Discours d'Etzer Vilaire à la mémoire des héros de l'Indépendance, de Charlemagne Péralte... 

Showing posts with label Fidel Castro. Show all posts
Showing posts with label Fidel Castro. Show all posts

Saturday, December 17, 2016

René Depestre : « Je me suis réconcilié cette année avec Cuba »

A 90 ans, René Depestre a été un témoin privilégié de la révolution cubaine. Alors âgé de 26 ans, il avait rejoint « ses frères d'armes » dans la Sierra Maestra en 1953 après avoir sillonné l'Amérique latine, la Chine et l'Europe de l'est. Poète, romancier et essayiste, il est entré dans la littérature par la révolte il y a 70 ans en Haïti.

René Dépestre
Comment avez-vous accueilli la mort de Fidel Castro ?
Avant tout, je me dois d'éviter les pièges du lyrisme et ceux du dénigrement, parce que je vois aujourd'hui autour de moi qu'il y a des torrents de calomnies qui s'abattent sur le parcours de Castro et puis il y a naturellement des discours apologiques et très forts. Mais il y a un fait, c'est que la solidarité plébiscitée par sa mort, comme ce fut le cas pour les funérailles d'Aimé Césaire. Comme je l'ai dit ces jours-ci, j'ai vécu à la fois les grands espoirs de la révolution cubaine et les désillusions. Donc il me faut parler des raisons qui m'ont fait espérer de Cuba dans les années 1960 et le désespoir que j'ai connu de très près également. Tout d'abord, ce qui frappe vraiment, c'est que Cuba est le seul petit pays par sa taille à occuper, sur la scène internationale, une place aussi importante. De ce fait, toute la planète parle de ce pays et son leader. C'est extrêmement rare. Ensuite, si on veut considérer quels sont les acquis internationaux que Castro a glanés pour Cuba, on peut considérer que ce pays a contribué à la décolonisation totale de l'Afrique, grâce aux 40 000 hommes envoyés sur les fronts en Angola, au Mozambique, en Ethiopie, en Algérie. Ce pays a été présent au XXe siècle sur tous les champs de bataille de la décolonisation. C'est considérable, quelles que soient les opinions qu'on puisse avoir du point de vue idéologique de Cuba.

Faites-vous un parallèle entre la révolution haïtienne au XVIIIe siècle et celle de Cuba au XXe ?
La révolution cubaine a touché toute la planète, ce qui n'était pas le cas pour la révolution haïtienne. Par la suite, le régime à La Havane a envoyé des médecins, des infirmiers en Haïti, notamment lors des catastrophes naturelles dont nous avons été victimes en 2010.
Personnellement, vous avez eu des démêlés avec le pouvoir cubain. En gardez-vous un goût amer ?

J'ai vécu des épreuves qui ont été douloureuses car elles ont été à l'origine de ma rupture en 1978 avec les autorités cubaines. Parce que j'ai pris fait et cause pour Padilla, un grand poète cubain. C'était un ami, un homme de talent, mais qui critiquait ce qu'il fallait critiquer dans la vie civile. Il a été arrêté et obligé de faire une confession pour s'accuser de tous les maux de la terre. On lui a remis le texte de la confession cinq minutes avant la réunion de la chambre des écrivains qui l'accueillaient ce jour-là. Il a fait une confession absolument lamentable. Ce n'était pas lui : les agents de la sécurité publique lui ont fait lire le texte. J'ai été témoin de cette injustice. A la fin de la réunion, j'ai pris la parole pour défendre Padilla. J'ai été le seul à le faire. Aujourd'hui, je peux le dire pour la première fois.

Mais comment peut-on expliquer qu'un rêve socialiste tourne au cauchemar ?
Le problème est d'une extrême complexité. Avant la révolution, Castro n'était pas communiste. Il ne l'était même pas dans les six premiers mois de la révolution. Je les connaissais pour avoir été très proche d'eux. Je suis allé à Cuba à l'invitation du Che dès le mois de mars 1959. J'étais un notable d e la révolution, donc au courant de tout. D'ailleurs, je viens de terminer un livre qui s'appelle « Une gomme pour le Christ » qui sortira en début d'année et dans lequel j'ai écrit tout un chapitre intitulé « Cuba, service après naufrage » . Je dis tout ce que j'ai vu et vécu. Alors Castro n'était pas communiste, contrairement à son frère. Mais quand il s'est heurté à l'hostilité d'Eisenhower, puis de Kennedy, il n'avait plus le choix. Notamment, il lui fallait un marché pour écouler la production sucrière. Alors, les communistes cubains ont sollicité l'URSS pour aider leur pays. C'est comme ça que Castro est passé avec armes et bagages du côté soviétique.

