Virginie Sampeur, l'abandonnée d'Oswald Durand |
Par Mérès
Weche
Ex-professeur
de Méthodologie de la Recherche, à l´INAGHEI, à l’Université Épiscopale d’Haïti
et à l’École Supérieure des Sciences Politiques Appliquées, ESSPA.
Le vrai
Oswald Durand n’est pas celui qui a écrit Choucoune, ce poème érotique, mis en
musique par Michel Moléard Morton et popularisé par de nombreux artistes
d´Haïti et d’ailleurs. Cet Oswald Durand que les consommateurs de poésie
sensitive, évocatrice de sensations fortes, comme chez Émile Roumer dans
“Marabout de mon cœur“ c’est celui qui s’épancha aussi sur la mort de jeunes
enfants, dans “Pauvres petits cercueils“, et sur le dépérissement des nos
cocoteraies, en son temps, dans “La mort de nos cocotiers“. Ce double sentiment
humanitaire et de la nature, qui le caractérisait, n´a point eu d’écho
mélodieux dans l´âme de Virginie Sampeur dont il avait brisé le cœur et qui
voulut le voir mourir ; sentiment de révolte exprimé dans son poème
“L´Abandonnée“ː
L’abandonnée
Ah! si vous
étiez mort! de mon âme meurtrie
Je ferais
une tombe où, retraite chérie,
Mes larmes
couleraient lentement, sans remords
Que votre
image en moi resterait radieuse !
Que sous le
deuil mon âme aurait été joyeuse !
Ah! si vous
étiez mort!
Je ferais de
mon cœur l’urne mélancolique
Abritant du
passé la suave relique,
Comme ces
coffrets d’or qui gardent les parfums,
Je ferais de
mon âme une ardente chapelle
Où toujours
brillerait la dernière étincelle
De nos
espoirs défunts.
Oswald Durand |
En effet,
cette éducatrice port-au-princienne, poétesse et Directrice d’alors du
Pensionnat National des Demoiselles, Durand l´avait épousée en 1863, à l’âge de
23 ans, alors que, plus vieille que lui d´une année, la mariée venait de fêter
ses 24 ans. Friand de chair fraîche, le jeune Oswald, Don Juan de son état, n´a
connu que huit-ans en couple avec cette dernière, charmé comme il l’était par
la très jeune Rose Thérèse Lescot qui allait devenir sa seconde épouse, après
avoir divorcé d’avec Virginie. Ce mariage précoce ne fut pas à l´égal de cette
inoubliable idylle que connut Paul avec sa Virginie, dans l´œuvre préromantique
de Bernardin de Saint-Pierre.
Comme bien
d’autres provinciaux, parvenus au timon des affaires de l´État, Oswald Durand
délaissa, comme de fait, la pauvre institutrice, Virginie Sampeur, quoique
poétesse et Directrice d´école, car elle n´était plus de taille pour être la
femme d’un politicien qui nageait dans les “ grandes eaux socioéconomiques“ de
Port-au-Prince. Quand Oswald fit la connaissance de Thérèse Lescot, il était
devenu un haut fonctionnaire d´État, secrétaire du Conseil des ministres sous
Sylvain Salnave, pour être ensuite fort de ses accointances sociopolitiques,
devenir “député du peuple“, six fois consécutives, à partir de 1885, s´élevant
même au prestigieux poste de président de la Chambre.
Oswald Durand à une étape de sa vie |
Ce qu’il
n’avait pas renié, cependant, c’était son métier de journaliste, sachant que
“dyòb leta se chwal papa, tout pitit ka fè yon kou “. Évidemment, quand tomba
le gouvernement qu’il servait, il devint opposant et ses critiques furent très
acerbes dans son journal “Les Bigailles“, titre d’organe de presse très
évocatif pour distiller une littérature acerbe contre ceux qui suçaient le sang
du peuple. Après avoir connu la prison pour ses idées séditieuses, la poésie
l’élèvera, en 1888, à la dimension de la plus grande gloire, pour avoir été
reçu en triomphe à Paris, par le célèbre François Coppée, au sein de la
prestigieuse “ Société des gens de lettres “. Ce fut en cette année, âgé de 48
ans, qu’il allait écrire Choucoune, qui n’est donc pas une œuvre épicurienne de
prime jeunesse, comme on se plait à le croire. À l’opposé de Choucoune - qui
n’est en fait qu’un poème à l’eau de rose, classé dans la catégorie de “Rires
et pleurs“ -, il y a son sublime “Chant national“ plus connu sous la
dénomination de “ Quand les aïeux brisèrent leurs entraves “, qui fut pendant
longtemps l´hymne national haïtien. Donc, il y a un autre Oswald Durand que ce
simple “coureur de jupes“ reconnu dans “Choucoune“.
Mérès Weche
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