeuillé sa belle province. Rares sont ceux d’entre nous qui n’avaient pas connaissance d’un camarade emportés durant cette angoissante époque, par cette folie innommable de ce temps maudit et que l’histoire semble négliger. Face à ce passé qui se perd et s’étiole, nous sommes condamnés au devoir de mémoire.

Max Dorismond Mx20005@yahoo.ca