Qu'elle a été la gestion de la question noire par les vainqueurs ?
Comme Haïtien en me rendant à Cuba, je me posais la question de savoir si les révolutionnaires allient pouvoir régler le problème racial. Il faut noter que Cuba était un pays extrêmement raciste avant la prise du pouvoir par les communistes. Je l'ai subi en 1952 lors de mon séjour sous Batista avec mon épouse qui était une femme blanche. Ils ont pris ma femme à part en lui disant qu'elle devrait avoir honte d'épouser un Haïtien qui, en plus est un bolchevik. Il n'y avait pas pire ennemi qu'un Haïtien bolchevik. A la fin, nous avons été expulsés manu militari.. Et quand la révolution a triomphé, je suis allé à Cuba. Peu après mon arrivée, j'ai entendu Castro évoquer la question raciale dans un discours prononcé au coeur de La Havane. Le lendemain, des gens ont quitté le pays en disant qu'il allait instaurer le mariage mixte et livrer les femmes blanches aux Noirs. Il y a eu un scandale, à tel point que sans reculer sur la lutte contre le racisme, il avait favorisé l'accès des Noirs à l'éducation et aux hautes fonctions du pays. C'était une bonne chose, car avant Castro, le pays marchait tout droit vers l'apartheid à la manière sud africaine. Le Che et Castro ont instauré une démocratie raciale.

Quel regard posez-vous sur l'avenir d'Haiti qui vient d'élire un nouveau président ?
Oui, le pays a mis des mois pour élire un nouveau chef d'Etat. Ce qui montre l'incapacité des pouvoirs à s'organiser pour faire face aux très nombreux défis. C'est le résultat de la disparition de la société civile en Haïti. Ce n'est pas seulement un tremblement de terre pour Haïti, mais c'est un séisme pour l'Histoire. J'éprouve en ce moment, un grand pessimisme pour Haïti. C'est la première fois que je suis dans cet état.

Vous venez de fêter vos 90 ans. Bloncourt avec qui vous avez mené une révolution qui fête ses 70 ans. Quels souvenirs en gardez-vous ?

Oui! Avant la révolution du 23 juillet 1953 par Castro, nous avons bouleversé le paysage politique haïtien. Nous étions quelques-uns dont Jacques-Stéphane Alexis, Gérald Bloncourt, Gérard Chenet et bien d'autres. Nous sommes descendus dans la rue et avons crée un journal, « La Ruche » , dans lequel nous avons fait le procès du gouvernement de Lescot. André Breton et Aimé Césaire étaient à l'époque en Haïti. Grâce à leur présence, nous avons renversé le régime. Les militaires ont pris ensuite le pouvoir. Depuis lors, je suis en dehors d'Haïti. Je n'ai jamais pu y vivre.

Auriez-vous souhaité une révolution en Haïti ?

A l'heure actuelle, on ne peut plus considérer les choses en termes de révolution. Parce que la révolution d'octobre, la plus importante du XXe siècle, est partie en fumée, la révolution chinoise et celle du Vietnam ont sauvé les meubles et la cubaine aussi... Je crois que l'idée même de révolution est discréditée par l'effondrement des utopies. Il faut donc faire en ce moment preuve de beaucoup d'imagination.
Un petit pays comme Haïti n'aura droit au salut que par la solidarité internationale. J'appelle ce pays un hapax, c'est-à-dire une occurrence langagière qui n'arrive qu'une seule fois dans une langue. Je dis qu'Haïti est un hapax politique, sociologique, culturel. Nous n'avons pas de société civile. Haïti fait du surplace existentiel. Il faut s'en sortir, non pas par une révolution, mais une mobilisation de tous ses enfants.

Vous étiez l'un des amis et confidents de Césaire. Que tireriez-vous de son expérience ?

J'ai été dans sa classe en Haïti lors de son passage avec son épouse Suzanne durant 7 mois. Depuis ce jour-là, j'avais une haute considération. J'ai toujours été très proche de lui. J'ai connu la négritude, il y avait à boire et à manger là-dedans. Mais aujourd'hui, il y a plus à manger qu'à boire. Je pense donc que Césaire est à mettre sur le même pied que Fidel Castro. Je peux dire, rétrospectivement que les deux hommes les plus importants d'Amérique latine et la Caraïbe sont Césaire et Fidel Castro. La pensée intellectuelle de l'un est amenée à connaître la même présence planétaire que la pensée politique de l'autre.

