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Friday, June 9, 2017

Réponse de Charles Dupuy à la mise au point de Roseline P. Laroche

Roseline P. Laroche
Suite à la publication de la lettre de Madame Laroche, lettre d’une veuve éplorée devant les assauts de la vie: l’assassinat délibéré de son mari, l’amour d'une vie, le père de ses enfants, par notre psychopathe national, l’histoire biaisée de l’évènement écrite à la porte de la légende, l’auteur ci-devant cité, Charles Dupuy a eu l’insigne l’honneur de corriger la partie faisant l’objet de sa frustration et lui présenter ses excuses. Haïti Connexion Culture, devant l’ampleur et l’écho de la lettre qui a fait grincer l’échelle du web, juge nécessaire de publier l’excuse de l’historien de la même façon que la missive de Mme Laroche a été présentée. 

Max Dorismond pour HCC

Pour répondre à l'exposé de Madame Laroche…

par Charles Dupuy

Pour répondre à l'exposé que Madame Laroche a fait paraître à l'occasion du cinquantième anniversaire de l'exécution des dix-neuf officiers, un exposé dans lequel Madame Laroche s'attaque sans détours à ma crédibilité d'historien, je publie ici les précisions que j'ai fait paraître dans le cinquième tome de mon livre, Le Coin de l'Histoire, (page 44) paru en 2013.  

«Pour paraphraser Talleyrand, nous dirons qu'en «histoire ce qui est cru est plus important que ce qui est vrai». Rien ne peut mieux illustrer ce principe que le rôle que j'ai fait jouer à Madame Laroche dans la triste affaire des dix-neuf officiers exécutés par François Duvalier. Selon mon exposé des événements, Madame Laroche serait allée trouver Duvalier au sujet d'une liste d'officiers sur laquelle figurait le nom de son mari. Habilement questionnée par le président, celui-ci aurait découvert l'auteur de l'indiscrétion, le capitaine Serge Hilaire, à qui il demandera le lendemain de taper lui-même son nom sur la liste des condamnés, faisant de lui le dix-neuvième officier à mourir. Ce que je rapporte est largement confirmé par le général Prosper Avril qui, dans le troisième tome de son livre Vérités et révélations, nous apprend que le capitaine Serge Hilaire, après avoir reçu à son bureau du Grand Quartier général la liste des officiers à transférer, «eut la malencontreuse idée d'appeler le colonel Dominique pour le mettre au courant du fait et lui demander d'intervenir en faveur du lieutenant Joseph Laroche, son cousin de la Vallée de Jacmel […] Le capitaine Hilaire avertit aussi la famille Laroche qui, immédiatement, entreprit les démarches en vue de “faire annuler“ ce transfert dont elle ne soupçonnait pas la gravité».

J'ai eu la chance assez inouïe de croiser sur mon chemin Madame Joseph Laroche. Madame Laroche, née Roseline Philanthrope, m'a certifié que jamais elle n'est intervenue auprès de François Duvalier pour lui parler ni de cette liste ni d'aucune autre. Si Duvalier a été mis au courant de l'affaire et si le capitaine Hilaire a été condamné à mort, je n'y suis absolument pour rien, m'a-t-elle affirmé. Jeune mariée de 24 ans, elle avait suivi son mari à Hinche dans la plus complète insouciance. Le Lieutenant Laroche bénéficiait de toute la confiance du président, le couple n'avait aucune raison de s'inquiéter du lendemain et encore moins à craindre une improbable disgrâce. Comme on le sait, le lieutenant Laroche fut arrêté, jugé et condamné mort par une cour martiale aux casernes Dessalines. Le 8 juin 1967, avec dix-huit de ses frères d'armes, il fut attaché à un poteau d'exécution au Fort-Dimanche. Le lieutenant Joseph Laroche devait succomber à une défaillance cardiaque, quelques instants avant la fusillade.»

À Madame Laroche qui m'a laissé la plus agréable impression lors de notre brève rencontre, je renouvelle ici mes plus respectueux hommages. Je ne lui garderai pas rancune malgré les mots déplaisants qu'elle a eu à mon endroit. Je préfère les mettre au compte de son immense douleur, une douleur que la dictature duvaliériste a planté dans nos cœurs et que rien ne saurait apaiser.


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