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Wednesday, January 28, 2026

Dieudonné Larose : hommage à une voix majeure de la musique haïtienne

Dieudonné Larose

Par Hervé Gilbert

Dieudonné Larose s’en est allé. Avec lui disparaît une voix, mais demeure une présence : celle d’un artiste dont le timbre, la sensibilité et la conscience résonneront encore longtemps dans la mémoire collective haïtienne. Figure majeure de la musique populaire haïtienne, il sut transformer le quotidien en poésie et les blessures collectives en mélodies porteuses d’espérance. 

Sa voix, immédiatement reconnaissable, portait l’âme d’Haïti. Elle chantait l’amour et l’absence, la lutte et la dignité, la nostalgie et l’espoir. À travers ses chansons, Dieudonné Larose accompagna des générations — dans les festivals, les bals populaires — jusqu’à la diaspora, lors de soirées festives où sa musique demeure un lien vivant entre l’exil et la terre natale. 

Il fit ses débuts au sein du Shoogar Combo, notamment lors du carnaval Pigeon, avec entre autres une chanson à succès dédiée à « maman », avant de rejoindre le DP Express, où il marqua durablement les esprits avec Gran Nana. Ces expériences forgèrent son identité artistique et affirmèrent une présence scénique déjà remarquable.

C’est toutefois au Canada, avec le groupe Missile 727, qu’il s’imposa pleinement. Des titres comme Mandela, Guerre mondiale, Jolie Minou, Rasanble ou Limbé s’inscrivirent durablement dans le paysage musical. Accessibles et profonds, ces morceaux révélèrent un artiste engagé, capable de rassembler sans jamais renoncer à la lucidité. 

Au-delà de la voix et de l’engagement, Dieudonné Larose imposait aussi une signature visuelle rare. Styliste de fait, il était son propre couturier, dessinant lui-même ses costumes de gala avec un sens aigu du détail et du protocole. Sur scène, son élégance n’était jamais ostentatoire : elle relevait d’une discipline, d’un respect du public et de l’art. Il demeure l’un des rares artistes haïtiens à avoir élevé l’habillement au rang de langage scénique, toujours impeccablement vêtu, maîtrisant l’allure comme la posture. Cette rigueur vestimentaire accompagnait une présence magnétique : dès qu’il apparaissait, la salle s’animait, et les refrains de ses chansons, connus de tous, étaient repris en chœur. À cet instant précis, Dieudonné Larose cessait d’être un simple interprète pour devenir une véritable icône de la musique haïtienne, à la fois élégante, populaire et profondément respectée. 

Avec Mandela, chanson devenue un hit à une époque où Nelson Mandela était encore emprisonné, Dieudonné Larose inscrivit la musique populaire haïtienne dans une dimension historique et panafricaine. L’œuvre dépassa le simple divertissement pour devenir un acte de solidarité internationale, rappelant qu’Haïti demeure attentive aux combats pour la liberté et la justice à travers le monde. Ce message fort lui valut plusieurs distinctions et plaques d’honneur sur le continent africain. 

C’est dans cette continuité mémorielle que s’inscrit la vidéo de Mandela, publiée il y a dix-sept ans sur ma chaîne YouTube, où l’on voit Dieudonné Larose, aux côtés du groupe Top Vice, lors d’une prestation en Martinique. Plus qu’une simple archive, ce document témoigne de la portée caribéenne et universelle de son œuvre, ainsi que de la force intacte de l’artiste sur scène. 

Au-delà du chanteur, c’est une conscience culturelle que nous perdons. Sur scène comme dans ses textes, Dieudonné Larose captivait son public tout en dénonçant, avec courage et éloquence, les inégalités sociales. Il fut bien plus qu’un interprète : une voix de contestation, un messager, à l’instar de Bob Marley. 

Haïti et sa diaspora pleurent l’un de leurs fils les plus sensibles. Mais son départ n’est pas un silence. Ses chansons demeurent comme des repères et des archives vivantes, témoins d’un peuple qui continue de se raconter à travers la musique. 

À sa famille, à ses nombreux enfants et petits-enfants à travers le monde, à ses proches, à ses compagnons de scène et à tous ceux que sa voix a touchés, nous adressons nos plus sincères condoléances. Dieudonné Larose n’est plus parmi nous, mais il ne nous quitte pas. Par son art, il entre dans l’éternité. 

Hervé Gilbert






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