Mais l'après Castro s'annonce plutôt houleux...
Je vous fais une confidence : je me suis réconcilié cette année avec Cuba. D'ailleurs, j'avais été invité par Raul Castro, lors de sa visite en France. S'agissant des relations avec les Etats-Unis, je pense qu'après la visite de Barack Obama à Cuba, le nouveau chef de l'Etat ne va exercer aucune agression sur ce pays. Trump ne reviendra pas sur le passé, car Cuba va évoluer dans le bon sens. Il s'en sortira mieux qu'Haïti.

Source : FRANCE-ANTILLES





Saturday, December 10, 2016

« Ce qui a été omis à la mort de Fidel Castro », par Noam Chomsky

Le linguiste et philosophe américain
Noam Chomsky

Le linguiste et philosophe Noam Chomsky, figure majeure du paysage intellectuel états-unien, nous a livré ses réflexions exclusives après la mort de Fidel Castro à l'occasion d'une rencontre dans les locaux de « l'Humanité » et de « l'Humanité Dimanche ».

« Les réactions à la mort de Fidel Castro diffèrent selon l'endroit du monde où vous vous trouvez. Par exemple, en Haïti ou en Afrique du Sud, c'était une figure très respectée, une icône, et sa disparition a suscité une grande émotion.

« Aux États-Unis, l'ambiance générale a été résumée par le premier titre du "New York Times", lequel indiquait en substance : "Le dictateur cubain est mort". Par curiosité, j'ai jeté un oeil aux archives de ce journal pour voir combien de fois ils avaient qualifié le roi d'Arabie saoudite de "dictateur". Sans surprise, il n'y avait aucune occurrence...

« Il y a également un silence absolu sur le rôle joué par les États-Unis à Cuba, la manière dont Washington a oeuvré pour nuire aux velléités d'indépendance de l'île et à son développement, dès la révolution survenue en janvier 1959. L'administration Eisenhower a tenté de renverser Castro, puis, sous celle de Kennedy, il y a eu l'invasion manquée de la baie des Cochons, suivie d'une campagne terroriste majeure.

« Des centaines, voire des milliers de personnes ont été assassinées avec la complicité de l'administration américaine et une guerre économique d'une sauvagerie extrême a été déclarée contre le régime de Fidel Castro. Cette opération, baptisée opération "Mangouste", a culminé en octobre 1962 et devait aboutir à un soulèvement à Cuba auquel Washington aurait apporté son appui.

« Mais en octobre 1962, Khrouchtchev a installé des missiles à Cuba, sans doute en partie pour contrecarrer l'opération "Mangouste" mais aussi pour compenser l'avantage militaire dont disposait l'armée américaine dans la guerre froide, conséquence du refus par Washington de l'offre de désarmement mutuel émise par Moscou. Ce fut sans doute le moment le plus dangereux de l'histoire de l'humanité.

« Personne ne se demande pourquoi Mandela, à peine libéré de prison, a rendu hommage à Fidel Castro.

« Dès la fin de la crise des missiles, Kennedy a relancé les opérations terroristes contre Cuba ainsi que la guerre économique, ce qui a eu des implications majeures sur les capacités de développement de Cuba. 

« Imaginez ce que serait la situation aux États-Unis si, dans la foulée de son indépendance, une superpuissance avait infligé pareil traitement : jamais des institutions démocratiques n'auraient pu y prospérer. 

« Tout cela a été omis lors de l'annonce de la mort de Fidel Castro. Autres omissions : pourquoi une personnalité aussi respectée que Nelson Mandela, à peine libérée de prison, a-t-elle rendu hommage à Fidel Castro en le remerciant de son aide pour la libération de son pays du joug de l'apartheid ? 

« Pourquoi La Havane a-t-elle envoyé tant de médecins au chevet d'Haïti après le séisme de 2010 ?

« Le rayonnement et l'activisme international de cette petite île ont été stupéfiants, notamment lorsque l'Afrique du Sud a envahi l'Angola avec le soutien des États-Unis. Les soldats cubains y ont combattu les troupes de Pretoria quand les États-Unis faisaient partie des derniers pays au monde à soutenir l'apartheid.

« Sur le plan interne, à Cuba, il y avait certes une combinaison de répression, de violations des droits de l'homme, mais à quels niveaux ces abus étaient-ils liés aux attaques répétées venues de l'extérieur ? Il est difficile d'avoir un jugement clair sur cette question. Il faut également noter que le système de santé à Cuba s'est imposé comme l'un des plus efficaces de la planète, bien supérieur, par exemple, à celui que nous avons aux États-Unis.

« Et concernant les violations des droits de l'homme, ce qui s'y est produit de pire ces quinze dernières années a eu lieu à Guantanamo, dans la partie de l'île occupée par l'armée américaine, qui y a torturé des centaines de personnes dans le cadre de la "guerre contre le terrorisme". »

Cette entrevue fait partie d’un dossier de 28 pages paru dans « l’Humanité Dimanche » ( édition du 1er au 14 décembre 2016 ) à l’occasion du décès de Fidel Castro.





Sunday, November 27, 2016

Et si Haïti s’inspirait des réalisations cubaines


Fidel Castro 1926 - 2016
Par Max Dorismond
Vendredi soir, 25 novembre, attablé avec quelques amis dans un restaurant, au cours d’une discussion presque prémonitoire, l’île de Cuba s’est invitée à la conversation. Tout y passa, nos vacances sur l’île de Castro, l’inévitable comparaison avec Haïti etc… Sans doute, au même moment, le Líder Máximo avait déjà fermé ses yeux pour toujours.  Le monde perd ainsi une figure transcendante. Paix à son âme !

L’un de mes interlocuteurs insistait lourdement sur la vétusté des immeubles institutionnels, de la dégradation de la vie et sur tous les aspects  négatifs de la vie à Cuba. Après l’avoir écouté attentivement, je lui ai expliqué qu’à mon avis, pour comprendre Cuba, il fallait s’élever au delà de notre système capitaliste, transcender notre culture consumériste pour saisir avec objectivité les paramètres de la vie cubaine qui nous échappent.

Le père de la révoulution cubaine
En effet, nous avions, tous au départ, regardé Cuba avec les yeux du touriste néophyte. Après quelques séjours, je m’en suis fait ma propre idée.  Plusieurs Cubains, s’exprimant en français et en anglais, se font  souvent un plaisir de nous ramener sur terre. Certains, parfois, se laissent aller aux confidences et finissent par apprendre aux visiteurs maintes choses sur les us et coutumes du pays, la misère des uns, le bonheur des autres etc... Quelques-uns sont directs, d’autres utilisent des métaphores pour faire passer leurs messages, à l’exemple de notre guide qui nous contait cette blague en guise d’adieu : « Un américain était arrivé au ciel. Saint Pierre avait déroulé le tapis rouge. C’était la fête et la farniente durant une semaine : grandioses réceptions, de superbes nanas, des filles à gogo, bamboche tropicale. C’était le temps de l’insouciance. De retour sur terre, lassé de la routine habituelle, la nostalgie de ce premier séjour imposa un nouveau départ au pays du très bon Saint. Une fois là haut, c’était la chaleur étouffante de l’enfer qui devint son monde. Sans fard et sans ostentation aucune, la vie devint inacceptable. Il déposa ses griefs devant les instances concernées pour s’entendre dire que la semaine précédente, il était un touriste, maintenant, il était devenu un résident ». Paf !

Fidel et Raùl Castro
De retour sur notre sujet d’un soir, nous n’allons pas jouer à l’autruche et avons reconnu sans ambages que la période révolutionnaire a été très dure pour les Cubains. Beaucoup ont laissé leur peau.  L’île était dirigée d’une main de fer par son nouveau maître comme Haïti sous le règne des Duvalier, de 1957 à 1986. En fait, les surnoms ou quolibets, qui ont été accolés à Fidel depuis le début jusqu’à sa mort, dénotent qu’une « révolution n’est pas un lit de rose sur lequel on s’allonge pour rêver 1 ». Derrière les portes close, on le surnommait : El Loco (le fou), El Caballo (le cheval), El Payaso (le clown) et hier encore, El Coma Andante (le coma ambulant).  

Les frères Castro ont misé sur l'éducation de leur concito
yens en éradiquant l'analphabétisme.                             
Mais qu’est ce qui en est résulté, après cette meurtrissure : un pays sous perfusion, mais pas un pays affamé. Le Cubain mange à sa faim et reçoit une ration de vie à chaque quinzaine. Plusieurs maisons sont vétustes, mais personne ne dort à la belle étoile. Le soir venu, le citoyen ou le touriste peut circuler sans jeter un œil furtif par dessus son épaule. L’organisation sociale, physique et  géographique ne laisse pas à désirer. Par exemple, le passage du cyclone Matthew, bien que catastrophique, ne provoqua aucune perte de vie humaine. La question de couleur est presqu’inexistante. L’exclusion à cause de la couleur ou de la race est bannie des programmes sociaux sous peine de punition. Les mendiants sont rares, sauf à la capitale, la Havane, où j’avais croisé quelques-uns épars. Dans les autres villes ou villages, c’est une entité rarissime. Le jeune cubain d’aujourd’hui, fier et altier, instruit et polyglotte, rencontré dans les hôtels à titre d’employé, partage une autre philosophie, une autre conception de la société et du monde. Il est aux antipodes de la pression socio-économique qui nous empoisonne l’existence.  La course folle après l’argent qui fait de nous les champions incontestés de la corruption est absente de ses préoccupations quotidiennes. La concurrence individuelle, qui motive et régule notre vie, n’est pas son apanage. A preuve, j’ai rencontré dans l’arrière pays d’Haïti, en pleine campagne, quelques médecins cubains, se confondant et se métamorphosant dans le quotidien des paysans. Ils passeraient inaperçus si un bon samaritain ne les avait signalés à notre attention.  Ceci incite à réfléchir sur la portée de chaque concept. Malgré un embargo de plus de 50 années, les frères Castro ont misé sur l’éducation de leurs concitoyens en éradiquant l’analphabétisme. Un programme gratuit et obligatoire pour tous jusqu’à l’université a été instauré. Trois activités productives ont maintenu Cuba en vie : l’agriculture, la production de médicaments et le tourisme.  Pour ce dernier secteur, la sécurité et la propreté du pays aidant, les vacanciers ne se font pas prier. Les forfaits « tout compris » comblant totalement leurs besoins primaires, les touristes avisés débarquent sur l’île en masse.

Alors voilà ! A-t-on besoin d’être un adepte du communisme pour réaliser la plupart de ces programmes ? Bien sûr que non. Il suffit à tous d’éprouver un réel amour pour son pays et d’avoir la corruption en horreur. Ainsi, en s’inspirant des réalisations cubaines, Haïti pourrait offrir à ses fils une ère d’humanité, au lieu de leur payer, par cupidité, par couardise et par ignorance, un billet tout droit pour l’enfer.

Disons, non pas adieu, mais au revoir à Fidel qui nous a donné tant à voir, à réfléchir, à méditer et à comparer. Souhaitons, comme il l’espérait, que l’histoire l’absolve. 

Par Max Dorismond

Saturday, November 26, 2016

Fidel Castro, le père de la révolution cubaine, meurt à 90 ans

Fidel Castro 1926-2016
Fidel Castro, père de la Révolution cubaine et dirigeant du régime communiste pendant près de cinq décennies, est mort vendredi 25 novembre à l’âge de 90 ans, a annoncé son frère Raul à la télévision cubaine. Il avait été forcé par la maladie à se mettre  en retrait de la vie publique en 2006, puis à céder officiellement la place à son frère cadet Raul Castro deux ans plus tard.

Fidel Castro et son armée pendant la marche vers  La Havana

Fidel Castro : « Autant détesté qu’aimé », pour la presse américaine


Les médias américains le décrivent comme un « leader répressif » mais aussi comme le « tourment » d’une dizaine de présidents des Etats-Unis

En 2006, c’est par la télévision que les Cubains ont appris que Fidel Castro s’était résigné à déléguer « provisoirement » ses pouvoirs à un groupe de dirigeants emmenés par son frère Raul Castro. Un lundi soir, le 31 juillet, les téléspectateurs ont découvert le visage inexpressif de Carlos Valenciaga, le secrétaire privé du père de la révolution cubaine, qui lisait une « proclamation » signée du Lider Maximo lui-même.

« Des jours et des nuits de travail continu, pratiquement sans sommeil, ont soumis ma santé, qui avait pourtant résisté à toutes les épreuves, à un stress extrême, disait le texte. Cela m’a provoqué une crise intestinale aiguë avec des saignements continus, ce qui m’a obligé à affronter une opération chirurgicale complexe. »

Le diagnostic, tout comme l’évolution de la maladie et le traitement adopté, ainsi que le lieu de l’hospitalisation, ont été d’emblée considérés comme « secret d’Etat ». Il a fallu des mois pour apprendre que la première intervention chirurgicale avait eu lieu le 27 juillet. La Havane a attendu quatre jours avant de se décider à communiquer.
Les déclarations rassurantes de son entourage, qui évoquaient son « rétablissement », n’ont pas empêché les spéculations. Pas plus que les embarras terminologiques du régime, déterminé à bannir les mots « succession » et « transition ». Des photos, puis des vidéos, distillées au compte-gouttes, étaient censées démontrer les progrès de la convalescence, alors qu’elles prouvaient tout simplement que le malade, très affaibli, restait en vie.

Retour en images d’archives sur la vie du Líder Máximo, dernière figure de la Guerre Froide.



« Irremplaçable »
La durée de la passation de pouvoirs « provisoire » a fait l’objet d’ajustements qui ont entretenu le suspense. La célébration de ses 80 ans, le 13 août 2006, fut ainsi renvoyée au 2 décembre 2006, anniversaire du débarquement du Granma, qui marque le début de la guérilla de la sierra Maestra. Lors du sommet des pays non alignés, le 15 septembre 2006 à La Havane, Fidel Castro reçut à son chevet le président vénézuélien, Hugo Chavez, et le secrétaire général des Nations unies à l’époque, Kofi Annan.

La veille du Nouvel An 2007, un message du Lider Maximo assurait toujours que sa convalescence était « loin d’être une bataille perdue ». « Fidel est irremplaçable », ne cesse de déclarer le successeur, dont le nom est inscrit dans la Constitution, Raul Castro, le frère cadet, qui adopte un profil bas, conforme à sa personnalité, et qui ne deviendra définitivement le chef de l’Etat que le 24 février 2008. Quant au titre de premier secrétaire du parti unique, il ne lui reviendra qu’en avril 2011.

Depuis mars 2007, la presse cubaine reproduisait en « une » les « Réflexions » du camarade Fidel, qui semblait réduit à un simple commentateur de l’actualité. La réalité était plus complexe. Transformé en statue du Commandeur de son vivant, Fidel Castro pouvait encore faire tomber des têtes, et non des moindres, comme dans les cas du vice-président Carlos Lage et du ministre des relations extérieures Felipe Pérez Roque, limogés en 2009.

Mais, la plupart du temps, l’ancien Lider Maximo se limitait à gloser sur les dépêches d’agence narrant le cours du monde, sans prendre position sur les changements introduits à Cuba par l’équipe de Raul Castro.

Le patriarche avait troqué son treillis de combat pour le survêtement Adidas. Pour la première fois, les Cubains apprennaient l’existence d’une épouse cachée, Dalia Soto del Valle, avec laquelle il avait eu cinq enfants. Quant aux visiteurs illustres de La Havane, aucun ne refusait de figurer dans l’album photos d’une légende. Peu leur importait combien de sang elle avait versé.
A Cuba, Fidel Castro a été, pendant presque cinq décennies de pouvoir absolu – le plus long règne de l’histoire contemporaine –, la « parole qui oriente ». 

Le président François Hollande a réagi à la disparition de Fidel Castro, mort vendredi 25 novembre à l’âge de 90 ans. Depuis Madagascar où il se trouve dans le cadre du 16e sommet de la francophonie, le président français a rendu hommage à « une grande figure du XXe siècle », ajoutant souhaiter que l’embargo qui pèse toujours sur Cuba prenne fin.

Comment juger sereinement un oracle qui s’ingénia tant à brouiller les pistes ? Il a toujours été attentif à protéger ses vraies motivations, personnelles et politiques, tout en étalant complaisamment en public, devant ses intimes ou les hôtes étrangers, ses passions, ses curiosités innombrables, voire ses petites manies : la lecture, le sport, les recettes de cuisine ou les méthodes d’élevage, il était l’éclectisme poussé au paroxysme. Il avait un avis définitif sur presque tout et aimait tenter de l’imposer aux autres.

Etre le premier, le meilleur, le plus ferme. « Fidel a toujours raison », disait Celia Sanchez, la compagne très affectionnée dans le maquis de la sierra Maestra, gouvernante efficace, puis secrétaire du gouvernement qui, plus qu’aucun autre de l’entourage du monarque Fidel, a tenté d’ordonner l’emploi du temps débridé du Lider Maximo. « Chef suprême » : ce titre résumait la totalité des pouvoirs politiques et militaires qu’ il a exercés sans partage et si longtemps.

On sait tout de ce qui importait le moins. De ses performances à la pêche sous-marine, sport préféré qu’il pratiquait à Cayo Piedra, un îlot préservé dans la baie de Guantanamo, où il recevait parfois ses hôtes de marque. Du record de coupe de la canne à sucre établi en un seul jour par Fidel, à la fin des années 1960, lorsqu’il s’agissait d’inciter les macheteros à se surpasser : anecdotes largement reproduites par la presse cubaine à la dévotion du numéro un, depuis son arrivée à La Havane, en janvier 1959, jusqu’à la fin.
Médias « aux ordres »

De façon peu convaincante, Fidel n’a cessé de critiquer ces médias « aux ordres », de réclamer formellement une presse plus audacieuse… En vain, bien sûr. A moins que ce décalage étonnant entre les injonctions du commandant en chef et des médias immuablement monocordes n’ait illustré ce goût profond pour l’ambiguïté de Fidel.

Castro était un disciple et admirateur de José Marti, héros des guerres d’indépendance, qui recommandait de dissimuler le plus longtemps possible le coup que l’on voulait porter. Un « conspirateur dans l’âme », selon Tad Szulc, journaliste du New York Times, reçu plusieurs mois à Cuba et autorisé exceptionnellement à consulter les archives du gouvernement pour rédiger une biographie du Lider Maximo. « Un maître dans l’art de se dissimuler aux yeux des autres », ajoutait-il. Entre Machiavel et Marx.
En politique, comme dans l’action, dans la lutte armée à Cuba comme à l’extérieur – en Angola, en Ethiopie, en Amérique latine –, Fidel s’est efforcé de dissimuler ses intentions et ses objectifs. Il est souvent parvenu à transformer un échec militaire en victoire politique. Quel meilleur exemple, dès le début, que l’assaut manqué lamentablement contre la caserne Moncada, le 26juillet 1953 ? Ou que le débarquement raté du Granma – « un naufrage », disait Ernesto Che Guevara – sur la côte orientale de Cuba, en décembre1956 ?

Castro s’est avancé masqué pendant la guérilla et dès son entrée en héros à La Havane, triomphant de la dictature de Fulgencio Batista. « La révolution cubaine est une démocratie humaniste », disait-il lors de son voyage de vainqueur aux Etats- Unis, en avril 1959. Il a attendu deux ans pour se proclamer marxiste-léniniste et plus encore pour créer, du jour au lendemain, un « nouveau » Parti communiste cubain, dont le comité central de cent membres – tous anciens compagnons de guérilla dans la sierra Maestra, le massif montagneux du sud de l’île – a été composé par ses soins.
Puis, il a lâché des semi-confidences, des allusions qui embrouillaient plus qu’elles n’explicitaient. « J’étais presque communiste » avant de prendre le pouvoir, a-t-il ensuite assuré. Szulc a affirmé que Castro avait, dès son arrivée au pouvoir, mis en place un gouvernement « parallèle » secret, qu’il avait signé un pacte, également secret, avec les vieux communistes du Parti socialiste populaire et rencontré, dès l’automne 1959, un émissaire soviétique. Le même auteur, pourtant, a conclu que Castro avait « mis le grappin » sur les communistes cubains, et non l’inverse.

Sources: Le Monde, l'Observateur

Monday, March 21, 2016

Président Obama à son arrivée à La Havane: "Comment ça va Cuba?"

Air Force 1 lors de sa descente finale sur l'aéroport
Jose Marti de la Havane le dimanche 20 Mars 2016.
Le président Barack Obama est arrivé, dimanche 20 mars, à La Havane (Cuba), pour une visite historique de trois jours, la première tournée d’un président américain depuis quatre-vingt-huit ans. En effet, aucun président américain  en exercice, après Calvin Coolidge en 1928, ne s’est rendu à Cuba. "Président Coolidge, lors de sa visite en 1928,  était venu sur un navire militaire, cela lui avait pris trois jours tandis que ce voyage m'a pris seulement trois heures", a déclaré Barack, lors de sa première adresse aux diplomates américains postés à Cuba.
L'avion présidentiel Air Force One s'est posé, sous la pluie, en fin d'après-midi à La Havane sur l'aéroport Jose Marti, du nom du père de l'indépendance de cette ancienne colonie espagnole.

La famille présidentielle foulant le sol cubain
"¿Que bola Cuba?" ("Comment ça va Cuba ?"), a lancé M. Obama sur son compte Twitter en utilisant une expression populaire, quelques secondes après l'attérissage d'Air Force One. "Je viens d'atterrir, je suis impatient de rencontrer et d'écouter les Cubains".

Accompagné de son épouse, Michelle Obama, et de leurs deux filles, Sasha et Malia, le président américain s’est rendu, sous une pluie battante, dimanche soir dans la cathédrale de La Havane, trésor baroque du XVIIIe siècle. Il y a rencontré le cardinal Jaime Ortega, qui a joué un rôle majeur dans  la percée diplomatique de décembre 2014.

Plusieurs militants du mouvement dissident "des dames
en blanc" ont été arrêtés à l'issue de leur procession do
minicale peu avant l'arrivée d'Obama à Cuba.               
Avec ce voyage, Obama, qui quittera la Maison Blanche dans dix mois, a un objectif clair: rendre irréversible le spectaculaire rapprochement engagé le 17 décembre 2014 avec le président Raul Castro. Quelques heures avant son arrivée, les autorités cubaines ont arrêté plusieurs dizaines de dissidents lors de l'habituelle procession dominicale des Dames en Blanc près d'une église de l'ouest de La Havane.

Barack Obama, qui doit rencontrer des dissidents mardi, a prévenu qu'il évoquerait "directement" les droits de l'homme lors de ses entretiens lundi avec Raul Castro, qui a succédé à son frère Fidel voici presque 10 ans.
Avant sa venue, Barack Obama a pris de nouvelles mesures pour faciliter les visites des Américains à Cuba et pour la participation de cette dernière au commerce  international.

Président Obama saluant la mémoire de Jose Marti, le
père de la révolution cubaine.                                      
Cette visite, qui durera jusqu’à mardi, vise à rendre « irréversible » le rapprochement entre les Etats-Unis et Cuba, amorcé par Barack Obama en décembre 2014, souligne la Maison Blanche. Les relations diplomatiques ont été rétablies en juillet entre les deux pays, qui continuent néanmoins d’entretenir de profonds désaccords.


Instauré après l’arrivée au pouvoir des révolutionnaires emmenés par Fidel Castro, frère de l’actuel président, en 1959, l’embargo américain sur Cuba reste néanmoins en vigueur. Le président américain espère que ce dernier pourra être levé par le Congrès américain.


Rencontre avec Raul Castro et discours au peuple cubain

Outre la rencontre avec son homologue cubain, Raul Castro, au deuxième jour de sa visite historique dans la capitale cubaine ce lundi 21 mars , Barack Obama a salué, un « jour nouveau » dans les relations entre les Etats-Unis et Cuba, même s’il a reconnu que de réelles « différences » demeuraient entre les deux pays.

L'historique poignée de mains entre Barack Obama et
Raul Castro, la première publique lors de leur rencon 
tre à Cuba le lundi 21 mars 2016.                                
.                                              
« Nous avons eu une bonne discussion sur les questions de démocratie et de droits de l’homme », a assuré le président américain à l’issue d’un entretien avec son homologue cubain au palais de la Révolution. « J’espère que ma visite ici montre à quel point nous sommes prêts à  entamer  un nouveau chapitre dans les relations cubano-américaines », a-t-il insisté.
La rencontre  de ce lundi  avec son homologue cubain, Raul Castro, a été suivie d’une apparition conjointe devant la presse et d’un dîner d’Etat, le point d’orgue de la visite de Barack Obama aura lieu mardi avec le « discours au peuple cubain » que compte prononcer le président américain depuis le Gran Teatro de La Havane, et qui sera retransmis par la télévision cubaine. Barack Obama doit aussi rencontrer mardi des personnalités de son choix, dont des opposants au régime castriste.
Les deux présidents lors de leur point de presse
Alors que Barack Obama entame dimanche une visite historique de trois jours à Cuba, les multinationales américaines ont pris les devants. La chaîne hôtelière Starwood (Le Meridien, W, Westin, Le Sheraton) a ainsi annoncé samedi qu'elle allait ouvrir des établissements sur l’île communiste, une première depuis la révolution de 1959. Les relations commerciales entre les États-Unis et Cuba continuent de se radoucir. Les Américains vont bientôt pouvoir importer davantage de produits de l’île et s’y rendre plus facilement.


Les deux chefs d'Etat passant les troupes en revue
Cet investissement de plusieurs millions de dollars porte sur l'ouverture de deux hôtels en 2016, a indiqué le groupe. Starwood a en outre signé une lettre d'intention avec les autorités cubaines pour un troisième établissement.

Starwood va gérer l'hôtel Inglaterra, ouvert en 1875 et disposant de 83 chambres en plein coeur de la Havane, qui va rejoindre son portefeuille de propriétés de luxes, détaille-t-on dans le communiqué.

La chaîne va aussi reprendre l'hôtel Quinta Avenida, également situé dans la capitale. Celui-ci ouvrira en fin d'année sous la marque Sheraton et disposera de 186 chambres.
Enfin, Starwood devrait gérer l'hôtel Santa Isabel, également à la Havane, une fois qu'il aura obtenu le feu vert du département américain du Trésor, l'équivalent du ministère des Finances et de l'Économie.

Starwood, premier d'une longue liste? 
Les accords entre Starwood et les autorités cubaines sont les premiers grands marchés conclus par un groupe américain depuis la décision de Barack Obama fin 2014 de normaliser les relations entre les deux pays. Une normalisation qui reste néanmoins encore suspendue à la levée, par le Congrès américain, de l'embargo économique imposé en 1962 par Washington. Pour pouvoir établir leurs enseignes à Cuba, les groupes candidats doivent ainsi déposer des demandes de licences auprès du Trésor américain, gardien des sanctions économiques américaines. Starwood assure les avoir obtenues.

D'autres entreprises américaines pourraient annoncer dans les tout prochains jours leur implantation à Cuba. C'est le cas de Marriott International, concurrent de Starwood, dont le patron Arne Sorenson ferait partie de la délégation accompagnant le président américain pour son voyage historique dans l'île communiste du 20 au 22 mars. L'opérateur télécoms AT&T est aussi en discussions avec la compagnie nationale de télécommunications cubaine ETECSA.

Sources : AFP, Le Monde, BFO


Etats-Unis-Cuba, l’heure de la réconciliation